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Chronique berlinoise - Clap 5e

  • Rédigé par Marcel Croës
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Sabine Azema et André Dussolier, acteurs principaux dans le dernier film d'Alain Resnais présenté hier à la Berlinale Sabine Azema et André Dussolier, acteurs principaux dans le dernier film d'Alain Resnais présenté hier à la Berlinale © Droits Réservés

Aimer, boire et chanter: un film dont le titre nous invite au plaisir ne peut que susciter a priori notre indulgence. Qui donc, à part quelques grincheux, n'a pas envie de partager cette philosophie de la vie ?

J'ai donc abordé le nouveau long métrage d'Alain Resnais avec un mélange de respect et de sympathie. Le respect tient évidemment au fait que nous avons là un monument vivant de l'histoire du cinéma européen. Resnais a tourné en 1959 Hiroshima mon amour, une œuvre qui bousculait durablement le langage du septième art. Et plus d'un spectateur a encore en mémoire l'extrême sophistication visuelle de L'Année dernière à Marienbad (1961). Depuis, la filmographie du réalisateur breton comprend une bonne quinzaine de titres (le dernier en date: Vous n'avez encore rien vu). Avec Aimer, boire et chanter, Resnais nous livre à 92 ans une adaptation d'une pièce d'Alan Ayckbourn, un dramaturge anglais qui lui est cher. Le sujet ? La persistance du sentiment amoureux. Trois femmes d'âges différents en pincent toujours pour un certain George (qu'on ne verra jamais dans le film) avec qui elles ont toutes connu jadis des moments inoubliables. Se sentant proche de sa fin, ledit George aurait invité en même temps ses trois bien-aimées (chacune d'elles est aujourd'hui mariée) pour d'ultimes vacances à Ténérife. D'où bagarres entre les dames et crises conjugales inévitables ! Bien qu'il se passe en Grande-Bretagne dans la région pittoresque des Yorkshire Dales, le film est réalisé entièrement en studio, Resnais ne pouvant plus supporter les fatigues d'un tournage en extérieur. Comme interprètes, il a fait appel une fois de plus à sa petite troupe de fidèles: sa compagne Sabine Azéma, André Dussollier, et quelques nouvelles recrues.Je parlais de sympathie au début de cette chronique. Et en effet, on ne peut qu'éprouver de l'affection pour un artiste qui reste obstinément fidèle à lui-même depuis des décennies, sans jamais céder à la mode. En même temps, l'admiration ne doit pas nous aveugler. Je dois dire que je suis sorti de la projection d'Aimer, boire et chanter avec le sentiment d'assister au crépuscule d'un talent. Les dialogues se ressentent terriblement de leur origine théâtrale. Le jeu des comédiens manque plus d'une fois de naturel. Cela nous conduit à nous interroger sur la fragilité de certaines réputations. Resnais a sa place dans l'histoire du cinéma, mais revus aujourd'hui, ses films ont pris un terrible coup de vieux (on peut en dire autant – quitte à indigner les amoureux du passé – de grands noms comme Visconti, Losey, Boorman ou même Fellini). Un dernier mot sur la longévité de certains cinéastes. Le nonagénaire Alain Resnais n'est qu'un jeunot comparé à son collègue portugais Manoel de Oliveira, toujours actif à 103 ans (je ne serais pas surpris qu'il ait un nouveau film à Cannes).

 
 Manoel de Oliveira et Alain Resnais, deux légendes du cinéma européen toujours "en marche"...
Rédigé par Marcel Croës

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