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Chronique berlinoise - Clap 3e

  • Rédigé par Marcel Croës
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 John Goodman, Georgle Clooney, Jean Dujardin et Matt Damon, hier, à la présentation de The Monuments Men. John Goodman, Georgle Clooney, Jean Dujardin et Matt Damon, hier, à la présentation de The Monuments Men. © REUTERS/Thomas Peter

Déception pour The Monuments Men, mis en scène et interprété par George Clooney. A vrai dire, la déception était prévisible en ce qui me concerne, dans la mesure où j'ai toujours tenu Clooney pour un acteur au registre assez limité, et pour un réalisateur sans grande personnalité (ceci est son cinquième long métrage – le seul opus dont je me souvienne vaguement est Good Night and Good Luck).

Adapté d'un best-seller de Robert M. Edsel, le film raconte les tribulations d'une unité spéciale de l'armée américaine chargée à la fin de la guerre de récupérer en Europe les œuvres d'art volées par les Nazis. Essentiellement, on est dans un récit d'aventures archi-classique, avec poursuites, coups de feu et trésors cachés. Au fond, les personnages (joués par Clooney et ses copains Matt Damon, Bill Murray, John Goodman et autres) sont comme des lointains cousins d'Indiana Jones et, en pensant à Spielberg, j'avais envie de sous-titrer cette production très hollywoodienne Les Aventuriers de l'art perdu. Le cinéaste a aussi glissé là-dedans quelques séquences d'un humour laborieux. Quant à Cate Blanchett, elle s'avère peu crédible dans le rôle d'une employée du Jeu de Paume qui tient un carnet secret documentant les vols commis dans son musée par les Allemands. Je trouve qu'à la base de ce film il y a un problème sérieux: le pillage des trésors artistiques est certes un drame, mais c'est tout de même un drame mineur comparé aux souffrances abominables que les Nazis ont infligées au peuple juif. Comme s'il avait vaguement mauvaise conscience, Clooney metteur en scène se réveille de temps en temps et glisse une timide allusion à l'holocauste, mais en prenant soin tout de même de ne pas faire oublier au spectateur qu'on est avant tout là pour se divertir. Et je passe sur les tirades que débite solennellement l'acteur-réalisateur au sujet du rôle de l'art dans la culture occidentale... Bref, un film à oublier, sauf pour les fans de Clooney qui se bousculaient hier avant la projection pour lui arracher un autographe. J'ai trouvé que le plus sympathique de cette bande était Bill Murray, qui pour se donner le courage d'affronter le cirque médiatique avait éclusé d'un seul trait (à l'admiration de mes confrères allemands) une gigantesque triple dose de vodka martini avant d'apparaître en public.
En tout cas, on peut dire que, dans sa programmation, cette Berlinale nous mitonne, pour l'occasion, des contrastes éberluants. Après le big show de Clooney, voici qu'on nous montre ce matin en compétition Kreuzweg (Chemin de croix) du réalisateur munichois Dietrich Brüggemann (né en 1976). Plongée de 107 minutes dans un milieu catholique ultra-intégriste où une adolescente (incarnée avec une intensité hallucinante par la jeune Lea van Acken, qui mériterait bien un prix d'interprétation) se laisse littéralement mourir d'inanition pour rejoindre Jésus. Tout le récit est structuré selon les 14 stations du Chemin de croix.

 
 Lea van Acken, jeune interprète époustouflante dans Kreuzweg

L'austérité de la mise en scène est telle qu'en comparaison les films de Jean-Marie Straub ressemblent à des comédies musicales. Une tentative aussi extrême ne peut qu'inspirer le respect et une admiration quelque peu ahurie pour un artiste qui ne fait aucune concession (la première station du Chemin de croix est un discours théologico-moral de 8 minutes tourné en plan fixe).
Le temps doux est totalement inhabituel pour Berlin en cette saison. Ce matin, j'ai siroté mon capuccino à une terrasse non chauffée inondée de soleil. A mon programme plus tard dans la journée: un film argentin sur une classe sociale devenue paranoïaque; les problèmes d'une jeune new-yorkaise qui pratique la thérapie sexuelle; et un long métrage restauré du génial Noboru Nakamura, Yoru No Henrin, tourné en 1964.

Rédigé par Marcel Croës

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