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Chronique berlinoise - Clap 6e

  • Rédigé par Marcel Croës
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Chronique berlinoise - Clap 6e Soldats américains et Afghans se partagent l'écran dans Zwischen Welten de Fao Adalag

« Dieu que la guerre est jolie !», s'écriait naïvement en 1917 le soldat Guillaume Apollinaire dans un poème qui figure aujourd'hui dans toutes les anthologies de la littérature française. La guerre d'Afghanistan filmée par la cinéaste Feo Aladag dans Zwischen Welten (on pourrait traduire Entre deux mondes) n'a rien d'exaltant: pour le petit groupe de soldats allemands qui, sous la direction de l'OTAN, défendent un village afghan contre les talibans, il s'agit surtout de sauver sa peau dans un environnement où l'ennemi est partout.

Le lieutenant Jesper, qui commande l'unité, se lie d'amitié avec Tarik, son jeune interprète local. Un geste d'humanité – Jesper sauve la vie de la sœur de Tarik – aura pour conséquence tragique la mort d'un de ses hommes. La leçon est claire: dans un conflit sanglant, non seulement les bons sentiments ne servent à rien, mais ils débouchent souvent sur une catastrophe. Etonnement des spectateurs de la Berlinale: ce film brutal et sans pathos a été tourné par une femme (Feo Aladag est née à Vienne en 1972) et la directrice de la photo, Judith Kaufmann, est quant à elle une Allemande qui à l'évidence a travaillé dans des conditions incroyablement difficiles.

 
 La cinéaste Feo Aladang

A la fin de la projection, le film a eu droit de la part d'une poignée de spectateurs allemands à quelques huées et vociférations dont la raison m'échappe. Zwischen Welten n'est pas une apologie du militarisme occidental. Le rôle des soldats européens est traité sans angélisme. La réflexion la plus pertinente est placée dans la bouche d'un chef tribal qui déclare au lieutenant allemand: «Depuis toujours, nous avons été envahis par des étrangers, mais ils se sont tous cassé la figure ». Je lis aujourd'hui dans la presse que la nouvelle ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, est favorable à un rôle plus affirmé de l'armée allemande dans certains pays étrangers, notamment en Afrique. Mais elle rencontre de la résistance, même à l'intérieur de son propre parti. L'opinion publique n'est pas favorable à un engagement militaire accru. Ce que je retiens personnellement de ce film, c'est que par le biais de la fiction il rejoint les conclusions d'une bonne partie de la classe politique américaine. Il est temps de retirer les soldats U.S. de ce bourbier, où en ce moment ils servent surtout à soutenir un régime totalement corrompu (le propre frère du président Karzai est notoirement lié à des trafics de drogue).
Tout à l'heure, j'ai été invité par mon ami Gerhard – un des meilleurs critiques de cinéma allemands – à la réception annuelle de la Cinémathèque. On y rencontre toujours des personnalités intéressantes. Je parle longuement avec une créatrice de costumes, qui a travaillé sur les derniers projets de feu Stanley Kubrick, et qui me raconte des anecdotes sur son obsession du secret: ses plus proches collaborateurs (scénaristes, costumiers, décorateurs, etc.) ne savaient même pas sur quel projet ils étaient appelés à fournir des éléments.

 
 Stanley Kubrick sur le tournage de Docteur Folamour


Je fais aussi la connaissance d'une Roumaine vivant entre Berlin et Bucarest, et qui m'apprend une foule de choses sur le milieu du cinéma de son pays. Depuis sa consécration il y a quelques années à Cannes, la cinématographie de ce pays m'apparaît comme une des plus originales de cette Europe centrale qui a rejoint, non sans problèmes, notre Union Européenne.

Rédigé par Marcel Croës

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