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Ma sorcière bien-aimée: Alcina de Händel à l'Opéra de Paris

  • Rédigé par Marcel Croës
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Sandrine Piau en pétillante Morgana, Patricia Bardon en Bradamante et Cyrille Dubois dans le rôle d'Oronte Sandrine Piau en pétillante Morgana, Patricia Bardon en Bradamante et Cyrille Dubois dans le rôle d'Oronte © Opéra national de Paris/ J.M Lisse

« Imbécile ! », avait rugi Händel en apprenant que le castrat Carestini, vedette de son nouvel opéra Alcina (1735), avait refusé un air écrit spécialement à son intention. Je repensais à cette anecdote en écoutant l'autre soir le passage en question, Verdi prati, divinement chanté par la mezzo russe Anna Goryachova dans la production qui se donne en ce moment à l'Opéra Garnier.

Le très inventif Robert Carsen avait déjà mis en scène cette œuvre en 1999, mais j'avais envie de la revoir dans la mesure où la distribution est entièrement nouvelle, et où l'orchestre est cette fois dirigé par Christophe Rousset. Le livret de ce drame en trois actes peut paraître terriblement compliqué, mais il se ramène au fond à une situation que tous les spectateurs peuvent comprendre, même si les conventions de l'opéra baroque ne leur sont pas familières: la magicienne Alcina, malgré tous les sortilèges qu'elle déploie pour ensorceler les hommes, se trouve à la fin vaincue par l'amour et incapable de retenir sur son île enchantée le beau Ruggiero (qui n'en pince que pour la tendre Bradamante). Le génie de Händel est d'avoir su traduire ici en musique, avec une intensité incroyable, toutes les nuances de la passion amoureuse : désir, coquetterie, suspicion, jalousie, vengeance, fureur incontrôlée... Dans le rôle titre, la soprano Myrto Papatanasiou a une véhémence tragique qui évoque plus d'une fois les grandes héroïnes classiques. Et Sandrine Piau, en soubrette volontiers allumeuse, apporte une note de drôlerie qui forme un contraste bienvenu avec les tourments de sa sorcière de patronne. Dirigeant son ensemble d'instruments anciens Les Talens Lyriques, Christophe Rousset donne de la partition händelienne une lecture de bout en bout captivante, où la vigueur rythmique va de pair avec les détails instrumentaux les plus raffinés. Bref, cette Alcina est un de ces spectacles dont on sort euphorique et ragaillardi.

Jusqu'au 12 février
www.operadeparis.fr
Rédigé par Marcel Croës

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De la magicienne qui transforme les hommes en bête, en arbre ou en rocher, Haendel fait une femme blessée, humaine et pathétique. La mise en scène de Robert Carsen joue avec finesse des travestissements du désir. © Opéra de Paris

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