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Berlinale, clap 4e

  • Rédigé par Marcel Croës
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Christian Bale et Natalie Portman dans le dernier film de Mallick Christian Bale et Natalie Portman dans le dernier film de Mallick © Dogwood Films/Waypoint Entertainment

Accident industriel : si la formule devait s'appliquer à un film, le candidat de l'année serait à coup sûr Knight of Cups. Après l'affligeant To the Wonder (2012), le nouvel opus de Terrence Malick, présenté en compétition, confirme la dégringolade artistique du cinéaste texan.

Le dossier de presse, rédigé en anglais, nous informe que le personnage central, interprété par Christian Bale (sa prestation dans le récent American Hustle était épatante), « despairs at the emptiness of his life ». A la vérité, c'est le film lui-même qui s'avère d'une vacuité désespérante... Bale incarne un certain Rick, scénariste hollywoodien à qui on offre un nouveau projet. Mais étrangement, ce créateur qu'on nous demande de tenir pour génial n'est jamais montré au travail. Malick le présente dans une perpétuelle errance californienne qui va de la plage de Santa Monica à des montagnes désertiques, en passant par les buildings ultra-modernes de Los Angeles. Rick est en proie à des inquiétudes métaphysiques, ce qui permet à l'acteur d'arborer pendant deux heures d'horloge une expression d'ennui abyssal. Tout au long du film, une voix off (qui nous livre j'imagine son monologue intérieur) énonce solennellement des platitudes sur la vie, la mort et le pourquoi du comment. On devine vaguement que Rick a eu des problèmes familiaux : mort d'un frère, rivalité avec un autre, conflit avec le père. Son itinéraire sentimental gravite autour de deux femmes, interprétées par Cate Blanchett et Natalie Portman. Mais tout cela n'est qu'effleuré par l'auteur, qui préfère se griser de mouvements de caméra virtuoses et filmer de ravissantes naïades plongeant dans des piscines immaculées (au point qu'on se demande parfois si Knight of Cups n'a pas été en partie sponsorisé par une firme de maillots de bain). La projection de presse s'est terminée par quelques timides applaudissements, mais le sentiment général était tout de même la consternation. Je vois au générique que les Français du Studio Canal ont mis quelque argent dans la production, ce qui devrait inciter à se poser des questions sur l'état mental de leurs dirigeants.

 

Tom Courtenay, Charlotte Rampling et Andrew Haigh à la Berlinale 2015 pour 45 Years © DR


Mine de rien, un modeste film britannique est en train de se hisser lentement mais sûrement parmi les favoris du public et des professionnels. 45 Years du presque inconnu Andrew Haigh (né en 1973) séduit par la justesse de l'observation et l'acuité dans la description des sentiments. Un couple retiré à la campagne se prépare à fêter ses 45 ans de mariage lorsqu'un incident lié au passé du mari refait subitement surface. En quelques heures, la parfaite entente conjugale se fissure, laissant place chez l'épouse au doute, à l'inquiétude, voire au ressentiment. La réussite du film tient à un casting idéal. Tom Courtenay, 77 ans, qui fut jadis un des acteurs emblématiques du « Free Cinema », ne surjoue jamais là où d'autres seraient tentés de verser dans l'émotion facile. Quant à Charlotte Rampling, elle est tout simplement magistrale : à 68 ans, cette comédienne accomplie pourrait en remontrer, pour la séduction et l'intelligence, à des actrices qui ont la moitié de son âge. Un prix d'interprétation me semble largement mérité à l'issue de cette 65e Berlinale.

Rédigé par Marcel Croës

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