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Nos péchés, excès de vertu? La saison 2014-2015 à la Monnaie

  • Rédigé par Marcel Croës
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Nos péchés, excès de vertu? La saison 2014-2015 à la Monnaie © Bernd Uhlig

En plaçant la prochaine saison de la Monnaie sous le signe des sept péchés capitaux, Peter de Caluwe ne pouvait manquer de piquer la curiosité des mélomanes. Le péché a traditionnellement une connotation négative. Le directeur de notre opéra national nous invite, au contraire, à le considérer avec indulgence. «Nous devons apprendre, expliquait-il dans sa conférence de presse, à vivre avec nos péchés, afin de nous sonder nous-mêmes et de nous accepter tels que nous sommes». Les œuvres programmées au cours de cette saison 2014-2015 illustrent donc – d'une façon qui n'a évidemment rien de dogmatique – comment toute la gamme des faiblesses humaines se trouve traduite en musique par les grands maîtres de l'art lyrique.

Sans me livrer à une exégèse au cas par cas, qui pourrait s'avérer fastidieuse, j'ai plutôt envie de mentionner ici quelques productions qui me paraissent particulièrement prometteuses.

Par exemple Daphne, cet opéra de Richard Strauss rarement joué (il date de 1938) où notre compatriote Guy Joosten, qui signe la mise en scène, nous invite à découvrir derrière les mélodies voluptueuses du compositeur allemand le portrait d'une adolescente d'aujourd'hui tourneboulée par des slogans écologiques. Händel est doublement présent avec Alcina et Tamerlano: les deux œuvres seront proposées au cours de deux soirées consécutives, dans une mise en scène de Pierre Audi et sous la direction musicale de Christophe Rousset, pour qui ce répertoire n'a décidément pas de secrets. Double présence également de Mozart, avec L'Enlèvement au sérail en version de concert (à la baguette, le fougueux René Jacobs) et un Don Giovanni dont je ne doute pas que la version proposée par le Polonais Warlikowski aura la tonalité sulfureuse de ses productions précédentes à la Monnaie.

Un opéra de Schubert? Si tout le monde connaît ses lieder, les œuvres scéniques du compositeur viennois restent un continent presque inexploré. La version de concert de Fierrabras, dirigée par Adam Fischer, sera l'occasion de découvrir un récit épique situé au temps de Charlemagne : étonnant pour l'époque, le message final, loin d'exalter l'animosité entre Francs et Maures, est une invitation à la tolérance entre chrétiens et musulmans. Bien que la commémoration de son bicentenaire ait eu lieu en 2013, Verdi reste toujours actuel. Personnellement, je suis ravi de voir au programme son Bal masqué, un opéra au sujet duquel Stravinsky (qui en général n'était pas tendre avec ses collègues passés ou présents) avouait que dès la première note sa réaction critique était balayée. Cette histoire de passion amoureuse et de vengeance nous sera présentée, si j'en juge par leurs prestations précédentes, dans une version chauffée à blanc conçue par l'équipe espagnole La Fura dels Baus et son metteur en scène attitré Alex Ollé.

Qui n'a entendu – surtout à l'époque du Concours Reine Elisabeth – les concertos pour piano de Rachmaninov ? Ceux qui applaudissent à ces déferlements de virtuosité savent-ils que le compositeur russe est aussi l'auteur de trois opéras en un acte ? Moi-même je ne les ai découverts que depuis quelques années grâce à des enregistrements publiés par Deutsche Gramophon. Peter de Caluwe nous invite à aborder ce triptyque, et c'est la première fois, souligne-t-il avec fierté, qu'une maison d'opéra se risque à monter les trois œuvres dans leur entier. Cette « Rachmaninov's Troïka », comme il l'appelle, sera à l'affiche en juin 2015 au Cinéma Marivaux (en plein centre-ville). Car la Monnaie ferme ses portes pour cause de travaux et les spectacles qui suivront se dérouleront donc extra muros...
Bien entendu, la programmation de cette nouvelle saison est infiniment plus riche et plus variée (concerts, récitals, danse) que ce que j'ai mentionné ici, et je vous conseille d'en prendre connaissance en détail sur le site www.lamonnaie.be.

 

Rédigé par Marcel Croës

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