A+ A A-

Le dessous des oeuvres de Weegee

  • Rédigé par Louis de Biasin
1 avis
Un marin et une fille au cinéma, New York, vers 1943. Collection de Jean Pigozzi, Genève Un marin et une fille au cinéma, New York, vers 1943. Collection de Jean Pigozzi, Genève © International Center of Photography

Chaque mois, en marge de l'agenda "Art des XXe et XXIe siècles" de L'Eventail (disponible ici), décryptez une œuvre d'art issue de l'exposition phare du moment sur eventail.be. En septembre, zoom sur une photographie de l'Américain Weegee exposée au Musée de la Photographie de Charleroi jusqu'au 4 décembre.

Dans une salle de cinéma plongée dans la pénombre, deux jeunes gens s'enlacent avec insouciance, observés par un homme à l'allure sévère, mais dans la parfaite indifférence de leurs voisins directs. À l'arrière-plan, un individu s'est endormi la tête en arrière et la bouche ouverte, tandis qu'un visage surgit des ténèbres.

Nous sommes en 1943, et le jeune amoureux est un marin en permission. Derrière l'objectif, le photographe Weegee (né Usher Fellig en actuelle Ukraine en 1899) capte cette petite tranche de vie à l'aide d'un appareil à infrarouge qui lui permet de scruter le petit monde de la nuit. Son couple est aux antipodes de celui qu'immortalisera plus tard Robert Doisneau devant l'hôtel de ville de Paris, à l'élan romanesque et – on le sait aujourd'hui – à la mise en scène étudiée. Ici, dans ce cinéma du Lower East Side à New York, pas de rôle de composition de la part des protagonistes. Le cliché est pris "à la sauvette". Pionnier du photojournalisme, Weegee – que son destin de jeune immigré a d'abord plongé dans les bas quartiers, entre trafics, violence, prostitution et pègre – n'aura de cesse de fixer sur pellicule l'envers du rêve américain.
Dès le milieu des années 1930, Weegee équipe sa Chevrolet d'un véritable arsenal lui permettant d'être le premier sur "les lieux du crime" et des faits divers : radio branchée sur les fréquences de la police, petit labo photo dans le coffre, machine à écrire...

 
 Weegee et sa Chevrolet équipée. © DR

 

Le photoreporter écume les rues new-yorkaises à la recherche du scoop qu'il vendra en primeur aux rédactions des quotidiens matinaux. Les clichés sont souvent crus, sans artifice, mais avec un sens du cadrage qui fait mouche. Comme cet homme abattu sur un trottoir d'Hell's Kitchen, le visage ensanglanté et son revolver tombé devant lui : le lendemain, la photo du malfrat local se retrouvera à la une des journaux.

 
 Weegee, Meurtre dans Hell's Kitchen : Anthony Izzo, tué par Eliglio Sarro, un policier qui n'était pas en service, 2 février 1942. Collection de Jean Pigozzi, Genève © International Center of Photography.

 

À l'issue de la guerre, les photos de Weegee franchiront les portes des galeries d'art et le reporter trouvera une nouvelle notoriété. Une dimension plastique qui n'efface pas l'aspect témoignage que revêtent les 118 photos issues de la collection Jean Pigozzi et exposées jusqu'à la fin de l'année au Musée de la Photographie de Mont-sur-Marchienne.

Ne manquez pas "Weegee by Weegee", exposition présentée au Musée de la Photographie à Charleroi, en page 71 de l'édition de septembre de L'Eventail, disponible en librairie et sur tablette ici.

Weegee by Weegee
Jusqu'au 4 décembre
Musée de la Photographie
11 avenue Paul Pastur, Charleroi, Mont-sur-Marchienne
www.museephoto.be
Rédigé par Louis de Biasin

Actualités liées

 

Dans la même catégorie