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Un James Bond philippin, ou le retour de l'agent 00

  • Rédigé par Marcel Croës
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Le cinéaste australien Andrew Leavold Le cinéaste australien Andrew Leavold © Droits réservés

S'il y avait une palme du bizarre, elle reviendrait à coup sûr à The Search for Weng Weng de Andrew Leavold, qui a littéralement sidéré le Festival d'Udine lors de sa projection hier après-midi.

Leavold, un Australien de 44 ans barbu et archi-sympathique, s'est donné pour mission depuis une bonne vingtaine d'années d'explorer les recoins les plus négligés de l'histoire du cinéma. Rien n'échappe à la curiosité vorace de ce gaillard qui apparaît à la fois comme un archéologue et un Sherlock Holmes du septième art. Le documentaire qu'il nous a présenté ici est le résultat de sept années de recherches.
Passionné par le cinéma populaire des Philippines, qui a connu un âge d'or dans les années 70 et 80, le réalisateur était tombé par hasard sur un film intitulé For Your Height Only (dont le titre faisait bien entendu écho à For Your Eyes Only de la saga jamesbondesque). Cette parodie des aventures de l'agent secret de Sa Majesté inventé jadis par Ian Fleming était interprétée par un comédien nommé Weng Weng qui mesurait exactement 88 centimètres.

 
The Search for Weng Weng, le comédien au physique hors normes...


Commence alors une véritable enquête policière qui va conduire Andrew Leavold à traquer les derniers survivants de la grande époque du cinéma philippin de série B. Qui était ce mystérieux Wang Weng dont la carrière météorique a été à la fois glorieuse et navrante ? S'il a interprété une dizaine de films, bon nombre d'entre eux ont disparu à jamais, personne ne s'étant évidemment soucié de conserver ces témoignages d'un cinéma authentiquement populaire (et méprisé, cela va sans dire, par les intellectuels).
Les investigations menées par Andrew Leavold ont permis de reconstituer la vie de Weng Weng, qui s'appelait en réalité Ernesto dela Cruz et venait d'une famille misérable et illettrée. Malgré sa taille minuscule, le petit garçon se lance bientôt dans le karaté pour surmonter son handicap et entame une carrière dans le spectacle. Il est découvert par un couple de producteurs, les Caballe, qui décident d'en faire la vedette (sous le nom d'agent 00) d'une série de parodies de James Bond. Les films sont tournés à toute vitesse, avec des budgets ridicules, et comme il n'y a pas d'argent pour payer des professionnels Weng Weng interprète lui-même les cascades les plus périlleuses.
Les extraits qu'on voit dans le documentaire de Leavold atteignent à une sorte de sublime dans le kitsch et le dérisoire. Outre un frère de Weng Weng, l'auteur a retrouvé des metteurs en scène et des collègues de l'acteur, mais il n'a pas réussi à faire parler Madame Caballe, qui a joué dans toute cette histoire un rôle particulièrement sinistre. Car le pauvre nain a été exploité cyniquement par la dame et son époux, qui ont empoché des bénéfices considérables alors que la star de leurs productions recevait un cachet de 2500 US $...
A la fin du film, une séquence hilarante nous fait rencontrer Madame Marcos, la veuve de l'ex-président (et dictateur) des Philippines qui dans son fief d'Ilocos (aux Philippines, la politique est toujours une affaire clanique) évoque avec fierté le Festival du cinéma de Manille en 1982, dont Weng Weng a été une des stars.
L'incroyable carrière de Weng Weng se termine tristement. Le comédien lilliputien tombe malade, mais personne ne se soucie de lui. Il meurt en 1992, victime semble-t-il d'un arrêt cardiaque. Le voici ressuscité grâce à un film dont j'aimerais que notre Cinémathèque organise une projection, car je ne doute pas que bien des aficionados de la série B y trouveraient leur bonheur.

Rédigé par Marcel Croës

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