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Chronique berlinoise - Clap 1ere

  • Rédigé par Marcel Croës
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Ralph Fiennes à l'affiche de The Grand Budapest hotel, film d'ouverture de la Berlinale 2014 Ralph Fiennes à l'affiche de The Grand Budapest hotel, film d'ouverture de la Berlinale 2014 © Droits réservés

Je retrouve toujours Berlin et son festival du film avec le même plaisir. Rien à voir avec l'hystérie cannoise et cette nervosité teintée parfois d'agressivité qui me tiennent désormais éloigné de la Croisette. Ici règnent plutôt le sourire et cette bonhomie berlinoise (qui n'empêche pas l'efficacité) où je vois une des vertus de la capitale allemande.

La Berlinale a commencé hier soir avec le rituel défilé des stars sur le tapis rouge. A l'applaudimètre, c'est Ralph Fiennes, interprète du film d'ouverture - The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson -  qui a les faveurs du public local. Je rappelle au passage – autre qualité de cette manifestation – qu'ici le public peut acheter des billets pour presque toutes les projections: grande différence avec Cannes et Venise, où on ne croise que des professionnels et quelques personnalités locales – style capitaine des pompiers – dont il faut ménager l'amour-propre. Hier soir les politiques étaient évidemment présents (personne ne veut manquer cette occasion de se faire bien voir des électeurs), mais il manquait le maire de la ville, le socialiste Klaus Wovereit, l'auteur de la géniale formule qui a fait le tour du monde «Berlin is poor but sexy» (il a sur les bras un problème de gestion financière qui en fait le cible de l'opposition chrétienne-démocrate). Pas trace non plus de la chancelière, mais là ce n'est pas une surprise: Angela Merkel ne vient quasiment jamais. Elle a peu de goût pour le cinéma et préfère infiniment l'opéra: on la voit chaque été à Bayreuth.
Le film d'ouverture, The Grand Budapest Hotel, est une comédie complètement loufoque (N.B. A partir de ce jour, j'ai juré de ne plus employer l'adjectif « déjanté », qui est devenu un cliché insupportable). Cela se passe apparemment au début du XXe siècle, dans quelque province lointaine de l'empire austro-hongrois et l'intrigue tient du roman-feuilleton délirant ou de la B.D. parodique. J'ai pensé parfois au Sceptre d'Ottokar de notre cher Hergé. Il est question de complots, d'héritages truqués, d'intrigues ténébreuses. Ralph Fiennes s'amuse visiblement dans le rôle du concierge de l'hôtel qui survit à tous les pièges accumulés sur sa route. Visuellement, le film a une sorte de charme désuet. Situé dans un univers totalement irréaliste, il ne verse pas dans cette orgie d'effets spéciaux hypersophistiqués qui m'accable dans les grandes machines hollywoodiennes. Les décors et costumes sont très amusants. Mais je ne sais pas si ce film plutôt bizarre va trouver son public, car malgré la présence d'acteurs et d'actrices célèbres il risque de déconcerter le spectateur lambda.

 
 Jennifer Lawrence et Amy Adams réunies dans le dernier film de David O. Russe, American Hustle


Je vous recommande en revanche sans réserve American Hustle, vu hier après-midi. Son réalisateur David O. Russell est une sorte d'électron libre dans le cinéma américain d'aujourd'hui. Ce n'est pas un avant-gardiste ésotérique, il travaille à l'intérieur du système mais en même temps, il mélange allégrement les codes de l'industrie du spectacle. Drame, thriller, comédie, critique sociale, satire d'une certaine Amérique: il y de tout dans cette histoire basée sur des faits réels. A la fin des années 1970, le FBI utilise un escroc assez minable pour piéger des politiciens corrompus du New Jersey. Le film est un véritable bonheur grâce à la prestation survoltée des acteurs et des actrices. Christian Bale et Bradley Cooper sont épatants d'un bout à l'autre mais il y a surtout les comédiennes... Jennifer Lawrence fait exploser les stéréotypes où on voulait l'enfermer depuis ses films précédents - elle incarnait plutôt des héroïnes unidimensionnelles. Quant à Amy Adams, on reste éberlué (sans parler de ses décolletés vertigineux, qui ont fait fantasmer tous les mâles américains). Je me disais qu'aucune actrice française ne pourrait rivaliser avec ce déchaînement d'énergie et cette variété dans les registres (sensuelle, vulgaire, calculatrice, abandonnée, féroce). Voilà qui selon moi devrait lui valoir bientôt un Oscar. A propos d'Oscars, ce film-ci est en compétition avec 12 Years A Slave pour l'Oscar du meilleur film. J'avais vu ce dernier récemment et je l'ai trouvé simpliste, banalement mis en scène et surtout d'un «politically correct» qui frôle l'overdose. Les jurys de l'Academy of Motion Pictures sont traditionnellement moutonniers, et celui-ci j'imagine ne fera pas exception en décernant la statuette à ce récit anti-esclavagiste parfaitement édifiant qui a tout pour plaire à une certaine Amérique qui a élu un président noir.
American Hustle sort bientôt chez nous. Ne le manquez pas !

www.berlinale.de

 

Rédigé par Marcel Croës

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Trailer de American Hustle © Droits réservés

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