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120 battements par minute, le film-choc de Robin Campillo

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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120 battements par minute, le film-choc de Robin Campillo © Céline Nieszawer

Il espérait être au Festival du Film de Cannes alors qu'il terminait le mixage du film. Au final, « 120 battements par minute » a obtenu le Grand Prix. Ce film magnifique met en scène la lutte de l'association Act Up Paris contre le sida au début des années 90, ce collectif dont beaucoup de membres sont séropositifs et certains très malades.

À ce moment-là, l'épidémie stigmatisait la minorité des gays, des lesbiennes, des mères de famille..., confinés dans le long couloir de la solitude. Robin Campillo a choisi la fiction, faisant d'abord un portrait du collectif. Puis, il met en scène une histoire d'amour entre Sean (formidable Nahuel Pérez Biscayart) gravement malade et Nathan (Arnaud Valois), séronégatif, nouveau venu dans l'association. Robin Campillo prend le temps nécessaire pour ressusciter une époque et faire exister pleinement les activistes d'Act Up, acharnés à lutter contre l'indifférence qui entoure l'épidémie du sida. Remarquablement incarné - très convaincante Adèle Haenel dans le personnage de Sophie, une militante activiste, « 120 battements par minute » est un film-choc, bouleversant.

 

 
 © Céline Nieszawer


Eventail.be - Pourquoi avez-vous voulu réaliser le film en 2017 ?
Robin Campillo - Il est le fruit d'une longue maturation. Au début des années 80, je rentre dans une école de cinéma avec beaucoup d'enthousiasme. Cette épidémie vient gâcher mes vingt ans, je sens qu'elle est une catastrophe en devenir. Cet événement était plus important dans ma vie que le cinéma. Après avoir suivi cette épidémie sans savoir qu'en faire, je rentre dans le groupe Act Up, énergique, très positif. Chacun vit sa propre histoire dans un grand moment de solitude, sous une chape de plomb, une indifférence très lourde. Les débats sont âpres, des gens meurent en cours de route. Je prends possession de ma vie. Laurent Cantet, que j'avais rencontré à l'IDHEC en 1983, me ramène dans le cinéma (pour qui Robin Campillo écrit de nombreux scénarii1, ndlr). J'avais écrit des choses sur le sida sans aboutir. Après avoir réalisé deux films (« Les revenants », 2004 et « Eastern Boys », 2013, ndlr), je me sentais plus fort. J'avais envie de mettre en scène la maladie, en tout cas de changer la perception que les gens avaient de cette épidémie et surtout de faire ressentir à la société l'urgence du mal qu'elle faisait sur une minorité en particulier.

 

 
Robin Campillo © Céline Nieszawer 

 

- « 120 battements par minute » est un film engagé, plus que politique ?
- J'ai remis mes souvenirs en perspective sans vouloir donner de message politique. Si politique il y a, elle se situe au niveau sensoriel et émotionnel. On ne comprenait rien, on était sidérés, désorientés. La maladie n'avait pas droit de cité. Les enjeux par rapport aux laboratoires de recherche mettaient toute une génération dans dix années de totale anesthésie. Puis, elle a fait place à une grosse colère. Les réunions harassantes, brutales en devenaient presque jubilatoires.
Aujourd'hui, le nombre de malades est en augmentation...
Grace à des traitements nouveaux, le virus n'est plus actif dans le sang. La prophylaxie pré-exposition (PrEP) est une nouvelle stratégie de prévention du VIH, comme certains médicaments protègent du paludisme ou comme une pilule contraceptive prévient d'une grossesse non-désirée. On est à un moment où on pourrait enrayer l'épidémie. Pour cela, il faut une vraie volonté politique. Les chefs d'Etat doivent relancer une campagne de tests. Le nombre de malades est en augmentation. Comme on assure que la trithérapie fonctionne très bien, les gens se disent que c'est moins grave qu'avant donc ce n'est pas la peine de faire de se protéger. Il faut proposer les tests de dépistage systématiquement afin de mettre les gens sous traitement. Je suis étonné de la nouvelle mollesse dont fait part le gouvernement français. Emmanuel Macron ne s'est même pas déplacé pour assister à la Conférence mondiale sur le sida à Paris, en juillet dernier. Il faut aussi faire pression sur les laboratoires pour qu'ils baissent les prix des médicaments. Tous ces traitements doivent être accessibles aux populations du monde entier.

 

 
© Céline Nieszawer 

 

- La jeunesse continue-t-elle à se mobiliser ?
- On a mis les jeunes dans la situation de s'estimer heureux d'avoir un boulot précaire, de vivre pas trop mal, pas trop bien non plus. La possibilité de se révolter est un peu anéantie. La lutte pour l'interruption volontaire de grossesse touchait les femmes dans leur corps, c'est pareil avec les victimes du sida. Ces choses étaient tues, on n'en parlait pas. Les femmes s'étaient mises ensemble, la reconnaissance de l'IVG est venue d'elles. Je vote mais je n'attends pas grand-chose des politiques. Les jeunes doivent se réunir, faire alliance dans une lutte collective. On est dans un monde où l'on leur a expliqué qu'il n'est plus possible de changer quoi que ce soit. L'environnement est un vrai combat, toutefois abstrait, extérieur à soi. La puissance politique est très faible. Les luttes raciales, elles, sont menées par les intéressés, les Arabes, les Noirs... Cela va exploser.

1 :  « L'atelier » de Laurent Cantet sur un scénario de Robin Campillo sortira le 11 octobre prochain.

« 120 battements par minute » de Robin Campillo.
Avec Nahuel Pérez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel.
En salle.
Rédigé par Corinne Le Brun

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