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Chronique berlinoise - Clap 7e

  • Rédigé par Marcel Croës
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The second Game du cinéaste roumain Porumboiu The second Game du cinéaste roumain Porumboiu © Droits Réservés

Un critique de cinéma se trouve parfois dans des situations inattendues, mais cette Berlinale 2014 m'a valu de vivre une des expériences les plus bizarres de ces dernières années. J'ai regardé hier sur grand écran pendant 90 minutes un match de football qui s'est joué à Bucarest en 1988 et qui opposait les deux équipes championnes du pays, Dinamo et Steaua.

Comme je n'ai pas une passion particulière pour le ballon rond, mes amis ont pu s'interroger à bon droit sur ce qui m'avait poussé à suivre dans la salle délicieusement désuète du cinéma Delphi (qui abrite la section parallèle « Forum du jeune cinéma ») la projection de The Second Game de Corneliu Porumboiou. Né en 1975, ce réalisateur roumain s'était fait connaître par 12.08 à l'est de Bucarest, un long métrage sarcastique sur la manière dont on avait perçu en province à l'époque la révolution anti-communiste (1989). Il se trouve que le fameux match Dinamo-Steaua avait été arbitré par le père du cinéaste. Et ce dernier a eu l'idée de projeter intégralement le reportage du derby, tel que filmé par la télévision d'Etat, tout en mettant en contrepoint sur la bande son une conversation avec son paternel où celui-ci commente les événements 25 ans plus tard. Le résultat est fascinant. Car Porumboiou senior dévoile le dessous des cartes. Par exemple, les deux équipes appartenaient en fait, l'une à l'armée, l'autre à la police secrète (la sinistre Securitate). L'arbitre devait prendre garde à ne pas favoriser un des deux teams, sous peine d'avoir de sérieux ennuis avec les larbins de Ceaucescu. Le plus drôle est quand il explique le dispositif technique. Le match était capté par deux caméras, mais dès qu'il y avait un incident sur le terrain (faute grave, bagarre, contestation entre joueurs, etc.), ordre avait été donné de mettre en action une troisième caméra qui montrait la foule des spectateurs, c'est-à-dire des images totalement dépourvues d'intérêt. Le gigantesque mensonge communiste où ce pays a été plongé pendant des décennies se trouve ainsi illustré par une manifestation sportive dont Porumboiou nous montre le mécanisme truqué.

 
 The Gropius Mirror's restaurant, Berlinale 2013 © Sandra Weller

Quand je dis que Berlin est un paradis gastronomique, on me regarde en général avec des yeux ronds. Quoi ! La cuisine allemande ne se réduit pas à la choucroute et aux saucisses ? Eh bien, non ! Depuis une bonne dizaine d'années, la capitale allemande a vu se multiplier de délicieux restaurants où l'on savoure des plats du monde entier, de l'Ethiopie à la Nouvelle-Zélande en passant par la Mongolie. La Berlinale a voulu en témoigner en organisant une section intitulée « Kulinarisches Kino ». On y montre des films qui ont un rapport avec les plaisirs de la table, et après la projection un grand cuisinier de la ville propose un repas inspiré de ces longs métrages. Hier, c'était Tim Raue, une des stars de la cuisine berlinoise, qui officiait aux fourneaux. Le bonheur gustatif était total et la démonstration était faite que dans ce festival on ne dévore pas seulement de la pellicule.
Je reviendrai là-dessus, car on ne peut connaître et apprécier Berlin si on n'a pas fréquenté longuement ses bars et ses restaurants.

Rédigé par Marcel Croës

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