A+ A A-

Les dessous des oeuvres: Honte

  • Rédigé par Louis de Biasin
0 avis
Michaël Borremans, Gone (détail), 2003, huile sur panneau Michaël Borremans, Gone (détail), 2003, huile sur panneau © Zeno X Gallery Anvers

Chaque mois, en marge de l'agenda "art des XXe et XXIe siècles" de L'Eventail, décryptez une œuvre d'art issue de l'exposition phare du moment sur Eventail.be. En février, zoom sur une petite peinture de Michaël Borremans montrée dans le cadre de l'exposition thématique Honte, actuellement au Museum Dr Guislain à Gand.

 Exécuté sur un petit panneau de bois proche du format A4, Gone de Michaël Borremans pourrait s'apparenter aux petites toiles intimistes d'un autre temps. Son sujet, le visage en gros plan d'une fillette aux cheveux tressés, invite le spectateur à plonger dans son expression et dans ses pensées. Mais, malin, l'artiste nous coupe toute possibilité d'interprétation hâtive. À quoi pense-t-elle ? La jeune fille n'affiche aucune expression claire, pince les lèvres et nous dissimule son regard. La touche du peintre, pourtant très réaliste, laisse le doute s'installer autour de ses yeux. Sont-ils entièrement clos ou se limite-t-elle à légèrement baisser les paupières de façon à garder un œil sur quelque chose que nous ne voyons pas ? On serait tenté de penser à cette seconde option, dans la mesure où elle penche très légèrement la tête vers l'arrière, levant le menton. Prie-t-elle ? Dort-elle ou veille-t-elle ? Médite-t-elle ? Pense-t-elle à une personne disparue ? (Le panneau est intitulé Gone, "parti" – mais ce mot peut se rattacher à son attitude même, sortie de notre monde.) Le tableau ne répondra pas.

 

michael-borremans-gone--gallery-antwerpen-honte-expo-guislain


Présentée au sein de l'exposition Honte, le tableau de Borremans adopte une nouvelle interprétation possible. Le regard est en effet la première chose que l'on détourne quand on se sent gêné par une situation, un état, un statut... Comme si, paradoxalement, le fait de regarder ailleurs, ou de se cacher les yeux (derrière ses mains ou ses paupières) permettait de s'extraire du regard des autres. Ne plus voir pour ne plus être vu. Un réflexe naturel et universel qu'ont identifié les commissaires de l'exposition.
Installé dans une aile d'un des premiers hôpitaux psychiatriques de Flandre, le Museum Dr Guislain analyse chaque année un sentiment humain qu'il tente de cartographier de manière nuancée, sensible et poétique (drôle aussi par moments), à travers l'art moderne et contemporain.

Ne manquez pas Honte. Un sentiment déroutant en page 33 de l'édition de février - Disponible en librairie et sur tablette.

Honte
Jusqu'au 29 mai
Museum Dr Guislain, Gand
www.museuldrguislain.be
 
Rédigé par Louis de Biasin

Actualités liées

 

Dans la même catégorie