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Musée Soulages, hommage d’un artiste à ses origines

  • Rédigé par Sybille Wallemacq
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Pierre Soulages en visite lors des travaux de finition du musée Pierre Soulages en visite lors des travaux de finition du musée © Droits réservés

On peut qualifier de poule aux œufs d'or la nouvelle institution muséale que Rodez abrite depuis cet été. En 2009, les rétrospectives Soulages de Paris et Berlin battaient les records de fréquentation. Aujourd'hui, après deux semaines d'ouverte – lors de notre visite –, quelque 20 000 visiteurs ont déjà poussé la porte du nouveau musée. De bon augure pour cette nouvelle méga machine culturelle. Une aubaine pour cette ville comptabilisant à peine 60 000 habitants...

Pour qui s'intéresse un tant soit peu aux arts contemporain et actuel, Pierre Soulages peut faire figure de référence en matière d'abstraction française. Le noir, ses peintures au geste contrôlé – presque calligraphique, l'instinct en plus – et ses recherches sur la lumière en font un des artistes français les plus (re)connus sur le marché de l'art. Mais qui sait que c'est Rodez, petite cité aveyronnaise qui a vu naître le 24 décembre 1919 au numéro 4 de la rue Combarel cet artiste consacré ? Alors que Soulages ne cache pas que c'est ici que tout a commencé, comment ne pas rendre un peu la monnaie de sa pièce à une région qui l'a nourri et a suscité ce besoin de peindre ?


"On ne se rend pas compte à quel point tout ce que je fais est lié à mes travaux de Conques. C'est même là, je peux le dire, que tout jeune j'ai décidé que l'art serait la chose la plus importante de ma vie." (Pierre Soulages)

Un écrin dans un jardin


Le Musée Soulages est impressionnant à différents niveaux : son contenu, ce qu'il offre comme potentiel de développement et de relais pour le patrimoine historique, culturel et gastronomique de l'Aveyron, mais aussi de par son programme architectural ! Sis dans le jardin public du Foirail, entièrement réhabilité, à deux pas de la cathédrale, le géant d'acier Corten ne passe pas inaperçu, mais son intégration est brillante. Le choix des architectes catalans du bureau RCR Arquitectes s'est d'ailleurs porté sur base de cet aspect mais par le biais du dialogue que le bâtiment instaure avec la nature et son environnement proche ou lointain, tels les monts de l'Aubrac.

 La vue arrière du bâtiment. On aperçoit les grandes ouvertures qui offrent aux visiteurs une perspective sur la nature environnante © Phototèque Grand Rodez

 

Véritable écho à l'œuvre de Soulages, l'édifice est composé de parallélépipèdes rectangles, cinq volumes, pleins ou ouverts, destinés à abriter les différentes techniques développées par l'artiste et mises en relation avec sa biographie : "Les années d'avant/premières peintures, Les brous de noix, Les estampes, Les peintures sur papier/Les peintures sur toile et Conques (salle abritant les cartons préparatoires ayant servi à la réalisation des vitraux de l'abbatiale de Sainte-Foy à Conques... ceux grâce auxquels tout a commencé). Les couleurs, les contrastes, l'ouverture sont autant de points faisant converger en symbiose le contenu et son contenant.


"Je me suis toujours méfié des musées d'artistes où tout le monde se précipite pendant trois ans, puis qui sombrent dans l'oubli." (Pierre Soulages)

Un musée "inhabituel"


On se pose souvent la question de la pertinence de musée monographique comme celui dont il est question ici. N'est-ce pas dangereux de figer une œuvre de la sorte ? De l'endormir dans un cadre muséologique et de la couper du monde ? Soulages le craignait. Il a donc posé une condition dans l'élaboration du projet : la présence d'une salle d'exposition temporaire de 500 m2 afin qu'un dialogue soit toujours possible et qu'une perpétuelle réflexion nourrisse son œuvre, ou l'inverse. Jusqu'au 5 octobre, l'on pourra donc voir Outrenoir en Europe. Musées et fondations, de novembre à fin février, De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck (une exposition de la BNF), et au printemps 2015, c'est Claude Levêque qui y aura carte blanche.

 Un aperçu d'Outrenoir en Europe. Musées et fondations, visible jusqu'à fin février 2015 © Droits réservés

Pierre Soulages souhaitait un musée "inhabituel", qui "mettrait en évidence des processus de création artistique, la part de l'inattendu dans la recherche et, sans pédagogie banale, espère ouvrir les yeux, éveiller l'esprit sur ce qu'est la création artistique en général". À l'heure où nous avons foulé le sol de l'institution, une ribambelle d'enfants attendaient patiemment que les activités qui leur étaient consacrées débutent et une file de quinquagénaires achetaient leur billet... Un sentiment d'accomplissement accompagnait la scène. Pari réussi pour Soulages et Rodez.

 

 Les vitraux de l'abbatiale de Conques: in situ et les cartons exposés au musée © Droits réservés


À Rodez et ses environs


• Michel et Sébastien Bras, véritables amoureux des produits aveyronnais, proposent une cuisine triplement étoilée. Le Café Bras (restaurant du musée) permet un aperçu de leur savoir-faire : www.cafebras.fr
• La maison Fabre (artisans gantiers) à Millau fête ses 90 ans en 2014. www.maisonfabre.fr
• Pour loger, l'hôtel Mercure à Rodez est idéal. Situé à 150 mètres du musée, il offre un charme Art déco surprenant. www.mercure.com
• Dans l'esprit "chambres d'hôtes de prestige", le Château Labro à Onet-le-Château. www.chateaulabro.fr
• Toulouse, la ville rose. Seule ville française dans le top 10 européen du Lonely Planet, à un jet de pierre de Rodez, Toulouse regorge de merveilles à (re)découvrir.

 

Musée Soulages, Rodez
www.musee-soulages.grand-rodez.com
Pour les visites guidées, demandez Emilie à l'Office du Tourisme, c'est une perle !
www.tourisme-aveyron.com
Rédigé par Sybille Wallemacq

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