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So What - Quand Miles Davis s'est lassé du be-bop ...

  • Rédigé par Maxime Delcourt
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Miles Davies a été le fer de lance de l'évolution du jazz Miles Davies a été le fer de lance de l'évolution du jazz © Droits réservés

Eventail.be vous propose de (re)plonger dans la manne à disques... De nombreux tubes ont jalonné l'histoire de la musique. Rendez-vous chaque mois pour le Tube du Grenier. Ce mois-ci, retour sur So What de Miles Davis à l'occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire.

 En 1959, Miles Davis est un musicien lassé de l'ère be-bop. À la manière de ce qu'il va entreprendre tout au long de sa carrière, le trompettiste américain cherche alors à se réinventer, à placer ses origines noires au centre de sa musique et à délaisser le quintet traditionnel au sein du jazz pour mettre en place un sextet incroyablement talentueux : les saxophonistes John Coltrane et Julian « Cannonball » Adderley, les pianistes Wynton Kelly et Bill Evans, le contrebassiste Paul Chambers et le batteur Jimmy Comb. « Dans le be-bop, la musique contenait beaucoup de notes », se justifiait-il. « Diz et Bird enfilaient notes et accords de passage très rapides. Leur concept musical, c'était « plus », pas « moins ». Moi, je voulais élaguer les notes. J'ai toujours eu le sentiment que les musiciens jouaient beaucoup trop, trop longtemps. La musique de ce nouveau groupe, je la voulais plus libre, plus modale, plus africaine ou orientale, moins occidentale ».

 

 

Aux côtés de ses nouveaux compagnons de jeu, Miles Davis donne vie, en à peine deux sessions (le 5 mars et le 22 avril 1959), à l'indéniable chef-d'œuvre de sa carrière : Kind Of Blue, un disque entièrement conçu autour du piano de Bill Evans et ouvert harmonieusement par So What, dont l'écriture universelle, éloignée du jazz modal de l'époque, est imprégnée de spiritualité. « J'avais ajouté un autre type de son, venu de l'époque où, dans l'Arkansas, on rentrait de l'église en entendant de super-gospels. Ce type de feeling m'est revenu, je me suis souvenu du son de cette musique. Ce feeling s'était infiltré dans mon sang créatif, mon imagination, et je l'avais oublié. Je n'ai pas couché toute la musique sur le papier, j'ai simplement amené des canevas de ce que chacun était censé jouer. Je voulais beaucoup de spontanéité dans le jeu, exactement comme dans l'interaction entre les danseurs, les tambours et les joueurs de sanza du Ballet Africain. » Miles Davis dit vrai : les neuf minutes spectrales de « So What », faites d'envolées mélodiques et de rythmes transcendés, ont été mises en boîte sans répéter avant la séance d'enregistrement.

 

 
 Miles Davis enregistrant Kind of Blue © Droits réservés

 

Une méthode de travail qui n'est pas sans rappeler celle employée par les free-jazzmen (Ornette Coleman, Cecil Taylor) à la même période et que les différents membres du sextet prendront plaisir à réinventer. À l'image de John Coltrane qui, quelques semaines à peine après l'enregistrement de Kind Of Blue, signe avec la firme Atlantic et enregistre coup sur coup Giant Steps et My Favorite Things, deux sommets d'un jazz plus que jamais éloigné de ses traditions esthétiques.

Rédigé par Maxime Delcourt

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