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Orphée et Eurydice de Gluck à la Monnaie

  • Rédigé par Marcel Croës
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Stéphanie d'Oustrac incarne Orphée Stéphanie d'Oustrac incarne Orphée © Bernd Uhlig

La nouvelle production de l'Orphée et Eurydice de Gluck, dans la version française de Berlioz (1859), que la Monnaie présente en ce moment est à voir absolument. Non seulement à cause de la qualité musicale : un chef inspiré (Hervé Niquet) et deux interprètes d'un niveau exceptionnel (Stéphanie d'Oustrac et Sabine Devieilhe). Mais surtout parce que la mise en en scène de Romeo Castellucci, au-delà d'une réussite purement esthétique, pulvérise les conventions du théâtre musical et constitue pour le spectateur une expérience émotionnelle comme on en éprouve rarement dans une maison d'opéra.

Tout au long de la soirée, la scène de la Monnaie est reliée en live à la chambre d'hôpital où se trouve une patiente de 26 ans, prénommée Els, atteinte du « locked-in syndrom » : totalement paralysée à la suite d'une thrombose, elle ne peut communiquer que par des battements de paupières. Els est néanmoins parfaitement consciente et via des headphones entend en direct la musique de Gluck. Elle est en quelque sorte une deuxième Eurydice, suspendue entre la vie et la mort comme l'héroïne du mythe, mais reliée par l'électronique à la communauté des vivants, en l'occurrence les spectateurs de la Monnaie.

 Romeo Castellucci photographié ici par You Wei Chen - Taipei © Tous droits réservés


Le théâtre de Castellucci est toujours une exploration des extrêmes. Son Orphée et Eurydice amène chacun de nous à s'interroger sur des questions fondamentales : la vie, la souffrance, la maladie et la mort. Mais pourquoi à travers cet opéra ? Parce que, comme il le dit admirablement : «Il y a des pans entiers de la réalité auxquels nous ne pouvons accéder qu'à travers le 'récit'. A mon sens, l'action théâtrale incarne à merveille la communion anonyme que le mythe exprime».

Deux remarques pour finir. Rien de voyeuriste ni d'indécent dans le regard de Castellucci. Au contraire, j'ai senti chez lui une véritable empathie pour cet être humain qui se trouve ainsi arrachée (fût-ce pour quelques heures) au royaume des ombres. Et puis – contrairement à ce qu'on pourrait craindre – ce spectacle n'a rien de déprimant. J'y vois plutôt un geste d'amour vis-à-vis de quelqu'un qui n'est plus considéré comme un objet médical, mais comme un sujet. Je repense à la phrase de Sartre : «Un homme, fait de tous les hommes, et qui les vaut tous».

 

Orphée et Eurydice
Jusqu'au 2 juillet
www.lamonnaie.be
 
 

 

Rédigé par Marcel Croës

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1 Commentaire

  • dauchot

    tres triste ou es la science dans tout ça ??????????????????????????????

    dauchot Lien vers le commentaire

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