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Feng Xiaogang, le Spielberg chinois

  • Rédigé par Marcel Croës
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Feng Xiaogang, le Spielberg chinois © Droits réservés

On l'a surnommé « le Spielberg chinois ». C'est une salle debout qui dans le Théâtre Giovanni da Udine a acclamé Feng Xiaogang, le réalisateur de 59 ans, à qui la directrice du Festival, Sabrina Baracetti, remettait le Gelso d'Oro (Mûrier d'or) - équivalent local du « Lifetime Achievement Award » décerné traditionnellement à Hollywood.

 

Auteur d'une quinzaine de longs métrages, Feng était déjà venu plusieurs fois à Udine. Dans son pays natal, cet artiste né à Pékin est une véritable vedette qui, après avoir tourné des comédies à succès, s'est dirigé plus récemment vers des œuvres au contenu dramatique. C'est le cas de I Am Not Madame Bovary, dont le producteur (également présent au Festival) m'a confié hier qu'il avait fait un triomphe au box-office de la Chine continentale.
Précision importante : le titre est trompeur. Il ne s'agit nullement d'une adaptation du roman de Flaubert.

 

 
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Pour éveiller la curiosité du spectateur occidental, les distributeurs du film ont cru bon d'invoquer une héroïne de notre patrimoine littéraire. Alors que le titre original fait référence à Pan Jinlian, personnage central d'un classique de la littérature chinoise dont le nom est synonyme là-bas de « femme aux mœurs légères ».
L'action se déroule au début des années 2000 dans une province éloignée de la capitale. Si l'on devait résumer une intrigue très complexe (le film dure 2 h 10), on pourrait parler d'une crise conjugale : une femme trahie par son mari se tourne vers les tribunaux pour obtenir justice.
La singularité de cette affaire tient au fait que l'épouse en question va s'acharner pendant dix ans à faire valoir son bon droit, allant jusqu'à Pékin pour interpeller le président du Parlement de la République populaire. À l'évidence, au-delà d'un drame personnel, le réalisateur a voulu ici mettre en question les tares (couardise des juges et des officiels, corruption, etc.) du système juridique chinois.

 

 
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La mise en scène adopte pour de nombreuses séquences un curieux parti pris esthétique. Au lieu du classique format rectangulaire, Feng Xiaogang a opté pour une image de forme ronde, qui est évidemment un hommage aux peintures classiques de l'époque Song. Quant à l'interprétation, on ne peut que saluer la performance de la comédienne Fan Bingbing, dont j'apprends à l'instant qu'elle fera partie du jury au prochain Festival de Cannes.
Personnellement, j'ai trouvé le film fort complaisant vis-à-vis du régime chinois. Mais il faudra en reparler quand il sortira chez nous. Car la bonne nouvelle est que I Am Not Madame Bovary a été acheté par une des grandes firmes françaises de distribution (Wild Bunch) et a donc de grandes chances de sortir bientôt sur nos écrans.

Rédigé par Marcel Croës

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