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Chronique berlinoise - Clap 2e

  • Rédigé par Marcel Croës
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Les acteurs Barry Keoghan, Charlie Murphy, Jack O'Connell, le réalisateur Yann Demange et l'acteur David Wilmot réunis dans le long métrage anglais 71. Les acteurs Barry Keoghan, Charlie Murphy, Jack O'Connell, le réalisateur Yann Demange et l'acteur David Wilmot réunis dans le long métrage anglais 71. © Droits Réservés - Getty images

On me demande souvent : « Mais comment faites-vous pour choisir les films dans un festival?». Pour cette édition 2014 de la Berlinale, on dénombre quelque 400 longs métrages. Il y a évidemment des choix qui s'imposent.A priori, je vais voir les films de la compétition (une vingtaine au total) puisque ce sont les plus médiatisés. J'avoue qu'il y a aussi une part de flair. Avec les années, on apprend à deviner ce qui risque d'être inintéressant.

Ainsi, j'ai décidé aujourd'hui de ne pas assister à la projection de Die Geliebten Schwestern de Dominik Graf, cinéaste allemand par ailleurs estimable. Trois heures d'horloge pour un film à costumes sur la vie amoureuse de Schiller, écrivain qui m'a toujours embêté (à la différence de son ami Goethe, qui était un sacré coquin: voir ses Elégies romaines où il raconte sans inhibition comment il a forniqué avec de charmantes jeunes femmes dans la Ville Eternelle). Les films à costumes allemands sont sérieux, soignés et généralement barbants.

 
 Alain Delon et Jean Gabin dans le film Deux hommes dans la ville de José Giovanni (1973).


Hier, dans la compétition, j'ai peu apprécié La Voie de l'ennemi du cinéaste français Rachid Bouchareb. En fait, c'est un remake, entièrement tourné aux Etats-Unis (avec Forest Whitaker et Harvey Keitel), d'un thriller classique français, Deux hommes dans la ville (avec Gabin et Delon) de José Giovanni. Un ex-taulard (18 ans de prison pour meurtre) se réinstalle dans un trou perdu du Texas où il avait jadis commis un crime, et tente de commencer une nouvelle vie. Encore les ravages du politiquement correct: le brave Noir (qui, bizarrement, s'est converti à l'islam et est devenu un pratiquant fervent et pacifique) est traqué par le sheriff blanc du coin (Keitel), un flic haineux et raciste. Le film est trop long (comme les trois quarts de ceux qu'on voit actuellement) et le traitement de certains personnages relève du cliché. Curieux comme les cinéastes français qui se mettent en tête de tourner des films d'action aux USA se cassent généralement la figure (Je note que les cinéastes chinois – exemple Tsai Ming-liang - qu'on invite à venir travailler en France signent également des flops). Vendredi soir, j'ai vu, toujours dans la compétition, 71 de l'Anglais (d'origine française) Yann Demange. Une fiction, mais très proche de la réalité, qui décrit les affrontements violents entre catholiques et protestants à Belfast en 1971. Pas pour âmes sensibles. Excellents interprètes, mais en fait un film qui par le style s'apparente davantage à un programme télévisé (domaine où, par la réalisme et la justesse du détail, les Britanniques sont imbattables).
Et puis, comme toujours à la Berlnale, j'ai fait mon shopping. Je veux dire que j'ai commencé à explorer, un peu au hasard, les programmes des sections parallèles (non-compétitives), à savoir le Panorama et le Forum. En réalité, c'est là qu'on fait les vraies découvertes. Mais bien sûr, on ne sait jamais sur quoi on va tomber, drame social papou ou comédie musicale malgache! J'ai eu de la chance. Un petit film géorgien, Blind Dates, de Levan Koguashvili (la quarantaine, très sympathique, il était là dans la salle, comme toujours pour les projections du Forum). Incertitudes sentimentales de deux copains quadragénaires de Tbilisi, assez flemmards et incapables de se décider entre plusieurs jeunes femmes qui croisent leur route. Film au charme fragile, avec un mélange d'émotion et d'humour, et de bons acteurs. Les Géorgiens sont comme des Italiens, l'exubérance en moins et la mélancolie en plus. Curieusement, cela m'a parfois fait penser au Sud-Coréen Hong Sang-soo, qui montre toujours des personnages déboussolés, un peu abouliques, auxquels on s'attache tout en les trouvant agaçants, et qui picolent sans arrêt (les Géorgiens aussi s'imbibent volontiers).

 
 Blind Dates, film géorgien...  Visionnez le trailer en cliquant ici.


Samedi est la journée George Clooney, qui vient présenter Monuments Men, dirigé et joué par lui. Il débarque avec ses interprètes (Matt Damon, Jean Dujardin, Cate Blanchet). Bains de foule et hystérie prévisible. La presse people d'ici se demande déjà si ce séjour à Berlin, ville gay par excellence, sera l'occasion d'un coming out.

Rédigé par Marcel Croës

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