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Clap 6e...

  • Rédigé par Marcel Croës
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Le réalisateur Wim Wenders photographié en 2004 par Donata Schmidt-Wenders, sa femme Le réalisateur Wim Wenders photographié en 2004 par Donata Schmidt-Wenders, sa femme © Droits réservés

Le retour des has-been ou le cinéma des papys : la formule me vient à l'esprit quand je repense aux films de Werner Herzog et de Wim Wenders présentés ces jours-ci à la Berlinale. Queen of the Desert est un monument de super-kitsch où on n'arrive pas à prendre une seconde au sérieux les tribulations de l'aventurière anglaise Gertrude Bell (Nicole Kidman), célébrée comme une « Lawrence d'Arabie au féminin ». A ce flop du septuagénaire Herzog succède maintenant le nouvel opus de Wenders (né en 1945) Every Thing Will Be Fine, qui marque son retour à la fiction après une dizaine d'années consacrées à des documentaires.

A partir des années 70, l'auteur des Ailes du désir (Der Himmel über Berlin) s'était fait connaître, aux côtés de Fassbinder, Kluge, Schlöndorff ou von Trotta, comme un des talents majeurs du nouveau cinéma allemand. Paris, Texas, palmé à Cannes en 1984, lui a valu une immense réputation. Personnellement, je pense que la plupart de ses œuvres ont mal vieilli. J'ai toujours été agacé par la solennité du propos, la pomposité des textes et une absence totale d'humour. Le cinéma de Wenders ignore la légèreté. Il me semble éternellement voué à pontifier sur les grandes questions qui ont agité l'humanité de Platon à Schopenhauer.


Every Thing Will Be Fine est basé sur un scénario d'un certain Bjœrn Olaf Johannessen, écrivain qui m'est je l'avoue totalement inconnu. Mais ce texte est tellement wendersien que j'en arrive à me demander s'il ne s'agit pas d'un pseudonyme du cinéaste. La seule différence avec les longs métrages de la première époque du cinéaste est qu'ici on ne patauge plus dans une marmelade métaphysico-philosophique, mais dans les problèmes sentimentaux d'un artiste. En l'occurrence, l'artiste est un romancier (curieux comme les héros d'une foule de productions actuelles exercent toujours des métiers infiniment plus nobles que dentiste ou plombier: ils sont metteurs en scène, scénaristes ou écrivains).


Interprété par James Franco, Tomas nous est présenté d'emblée comme un personnage en crise. Il arbore une expression concentrée, ne sourit jamais et pousse dans chaque scène de profonds soupirs. Vous l'avez compris, notre homme souffre d'un writer's block. Sa créativité est en panne. Je dois dire que je suis toujours sceptique quand on m'annonce au cinéma que le protagoniste est un créateur génial, puisque nous ne pouvons pas vérifier l'éminente qualité de ses écrits. En outre, ça ne marche pas fort côté cœur. Tomas ne s'entend plus avec sa compagne, mais rassurez-vous il ne va pas tarder à rencontrer d'autres personnes avec qui il pourra refaire son numéro d'être blessé et hypersensible. Par un curieux hasard, toutes les femmes qui l'attirent sont jeunes, belles et désirables. Quant à lui, son comportement ne change guère : il est toujours taciturne, plongé dans de grandes douleurs intérieures et ponctue chacune de ses rares phrases de longs silences signifiants.
Comme il faut tout de même pimenter ce récit de 120 minutes d'un élément dramatique, le scénario y ajoute le thème de la culpabilité. Au volant de sa voiture, Tomas a accidentellement tué un petit garçon qui déboulait sur son traîneau dans une neige aveuglante (ça doit se passer au Canada ou en Nouvelle-Angleterre – bien entendu, toutes les maisons sont sobrement design, style Town and Country). La maman du bambin (Charlotte Gainsbourg) pleure beaucoup, elle en veut naturellement à Tomas mais on devine qu'elle ne tardera pas à en pincer pour lui. Wenders n'a pas voulu conclure sur une impression déprimante : à la fin du film, le frère du garçonnet tué par Tomas, devenu adolescent et de surcroît admirateur du romancier, retrouve la trace de l'écrivain pour se réconcilier avec lui.


Pour moi, Every Thing Will Be Fine se situe à peu près au niveau d'un roman de la collection Harlequin – la prétention intellectuelle en plus. Le film est projeté en 3D (on distribue des lunettes à l'entrée), ce qui n'ajoute absolument rien à son intérêt.

Rédigé par Marcel Croës

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1 Commentaire

  • Johan F. Hel Guedj

    There is more to it than meets the eye.
    Franchement expéditif, ce papier…
    Il me semble toujours aisé de caricaturer un propos poétique en le tournant en dérision pour le vider de sa substance…
    On peut se livrer au même exercice avec Lautréamont et autres génies de premier ordre : pompeux, pas d'humour (obligatoire, l'humour ? Non, pas forcément, la vie n'en a pas toujours, les œuvres non plus…), etc.
    Des féministes américaines ont même décrété voici quelques années que Beethoven était sexiste.
    Ne déconsidérons pas trop légèrement un auteur majeur du cinéma, dont Le Sel de la Terre est en course pour les Oscars, avec des chances sérieuses — et sérieusement justifiées.

    Johan F. Hel Guedj Lien vers le commentaire

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