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Michel Coxcie, ce célèbre inconnu

  • Rédigé par Christophe Vachaudez
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 Ce détail du combat entre David et Goliath, véritable ode à la couleur, fait partie de la collection des souverains espagnols. Ce détail du combat entre David et Goliath, véritable ode à la couleur, fait partie de la collection des souverains espagnols. © Patrimonio nacional

À l'inverse d'autres institutions qui se contentent de ressasser les noms trop connus de l'histoire de l'art, le M Museum de Louvain poursuit un programme original et audacieux qui remet à l'honneur des maîtres parfois oubliés mais éminemment intéressants. Après Jan Rombouts, Hiéronymus Cock, c'est le tour de Michiel Coxcie. Heureuse initiative !

 

Compte tenu du succès qu'il remporta au XVI£e siècle, à une époque où on le surnommait le "Raphaël flamand", il est étonnant que cet artiste n'ait jamais fait l'objet d'une rétrospective. L'entreprise ne fut pas facile mais le résultat permet de comprendre aisément le respect appuyé que le maître inspirait à ses contemporains.

Formé dans l'atelier de Bernard van Orley, Michiel Coxcie (1499-1592) quitte bientôt nos contrées pour l'Italie promise. Durant près d'une décennie, il visite les grandes collections, étudie l'Antiquité et les peintres de la Renaissance à Rome. Il intègre même la coterie de Michel-Ange, une proximité qui le fera choisir pour les fresques de l'ancienne église Saint-Pierre. Fort de cette expérience unique, il revient aux Pays-Bas vers 1539, introduisant un style pictural découlant directement de la Haute Renaissance italienne. De cette période datent le David et Goliath (détail ci-dessus), véritable ode à la couleur, et La Sainte Parenté de la Vierge, savant mariage du nouveau style et du sens du détail des primitifs flamands. Le résultat résonne d'une modernité inédite !

Coxcie déclenche ainsi une véritable révolution artistique et accède sous Charles Quint au titre convoité de Peintre de la Cour. Quand l'empereur abdique et se retire en 1555 au monastère de Yuste, il choisit d'ailleurs d'emporter quelques œuvres de l'artiste. Philippe II lui conserve son estime, ce qui permet à Coxcie d'exécuter les peintures murales du Palais impérial de Binche où pendent, notamment, des toiles de Titien. Il conçoit nombre de retables et dessine tapisseries et vitraux pour la cour d'Espagne.

Enfin, l'artiste réalise aussi une étonnante copie de L'Agneau mystique des frères van Eyck à la demande de Philippe II qui voulait acheter l'œuvre mais a été éconduit par l'Église. La version de Coxcie restera à Madrid jusqu'en 1808. Emportée par les Français, elle sera démembrée, et c'est la première fois que tous les panneaux se retrouvent. Infatigable, Coxcie continue à peindre quand une chute d'un échafaudage précipite sa fin; il a 92 ans ! Après des années d'oubli, le M Museum a remis en lumière Michiel Coxcie dont l'art suscita l'admiration de Rubens. Une réhabilitation plus que réussie!

Michiel Coxcie. Le Raphaël de Flandre. Jusqu'au 23 février au M Museum, Louvain
www.mleuven.be

Rédigé par Christophe Vachaudez

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