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3e jour à la Berlinale...

  • Rédigé par Marcel Croës
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Fuocoammare de Gianfranco Rosi serait le grand gagnant de la Berlinale selon le quotidien professionel Screen Fuocoammare de Gianfranco Rosi serait le grand gagnant de la Berlinale selon le quotidien professionel Screen © Droits réservés

Lorsque dans un festival on arrive à mi-parcours, le petit jeu consiste inévitablement à faire le point, voire pour les plus audacieux à risquer un pronostic. Tous les matins, je m'amuse à jeter un coup d'oeil sur Screen, une publication professionnelle qui a ici une édition quotidienne et qui demande à un panel international de journalistes de coter les films en compétition (quatre **** représentant le sommet de l'enthousiasme)...

A ce jour, c'est Fuocoammare de Gianfranco Rosi qui l'emporte assez largement. Précision importante: il s'agit d'un documentaire. Or il était jadis de tradition dans les grands festivals de n'accueillir dans la compétition que des longs métrages de fiction. Si je ne me trompe, Cannes a été un des premiers à rompre avec ce principe, en présentant les brûlots anti-américains de Michael Moore. Le choix de Fuocoammare illustre très exactement la définition lancée il y a quelques jours par Dieter Kosslick, le patron de la Berlinale. A savoir qu'un festival joue désormais le rôle d'un sismographe, qui enregistre les soubresauts de notre société. Le film de Rosi parle d'un des problèmes les plus urgents du moment : la crise des réfugiés qu'une Europe impuissante n'arrive pas à endiguer. Ce documentaire a été tourné à Lampedusa, petite île méditerranéenne qui a vu débarquer plusieurs centaines de milliers de Syriens, d'Irakiens et d'Afghans. Ce que je retouve remarquable, c'est le parti pris de l'auteur de n'ajouter aucun commentaire aux images. Le spectateur se trouve confronté non seulement à une tragédie humanitaire, mais aussi aux réactions des habitants de Lampedusa dont la vie quotidienne est bousculée par les nouveaux arrivants. Le film ne pratique jamais une sorte de chantage émotionnel: au contraire, ce qu'il nous montre – et qui donne à penser - c'est qu'il y a là deux mondes entre lesquels il n'y a guère de contact.

CHI-RAQ Trailer from 40 Acres and a Mule Filmworks on Vimeo.

J'ai été plus qu'agacé tout à l'heure par la projection de Chi-Raq, le dernier opus de l'Américain Spike Lee (présenté hors compétition). On connaît le style et le propos du cinéaste. Depuis une trentaine d'années, il parle au nom de la communauté noire de son pays, avec souvent une hargne où certains n'hésitent pas à détecter un racisme anti-blanc. Son film évoque une situation assurément dramatique, à savoir qu'entre 2001 et 2015 pas moins de 7356 Noirs de Chicago sont morts dans des affrontements violents à l'intérieur de la communauté. Spike Lee n'a pas adopté ici un langage réaliste. Il invente un récit d'une forme hybride, qui mêle le militantisme politique, le rap, le hip-hop et la comédie musicale. Du point de vue narratif, il s'agit d'une adaptation très libre de la pièce d'Aristophane Lysisatrata. On en connaît j'imagine le ressort dramatique: pour mettre fin à la guerre, les femmes décident de refuser leurs corps à leurs époux ou à leurs compagnons. Cette grève du sexe est pratiquée dans le film par deux gangs de Chicago, les Trojans et les Spartans. Et le slogan de ces dames est évidemment plus explicite que dans la comédie aristophanesque: No peace, no pussy. Il y a quelques scènes relevant de l'esthétique du musical, qui témoignent chez le réalisateur d'une utilisation inventive de l'espace. Mais que de lourdeur et de didactisme dans certains dialogues ! Quant au pasteur blanc interprété par John Cusack, il me paraît fort peu crédible et sa fonction se réduit trop souvent à n'être qu'un porte-parole du réalisateur.

Rédigé par Marcel Croës

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