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Ostalgie berlinoise

  • Rédigé par Marcel Croës
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Toute l'équipe du film Als Wir Träumten Toute l'équipe du film Als Wir Träumten © picture-alliance

Ostalgie: cette contraction de l'allemand Ost (l'Est) et Nostalgie a été inventée pour désigner le sentiment ambivalent de quelques intellectuels occidentaux à l'égard des régimes communistes de l'Europe de l'est. Comme si tout n'était pas à rejeter dans certaines valeurs dont se réclamaient les tenants du « socialisme réel ». Rappelez-vous le film Goodbye Lenine qui évoquait avec une ironie teintée d'affection la vie quotidienne dans l'Allemagne d'Erich Honecker...

Als wir träumten (Quand nous rêvions) d'Andreas Dresen (né en 1963) ne relève pas de l'Ostalgie, dans la mesure où les événements se situent immédiatement après l'effondrement du régime de Pankow (comme on disait chez nous à l'époque - je pense à cela chaque fois que je prends pour aller au Festival le métro U2, dont le terminus est à Pankow). Et ce qui va étonner plus d'un spectateur, c'est qu'il est très peu question ici de politique. Tout au plus quelques brefs flash-backs rappellent-ils le climat d'endoctrinement dans les écoles de la RDA, et l'hostilité des apparatchiks du parti lorsque se développent dans les rues du pays des mouvements spontanés de protestation.

Le film de Dresen est adapté d'un roman à succès de Clemens Meyer, où j'imagine que l'auteur a intégré une bonne part de son expérience personnelle. Nous sommes à Leipzig, et les protagonistes sont une petite bande de copains à peine sortis de l'adolescence, qui découvrent que dans l'Allemagne nouvellement réunifiée tout semble possible et permis : émancipation du milieu familial, refus de l'autorité, rock 'n' roll, sexe, alcool et autres plaisirs moins licites. Nos gaillards se lancent à fond dans l'aventure, pour découvrir à la fin du récit que la gueule de bois succède à l'euphorie des débuts. L'activité la plus notable du petit groupe consiste à créer dans les caves d'un bâtiment industriel désaffecté une discothèque ultra-branchée qui rallie bientôt toute la jeunesse du coin. J'ai connu moi-même à Berlin, dans les années 1990, des boîtes de ce genre, dont on se repassait l'adresse (elles étaient évidemment clandestines), et que la police interdisait bientôt faute de licence... Le succès de cette disco « Eastside » provoque évidemment la jalousie. Un gang de loubards au crâne rasé (dont on devine les sympathies) essaie de la contrôler. Les épisodes suivants sont assez prévisibles : guerre de gangs, tabassages en série, etc. On retrouve, en plus violent, le climat de certains films de jeunes américains des années 1950 avec James Dean ou Marlon Brando.

Comme dans les Vitelloni de Fellini (auquel j'ai souvent pensé à mesure que Als wir träumten approche de sa conclusion), le petit groupe de copains se fissure et chacun va vers un destin en général peu glorieux. Le rêve de liberté totale tourne à un cauchemar alimenté par la drogue: un des potes succombe à une overdose, un autre devient dealer, celui qui se voyait champion de boxe se fait pincer par les flics avec un sachet de coke. Et Dani, le naïf et idéaliste personnage central de l'histoire, découvre que la jolie fille dont il était fou amoureux lorsque le Mur est tombé, est devenue entraîneuse dans un cabaret de pole dancing.

Als wir träumten relève d'un réalisme assez fruste, et le style de Dresen est volontiers racoleur. Mais le film, qui a plu au public berlinois, a le mérite d'illustrer une tranche de vie peu connue (chez nous en tout cas) dans l'histoire de l'Allemagne réunifiée.

Rédigé par Marcel Croës

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