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Un film noir venu de la Chine rouge

  • Rédigé par Marcel Croës
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Un film noir venu de la Chine rouge © Droits réservés

La Cina è vicina (La Chine est proche): c'était le titre d'un beau film tourné en 1967 par Marco Bellocchio. Aucun festival n'a contribué aussi efficacement que celui d'Udine à nous rendre plus proche, depuis déjà 16 ans, la cinématographie de l'Empire du milieu.

J'ai revu hier Black Coal, Thin Ice de Diao Yinan dont j'avais parlé ici quand en février dernier il a obtenu l'Ours d'or au Festival de Berlin. Mon admiration pour ce troisième long métrage d'un réalisateur chinois de 45 ans reste inchangée. Il s'agit à première vue d'un hommage au film noir hollywoodien des années 1940 et 1950, avec des personnages familiers dans ce genre de récits, comme la femme fatale (d'autant plus redoutable qu'elle peut passer au départ comme une victime manipulée par les hommes) et un flic alcoolique et désabusé. Mais on se tromperait en voyant Black Coal, Thin Ice uniquement comme une œuvre référentielle. Diao Yinan a une vraie personnalité de metteur en scène, qui se traduit entre autres par une parfaite maîtrise du récit (où le non-dit et l'ellipse jouent un grand rôle), par la création d'atmosphères oppressantes (l'affaire se passe dans une Chine du Nord glaciale et inhospitalière) et par un usage subtil de la couleur.

 
 Photo du film Black Coal Thin Ice dans toute sa subtilité coloristique © Droits réservés


Le public d'Udine a fait une ovation au réalisateur, visiblement ému. J'ai retenu un passage de son speech, où il disait en substance : «J'ai apprécié d'être couronné à Berlin, mais je me trouvais dans une grande ville où j'étais un peu perdu, alors qu'ici j'ai le sentiment d'être dans un village, entouré d'amis». Il semble que le film va sortir bientôt en France, et j'espère qu'il apparaîtra bientôt sur nos écrans. En tout cas, les lecteurs de L'Eventail seront alertés au plus vite.
Deux nouvelles sections se sont ajoutées cette année à l'affiche du festival. D'une part, des films documentaires, que je verrai dans les jours qui viennent. Et d'autre part, une sélection de moyens métrages (entre 10 et 30 minutes) regroupés sous l'appellation « Fresh Wave »: ce serait, si l'on veut, la Nouvelle Vague de Hong Kong. Il s'agit d'un programme financé depuis 2005 par un organisme officiel de la région autonome (pour employer le terme consacré désignant désormais Hong Kong): quelques dizaines de projets de films sont présentés par des aspirants réalisateurs (ou réalisatrices) et ceux qui sont retenus reçoivent à la fois un soutien matériel et les conseils d'un cinéaste chevronné. Ces dernières années, Johnnie To – un des maîtres les plus admirés du cinéma chinois – s'est beaucoup impliqué dans ce projet. Comme il l'a souligné, l'intérêt de ces premiers films tient au fait que les jeunes artistes ne sont pas (encore) bridés par des considérations commerciales et ne craignent pas d'aborder des thèmes comme la célébration de la culture locale, la défense de l'identité hongkongaise, les problèmes de l'environnement urbain, ou la lutte pour les libertés politiques (un thème toujours très «chaud», dans la mesure où les pressions du pouvoir de Pékin s'avèrent préoccupantes, suscitant d'ailleurs chaque année une gigantesque marche de protestation dans les grandes artères du territoire). Bref, cette Fresh Wave est un espace de liberté, et de la part des responsables de la manifestation udinaise il s'agit d'un pari sur l'avenir qu'on ne peut qu'applaudir.

www.fareastfilm.com
Rédigé par Marcel Croës

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