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Les Oscars 2014 : un palmarès sans surprises

  • Rédigé par Marcel Croës
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Pour la première fois dans l'histoire des Oscars, les quelque 6000 membres de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences ont donc décerné la récompense suprême à un film réalisé par un cinéaste noir.

Un choix prévisible, à mon avis. Le récit mis en scène par le Britannique Steve McQueen avait plus d'un atout, surtout si on l'envisage dans le contexte américain. 150 ans après la guerre de Sécession, la question de l'esclavage a toujours beaucoup plus de résonance aux Etats-Unis que dans les pays européens. Je rappelle au passage que l'histoire racontée dans 12 Years a Slave est antérieure au conflit de la décennie 1860, puisqu'il s'agit des tourments endurés par un Noir de New York kidnappé en 1841 et retenu comme esclave pendant douze ans dans une plantation de Louisiane.
Selon moi, la victoire remportée par le film aux Oscars s'explique en partie par le sentiment subliminal de culpabilité qu'il instille dans l'esprit du spectateur blanc (et donc dans celui de la majorité des votants de l'Academy). Si je formule des réserves ou des critiques sur 12 Years a Slave, ne serait-ce pas l'effet d'un racisme sournois? Une des raisons qui me détournent de ce drame trop démonstratif est que je devine chez son auteur une stratégie visant à me donner mauvaise conscience si je ne l'applaudis pas (j'avais détesté le premier film de Steve McQueen, Hunger, où le réalisateur sollicitait notre sympathie pour les grévistes de la faim de l'IRA que Margaret Thatcher refusa jadis – à juste titre – de gracier).

 
 Oscar du meilleur film pour 12 years a slave de Steve McQueen. Par ailleurs, l'actrice Lupita Nyong'O a remporté le trophée du meilleur second rôle féminin pour son interprétation dans le récit esclavagiste du Brittanique.


Au total, 12 Years a Slave m'apparaît comme une œuvre bien simpliste, et où l'écriture cinématographique n'a rien d'original ni de personnel. En outre, bien des spectateurs seront rebutés par l'insistance avec laquelle le cinéaste montre en gros plan les dos des esclaves lacérés par des coups de fouet. Quant à l'apparition finale de Brad Pitt (coproducteur du film) dans le rôle d'un Blanc anti-esclavagiste qui vient délivrer le pauvre Solomon de son martyre, elle s'apparente pour moi à une intervention divine aussi miraculeuse que l'apparition de la cavalerie yankee dans la séquence finale des westerns de la grand époque.
Mon film préféré de l'année 2013 reste évidemment American Hustle de David O. Russell.

 
 Cate Blanchett remporte l'oscar de la meilleure interprétation féminine dans Blue Jasmine.


Guère de surprise non plus en ce qui concerne l'Oscar de la meilleure interprétation féminine pour Cate Blanchett dans Blue Jasmine. En général, j'ai peu de goût pour les films de Woody Allen, que je tiens pour un réalisateur terriblement surestimé, surtout en France. Son dernier opus est nettement meilleur que les précédents (tournés à Barcelone, Paris ou Rome) qui m'avaient paru exécrables. Cate Blanchett est une bonne comédienne qui a beaucoup de métier (grâce à sa pratique du théâtre). Son jeu n'emporte pas totalement mon admiration, dans la mesure où je le trouve parfois trop self-conscious.
La statuette du meilleur réalisateur va au Mexicain Alfonso Cuaron pour Gravity, un film au sujet très mince mais qui représente une prouesse technique rarement égalée à ce jour. Et Cuaron a réussi l'exploit de me faire croire au talent d'interprète de Sandra Bullock, alors que je l'ai toujours tenue pour une des trois plus mauvaises comédiennes d'Hollywood.
A la différence des Césars et autres Magrittes, qui sont des hochets strictement locaux, les Oscars ont d'énormes retombées pour un film et des acteurs, dont les cachets se trouvent démultipliés du jour au lendemain. Pour en revenir encore un instant à 12 Years a Slave, j'ai noté dans un article de Mary Milliken sur Reuters que le film n'avait rapporté sur le marché américain que 49 millions de $, alors que Gravity a gagné 703 millions dans le monde, ce qui indiquerait que les spectateurs préfèrent tout de même une excursion dans l'espace à un sermon pétri de bons sentiments.

P.S. Disparu ce week-end à l'âge de 91 ans, Alain Resnais mérite d'être salué comme un cinéaste intègre, ennemi des compromissions et obstinément fidèle à son style et à ses thèmes. Une carrière de plus de 50 ans, avec une vingtaine de longs métrages dont la plupart à mon avis paraissent déjà bien poussiéreux (L'Année dernière à Marienbad et autres Smoking/No Smoking). Mais on retiendra Hiroshima mon amour (1958), qui a vraiment contribué à renouveler le langage du cinéma, et surtout son documentaire Nuit et brouillard (1958) qui a réussi à traiter avec une sobre émotion un sujet réputé impossible, les camps de concentration nazis. J'entendais ce matin sur France Inter que certains souhaitent pour Resnais des funérailles nationales, une demande parfaitement ridicule.

Rédigé par Marcel Croës

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