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Mon amie la rose...

  • Rédigé par Elodie Wery
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Mon amie la rose... © www.creatonit.be

Je suis morose, triste, cafardeuse... On est bien peu de chose et mon amie la rose me l'a dit ce matin... L'oncle Jean n'est plus. Il a tiré sa révérence, comme ça, sans prévenir. Sur le quai, il attendait sans nous le dire un train, le sien... Celui qu'on prend au petit matin, sans bagage et sans chagrin.

Je suis assise, là, prostrée. Azraël se blottit contre moi, sa chaleur et ses ronronnements me réconfortent. Plus rien ne bouge, le calme m'emplit. C'est donc ainsi que tout se termine, une seconde et on est parti. Que laisse-t-on derrière nous ? Seules héritières de l'oncle Jean, nous voilà, mes sœurs et moi contraintes de pénétrer sa demeure, à pas feutrés avec la désagréable sensation de commettre un vol. Tout est là, rien n'a bougé. Comme figé par le temps. Une liste de courses à l'entrée, un poster collé au mur de la cuisine, un boîtier de CD ouvert, un livre soigneusement marqué à la page 205, une vaisselle sale dans l'évier. Nous mettons la main sur les souvenirs, bons et mauvais. Nous ouvrons les armoires remplies de vêtements et nous tombons sur des caisses pleines de cours d'unif, de vieilles factures, d'albums photos. Comment faire le tri de 60 années de vie ? L'oncle Jean gardait tout. Il annotait tout. Il conservait intact chaque petit bout de vie mais pour qui ? Pour quoi? Je m'observe jeter des caisses entières de documents gardés bien précieusement de longues années. Je me regarde remplir des sacs entiers de vêtements en bon état à déposer dans les containers Oxfam. Je m'écoute appeler l'Armée du Salut et Les Petits Riens et les invite à venir chercher le mobilier qui les intéresse. Le reste sera jeté, réduit en cendres, sans autre forme de procès. A quoi pensait-il quand il rangeait si soigneusement ses affaires ? Savait-il que tout cela serait un jour vidé, donné, dispersé, jeté?

Et moi, que laisserai-je à mes enfants ? Que vont-ils garder de mes années d'accumulations ? Que vont-ils jeter de mes précieux souvenirs auxquels seule je tiens? Ces questions me taraudent, ma vue se brouille. Je repense à ma buanderie, à son sol jonché de vêtements, à mes mannes remplies de linge sale, à mon bac de chaussettes orphelines qui n'a pas bougé. A quoi bon tout garder ? J'étais pleine d'entrain, de bonnes idées et de volonté. Me voilà, deux semaines plus tard, identiquement au même stade. Pire, il y a maintenant des étagères, des vis et des outils qui sont venus compléter le tableau. Le tableau de ma vie, de mes failles, de mes incompétences. Qu'est-ce qui m'empêche d'avancer? D'aller jusqu'au bout de mes actions?

Les imprévus, bien sûr.
Les microbes des enfants, évidemment.
La fatigue, certainement.
La mauvaise volonté, sans aucun doute.

Cette épreuve, ce deuil que je traverse, m'a permis de comprendre. J'ai trouvé en moi la plus belle motivation qui soit pour aller jusqu'au bout du désencombrement de ma maison: Raphaël, Camille, Baptiste. Mes enfants, mes amours. Je vous promets de ne laisser derrière moi que l'essentiel... J'éparpillerai en cachette, dans le cœur de ceux que j'aime, des millions de paillettes...

Crois celui qui peut croire. 
Moi, j´ai besoin d´espoir
, sinon je ne suis rien. Ou bien si peu de chose... 
C´est mon amie la rose
 qui l´a dit hier matin.

 

Elodie WERY
Home et Office Organiser
Home Manager et Femme Entrepreneure
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0497 17 99 13
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Rédigé par Elodie Wery

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1 Commentaire

  • Isabelle

    Pfff, magnifique texte sur le deuil et tant de sentiments qui l'accompagnent... Merci Elodie...

    Isabelle Lien vers le commentaire