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Chronique berlinoise - Clap 9e

  • Rédigé par Marcel Croës
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Dieter Kosslick, président de la Berlinale 2014 Dieter Kosslick, président de la Berlinale 2014 © Droits réservés

Y avait-il un savant calcul de la part de Dieter Kosslick, le directeur de la Berlinale ? L'homme passe pour un habile tacticien. Toujours est-il qu'il avait programmé 48 heures avant la fin de la compétition la projection de Boyhood de Richard Linklater, qui a déclenché un véritable tsunami laudateur auprès de la critique et des festivaliers. Au point que pour certains l'Ours d'or était déjà gagné d'avance.

Ce film de 164 minutes raconte le passage de l'enfance à l'âge adulte de deux teenagers. La gamine est jouée par la propre fille du réalisateur, Lorelei Linklater. Le cinéaste texan, âgé aujourd'hui de 53 ans, a tourné cette saga familiale de 2002 à 2013 en s'inspirant, dit-il, de certains épisodes de sa propre vie. Le rôle des parents est tenu par Ethan Hawke et Patricia Arquette. Boyhood est ce qu'on appelle un « feelgood movie ». Les spectateurs en sortent de bonne humeur, baignant dans une vision positive de l'existence et persuadés – contrairement à ce que disait Paul Nizan dans la célèbre préface d'Aden Arabie - qu'après tout la jeunesse est bien le plus bel âge de la vie. On peut s'interroger sur ce parti pris qui consiste, sinon à gommer, en tout cas à atténuer certains drames qui peuvent surgir dans les années de formation d'un garçon ou d'une fille. Boyhood est trop lisse. Il lui manque à mon sens ces accès de mélancolie, ces moments de tristesse abyssale, ces bouffées de désespoir que connaissent bien des adolescents. Mais encore une fois, le film a été plébiscité à Berlin. C'est une sorte d'anxiolytique pour grand public (je dirais plutôt un placebo). Comme le disait sarcastiquement un de mes collègues, si on le couronne, c'est un choix qui donnera bonne conscience à tout le monde.

 
 Ellar Coltrane dans Boyhood du réalisateur texan Richard Linklater, filmé en 39 jours répartis sur 12 ans.

A présent, les jeux sont faits. La décision du jury sera connue samedi. Pour moi, deux films se détachent de cette édition 2014. D'abord Kreuzweg (Chemin de croix) de l'Allemand Dietrich Brüggemann: le récit d'un cas extrême de fanatisme religieux, qui conduira la jeune héroïne (jouée par une formidable comédienne de 14 ans, Lea van Acken) jusqu'à la mort par inanition. A l'heure où nous voyons se déchaîner les intégrismes en tout genre, voilà un film glaçant et salutaire. Il y a là les éléments essentiels d'une grande œuvre : un sujet, un style et une sensibilité.

Et puis j'ai une grande affection pour Black Coal, Thin Ice du Chinois Diao Yinan. Pas seulement parce que c'est un film noir très réussi, où l'auteur reprend l'héritage des classiques hollywoodiens des années 40 et 50 (avec les figures obligées : la femme fatale, le flic sans illusions, etc.). Mais aussi parce qu'on y voit une Chine du Nord aux antipodes des clichés touristiques, où dominent la violence et l'effondrement des valeurs sociales. Enfin, au-delà de ces qualités, il y a ici une vraie (et rare dans ce festival) écriture cinématographique, avec un usage des couleurs qui témoigne d'une personnalité tout à fait originale.

Rédigé par Marcel Croës

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