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Le marché de l'art vendu aux enchères ? (2/2)

  • Rédigé par Martin Boonen
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Le marché de l'art vendu aux enchères ? (2/2) © Droits réservés

Paris accueille prochainement la 27ème Biennale des Antiquaires. Cette grande messe, rassemblée au Grand palais, est l'occasion idéale de se pencher sur les défis des antiquaires et des galeristes au XXIème siècle : des métiers bousculés sur un marché qui se réinventent. L'Eventail est heureux de vous proposer ici la deuxième partie du premier volet de son dossier sur le marché de l'art en mutation développé sur les supports online et offline du magazine. L'enquête rassemble des professionnels issus des différents secteurs du « monde » de l'art.

Il serait tentant de penser que les maisons de ventes puissent faire la pluie et le beau temps. Mais en météo, on ne maîtrise jamais tout, et un nouvel acteur, auquel on ne s'attendait pas forcément, vient s'inviter dans cet univers en pleine transformation: internet.

Internet comme arbitre ?

"Les ventes en ligne ont pris une part très conséquente du marché de l'art. Les maisons de ventes en France, à Paris ou en province, vendent beaucoup à l'étranger, simplement sur photo" constate Benjamin Zurstrassen. Emmanuel Van de Putte confirme ces propos : "Il est indispensable, pour ce marché, d'être présent sur internet. En 2020, les ventes en ligne représenteront, selon les prévisions, treize milliards de dollars". Cette évolution est la plus compliquée à imaginer parce qu'elle bouscule beaucoup de réflexes. Néanmoins, Emmanuel Van de Putte détaille : "Je ne peux concevoir que la photographie puisse jamais remplacer complètement l'envie, le besoin de voir l'œuvre réellement. Une griffe, un coup sur du verni, tout cela ne se décèle pas facilement sur photo. Je n'ose pas imaginer acheter un Cézanne à plusieurs millions d'euros sur photo".

 

Il est des détails que jamais une photo ne pourra laisser paraître... © Droits réservés

 

Il faut se méfier de ces arguments qui relèvent de la passion pour son activité, alors que la vente est aussi (et surtout) une transaction. Le marché de la musique a mis du temps avant de comprendre que les gens allaient abandonner le vinyle, puis le CD pour la forme désincarnée du mp3. Et le monde de l'édition prend seulement, doucement, conscience que les lecteurs n'auront pas autant de scrupules que les éditeurs à passer au livre numérique.

D'ailleurs, Albert Baronian, célèbre galeriste bruxellois confirme cette tendance à la numérisation des échanges sur le marché de l'art : "Moi je fais partie d'une génération pour laquelle il est impensable d'acheter un tableau sans le voir. Mais il faut reconnaître que ça se fait tout de même. Je suis par exemple contacté par des collectionneurs d'Afrique du Sud, qui, c'est certain, ne mettront évidemment jamais un pied dans ma galerie. Ils s'intéressent à l'artiste, ils voient leur prochaine exposition... La demande internationale augmente, des affaires s'amorcent et se font à partir du web. Ce marché se globalise, et internet représentera peut être un jour la majorité de nos ventes, mais jamais la totalité. Enfin, je l'espère..."

Il faut noter que si le marché de l'art évolue, c'est aussi parce que le consommateur change...

 

La course à l'Eldorado virtuel

Internet joue aussi un rôle prépondérant dans la régulation du marché, grâce à toutes les informations que les collectionneurs peuvent y trouver : "Les collectionneurs actuels savent aussi beaucoup mieux ce qu'ils achètent Grâce à des outils très puissants comme le site artprice.com, ils suivent de près l'évolution du marché, savent où telle pièce a été vendue et à quel prix. Ça aussi, ça change la donne" décrypte Benjamin Zurstrassen.

Les maisons de ventes ne sont pas en reste. Un rapport 2014 sur les ventes en ligne du marché de l'art, signé Hiscox et ArtTactic est édifiant et démontre une nouvelle fois la puissance des commissaires priseurs. On y découvre que "les ventes exclusivement en ligne de Christie's en 2013 ont générées un total de 20,8 millions de dollars en 49 ventes (un chiffre à comparer avec les 4,7 millions de dollars pour sept ventes, en 2012)".

Le gâteau devient si important que même Amazon, le surpuissant spécialiste des ventes en ligne ("la plus grande quincaillerie du monde") a décidé de croquer dedans. En 2013, il lance Amazon Art. Avec un tel succès qu'artprice.com a lancé une application pour acquérir plus facilement des œuvres sur Amazon....

Nous voilà dans ce qui ressemble à une course au nouvel Eldorado du marché de l'art. Dans ce contexte, Sotheby's ne pouvait pas rester les bras croisés face aux ventes en ligne de son concurrent direct Christie's. Qu'à cela ne tienne, Sotheby's vient d'annoncer un partenariat avec eBay (le plus gros concurrent d'Amazon...) via un futur portail de vente numérique, prévu pour la fin de l'année.

 

Les bijoux d'Elizabeth Taylor ont été vendus en 2011 par Christie's lors d'une vente aux enchères en ligne très médiatisée © Droits réservés

 

Les succès d'Amazon et de Christie's (ventes en ligne très médiatiques, notamment celle des bijoux d'Elisabeth Taylor en 2011) a poussé Sotheby's à revoir sa politique numérique. Depuis un premier rapprochement précoce et mitigé avec eBay (déjà) il y a dix ans, Sotheby's avait décidé d'abandonner le terrain numérique.

Emmanuel Van de Putte minimise ce volte face : "Ce n'est pas un volte face, c'est une évolution naturelle. Il y a quinze ans, les collectionneurs enchérissaient déjà au téléphone. De plus, nos ventes exceptionnelles ne sont pas ouvertes à l'enchérissement en ligne. Nous sommes convaincus qu'il y a un momentum, lors des enchères physiques, qui est recherché par les collectionneurs. C'est encore le beau moment de la vente, avec une atmosphère et une ambiance très particulière : on y juge l'état de vigueur du marché. Il faut diversifier les ventes en fonctions de nos clients, et c'est ce que nous faisons: nous nous adaptons pour offrir le meilleur services possible et répondre aux attentes du marché".

 

Deux tendances claires

Alors, que nous réserve le marché de l'art? Impossible à dire, mais deux tendances se détachent: la numérisation des transactions, le développement des outils et services internet d'une part ; et la présence (l'omniprésence ?) croissante des maisons de ventes dans tous les domaines du marché d'autre part.

 

Internet est parvenu à mettre à genoux l'industrie du disque et tourmente actuellement le monde de l'édition mais le marché de l'art, quant à lui, semble être tout prêt à l'accepter !

 

En septembre, dans les kiosques, ou sur tablette, L'Eventail poursuit la réflexion dans une interview exclusive d'Albert Baronian, galeriste bruxellois et instigateur de la foire internationale ArtBrussels. A ne pas manquer !

Rédigé par Martin Boonen

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