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Hommage à Gerard Mortier - Rage, rage against the dying of the light, Dylan Thomas

  • Rédigé par Marcel Croës
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Hommage à Gerard Mortier - Rage, rage against the dying of the light, Dylan Thomas © Droits réservés

La disparition de Gerard Mortier, annoncée ce matin, me chagrine immensément dans la mesure où il était à la fois un des hommes de théâtre les plus inventifs d'Europe et un ami très cher.

Je ne vais pas retracer les étapes successives de sa carrière (la Monnaie, le Festival de Salzbourg, la RuhrTriennale, l'Opéra de Paris et finalement Madrid) puisque tout cela se trouve longuement commenté dans la presse (voir aussi l'hommage de la Monnaie sur le site www.lamonnaie.be). Etrangement, je pensais à lui il y a 24 heures en visitant à Paris au Grand Palais l'exposition Bill Viola (à voir absolument, elle vient de commencer). En 2002, en compagnie de Gerard, je découvrais à Berlin, au Deutsche Guggenheim, l'immense installation vidéo de l'artiste américain Going Forth By The Day. Le choc, l'éblouissement. Gerard devait s'en souvenir lorsque quelques années plus tard il commandera à Viola les projections qui accompagnaient la mise en scène de Tristan et Isolde par Peter Sellars. Je retrouve tous ces moments passés ensemble à Bruxelles, à Berlin, dans la Ruhr, à Paris. Nos conversations, où Gerard se montrait curieux de tout, passionné entre autres par le cinéma (il avait rêvé un moment d'inviter des cinéastes chinois à mettre en scène des opéras pour la RuhrTriennale). Et puis son humour, qui pouvait être caustique et mordant. On l'a dit et redit, il aimait la controverse et parfois la provocation (sa Fledermaus pour les adieux à Salzbourg!). Mais s'il provoquait volontiers des débats parfois violents, ce n'était pas pour le plaisir de déplaire mais parce qu'il avait une haute idée de la qualité des spectacles et refusait les compromissions. En fait, il n'était jamais aussi heureux que quand il rencontrait une opposition même virulente: c'était l'occasion d'affronter ses contradicteurs, de s'expliquer sur ses choix. Contrairement à ce qu'on a écrit ici et là, il n'avait pas un ego surdimensionné. Dans sa récente interview testamentaire pour le New York Times, il admettait ses erreurs. Par exemple, d'avoir attendu un an pour lancer la saison qu'il projetait au New York City Opera (un de ses grands regrets). Entretemps, l'opposition s'était cristallisée et il s'est vu refuser le budget qu'il avait soumis. Je disais ce matin à un ami: Gerard a changé nos vies. Oui, il nous a appris à regarder l'opéra autrement. Mais il nous a surtout montré qu'il n'y avait pas de vie sans passion. Il répétait volontiers: les possessions matérielles ne m'intéressent pas, nous devons vivre avec une valise. Plus que jamais, j'ai envie de lui dire: merci Gerard, tu nous a appris des choses essentielles, et que l'art n'est pas une distraction, un passe-temps, mais une clé pour nous connaître et pour vivre avec les autres. L'oeuvre d'art est cette promesse qui traverse le temps et offre à chaque génération une image de l'éternité.

 

Rédigé par Marcel Croës

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