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Berlinale 2018 : le génial Lav Diaz réinvente le cinéma

  • Rédigé par Marcel Croës
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Le réalisateur philippin Lav Diaz Le réalisateur philippin Lav Diaz © Bradley Liew

Il y a deux ans, le cinéaste philippin Lav Diaz avait battu un record mondial en présentant dans la compétition berlinoise un film de huit heures, A Lullaby to the Sorrowful Mystery. J'ai assisté à l'époque à l'entièreté de la projection (une brève pause était prévue vers midi pour satisfaire un besoin naturel) et je peux témoigner, pour l'avoir surveillée du coin de l'oeil, que la présidente du jury Meryl Streep a rempli son devoir avec un dévouement total car elle figurait parmi les survivants qui ont quitté la salle en fin d'après-midi...

Pour cette 68e édition de la Berlinale, Lav Diaz est à nouveau présent en compétition avec ce qu'un journaliste allemand a appelé ironiquement un court métrage, dans la mesure où Season of the Devil ne dure que quatre heures !

Lav Diaz se réfère dans son œuvre à l'histoire lointaine ou récente de son pays. A Lullaby parlait de la brève et désastreuse insurrection de ses compatriotes (parmi lesquels le poète et héros national Jose Rizal) contre l'occupant espagnol à la fin du 19e siècle . Dans Season of the Devil le contexte est complètement différent. Nous sommes à la fin des années 1970.

 

  

Le dictateur Ferdinand Marcos est au pouvoir. Avec son assentiment, une milice paramilitaire fait régner la terreur dans les campagnes en invoquant la lutte contre le danger communiste. Tout se passe ici dans un petit village perdu dans la jungle, où une jeune femme médecin a ouvert une clinique pour les pauvres. Attention : comme les précédents, ce film de Lav Diaz ne se présente pas comme une évocation historique des événements. Le style du réalisateur – dont je ne vois aucun équivalent dans le cinéma contemporain – est un mélange fascinant de réalisme et de poésie. Il n'y a guère de narration structurée dans Season : plutôt une suite de tableaux tournés en plan fixe, où les protagonistes ne s'expriment qu'en chansons non accompagnées (le metteur en scène est l'auteur des textes, souvent très beaux). La lenteur est un élément consubstantiel de cette esthétique, et je sais que cela exaspère certains spectateurs (mais autant reprocher aux symphonies de Bruckner d'être trop longues, alors qu'elles ne prennent sens que dans la durée).

 

 
 © Giovanni D. Onofrio

 

Ce qui rend magique l'oeuvre de ce créateur philippin, c'est la qualité de la lumière (le film est en noir et blanc) : depuis les films de Murnau des années 1920 (Tartuffe, Le dernier des hommes), je n'ai jamais été ébloui par une photographie aussi géniale. En somme, tout comme Bela Tarr – à mon goût le seul autre grand cinéaste vivant de notre temps, l'auteur de Lullaby et de Season of the Devil réinvente le septième art. Superbement indifférent aux codes narratifs et aux esthétiques actuelles, cet aède de 60 ans retrouve l'esprit de la chanson de geste : Lav Diaz, ou l'Homère de la jungle philippine.

 

 
 © Giovanni D. Onofrio


On me dira : quel sens cela a-t-il de célébrer ces films, alors qu'on ne les verra que dans des festivals ou dans quelques rares projections organisées par une demi-douzaine de cinémathèques ? Rappelez-vous seulement qu'en 1922 The Waste Land de T.S. Eliot et Ulysses de Joyce n'ont trouvé à l'origine qu'une poignée d'admirateurs, avant d'être consacrés comme des œuvres phares eu 20e siècle.

 

Rédigé par Marcel Croës

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