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Première de Jenufa de Leos Janacek à La Monnaie

  • Rédigé par Marcel Croës
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Première de Jenufa de Leos Janacek à La Monnaie © Karl und Monika Foster

Bravo à Peter de Caluwe pour sa perspicacité. Le directeur de la Monnaie a invité Alvis Hermanis, un artiste letton de 49 ans qui n'avait jamais travaillé pour notre opéra national, à mettre en scène le chef-d'oeuvre de Leos Janacek, Jenufa (1904). La première avait lieu hier soir, 21 janvier, et j'en suis sorti avec le sentiment d'avoir vécu un de ces moments qui se gravent dans la mémoire.

Salué comme une des dix personnalités les plus influentes du théâtre européen actuel, Hermanis s'est fait connaître depuis des années à Vienne, Edimbourg, Avignon ou Berlin, mais sa production de Jenufa à Bruxelles s'avère tout simplement magistrale et nous donne l'occasion de découvrir un talent singulier, qui se situe en marge ou à rebours d'une certaine esthétique contemporaine. Dans ses interviews, Hermanis se définit – avec peut-être une pointe de provocation – comme un artiste «conventionnel» qui appartient à l'ancienne école. Entendez que pour lui, le théâtre n'est pas le véhicule d'un message politique ou social, et que - comme le disait Janacek lui-même - la vérité et la beauté peuvent aller de pair. Les décors, qui se réfèrent à la fois à l'art 1900 (Mucha et autres) et au folklore morave, tout comme les fabuleux costumes (un an de travail pour les ateliers de la Monnaie), transposent dans une sphère magique ce qui pourrait être vu au départ comme un sombre drame d'amour et de mort dans un village tchèque au tournant du XXe siècle.Les costumes de Jenufa ont demandé jusqu'à un an de travail aux ateliers costume de la Monnaie, de véritables chef-d'oeuvres.© Karl und Monika Foster.
Mais surtout, la mise en scène d'Hermanis rend justice à l'extraordinaire intensité émotionnelle de Jenufa, une œuvre qui se termine par le duo d'amour le plus poignant qu'on puisse voir sur une scène lyrique (NDLR: Acte III, scène 12, Odesli... Jdi take - écoutez en cliquant ici). Tous les interprètes seraient à citer pour leur engagement dramatique et la beauté du chant. Direction inspirée du chef Ludovic Morlot.
Allez-y sans délai, c'est un des spectacles majeurs de l'année 2014.

Jusqu'au 7 février
www.lamonnaie.be
 
 
Rédigé par Marcel Croës

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