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Bernard-Henri Lévy à la Berlinale

  • Rédigé par Marcel Croës
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L'équipe de Death in Sarajevo L'équipe de Death in Sarajevo © Droits réservés

Bernard-Henri Lévy a encore sévi. Le philosophe qui avait naguère incité Sarkozy à bombarder la Libye du colonel Khadafi (avec les catastrophiques résultats que l'on sait) se prend aussi régulièrement pour un cinéaste. Je me souviens encore du gigantesque éclat de rire qui avait accueill à Cannes en 1996 son long métrage Le Jour et la nuit, un des bides les plus monumentaux du dernier quart de siècle. Plus récemment il avait signé Bosna, un récit inspiré par les conflits inter-ethniques dans l'ex-Yougoslavie, sur lesquels il est apparemment persuadé de détenir la vérité ultime. La Berlinale propose aujourd'hui en compétition Death in Sarajevo, mais cette fois Lévy n'apparaît que comme scénariste. La réalisation est de Danis Tanovic, un cinéaste bosniaque de 46 ans (formé en Belgique à l'INSAS) qui avait tourné en 2000 le très remarquable No Man's Land. Voici en tout cas un créateur qui connaît la réalité du terrain et qui n'aborde pas la tragédie de Sarajevo avec les partis pris idéologiques ou politiques d'un écrivain qui ambitionne de s'affirmer comme le Malraux de notre temps.

Par une curieuse coïncidence, les écrans du Festival ont vu s'inscrire ce week-end au générique de deux longs métrages les noms de deux réalisateurs septuagénaires, André Téchiné et Terence Davies, qui ont en commun de revendiquer leur homosexualité (sans pour autant en faire une profession de foi militante). A 72 ans, Téchiné a déjà mis en scène une bonne vingtaine de films (Barocco, Rendez-vous, Les Roseaux sauvages, Ma saison préférée, Les Témoins): une filmographie très inégale où tout en saluant dans l'ensemble la solide construction des scénarios je regrette l'absence d'une écriture cinématographique véritablement personnelle. Quand on a dix-sept ans, interprété notamment par Sandrine Kiberlain, nous raconte les difficultés d'un adolescent attiré par les garçons, qui ne cesse de se bagarrer avec un autre écolier pour lequel il éprouve des sentiments ambivalents. Du cinéma intimiste, centré sur l'exploration psychologique des jeunes protagonistes, mais qui me paraît tout de même s'inscrire dans une certaine convention narrative.

 

 

Je trouve infiniment plus attachant A Quiet Passion de Terence Davies, réalisateur britannique de 70 ans qui nous avait donné à la fin des années 1980 une inoubliable trilogie autobiographique (Distant Voices, Still Lives et The Long Day Closes restent à jamais mes favoris). Davies est un cinéaste rare: depuis l'an 2000 il ne nous a donné que cinq films. Un artiste hors du commun, qui reste obstinément fidèle à ses thèmes et à son style. La littérature lui est une source d'inspiration, comme il l'avait montré naguère avec son adaptation du beau roman d'Edith Wharton, Chez les heureux du monde. A Quiet Passion représente un véritable défi, puisqu'il s'agit d'évoquer une des figures littéraires les plus insaisissables du XIXe siècle. La poétesse Emily Dickinson a mené en Nouvelle-Angleterre une vie recluse, au point que ses écrits d'une extraordinaire concision n'étaient connus que d'un minuscule cercle d'intimes. Certains resteront peut-être réticents devant une œuvre aussi anti-spectaculaire, qui ne cherche pas à draguer le public et nous invite avec une infinie tendresse à explorer le monde intérieur d'une femme solitaire et capable de soudains élans vers un Dieu qui reste obstinément muet. J'aime l'approche austère de Terence Davies, ce qui ne m'empêche pas d'admirer à d'autres moments un cinéma plus viscéral et extraverti.

Rédigé par Marcel Croës

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