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La liste de mes envies

  • Rédigé par Elodie Wery
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La liste de mes envies © www.creatonit.be

Il est 11h, nous sommes en pleine semaine. Je me trouve à la caisse du géant suédois. J'attends patiemment mon tour. Et, de toute évidence, je suis loin d'être la seule. Je regarde avec curiosité toutes les personnes qui, devant moi, se battent avec les caisses trop larges, les codes barres introuvables, la vaisselle fragile et la liste toute chiffonnée qu'ils re-vérifient une dernière fois pour s'assurer de ne rien avoir oublié.

J'étais partie pour acheter une armoire à 39,90€, celle qui me manquait encore dans la salle de jeux et qui me permettrait de regrouper tous les puzzles et jeux de société.

A vue de nez, je dois me rapprocher dangereusement des 250€ de dépenses. Et encore, je ne suis même pas certaine de me rappeler ce qui se cache en-dessous des coussins, des tasses et des jouets, tout au fond du chariot. J'ai l'impression de faire une bêtise en cachette, d'enfreindre une règle, d'agir comme une enfant gâtée. C'est la première fois que je ressens ce malaise. Pourtant, personne ne me prête attention. Tous sont concentrés sur leurs achats, leurs merveilleuses trouvailles, leurs rêves d'aménagement et de décoration. Tous espèrent améliorer encore un peu plus leur cocon. Tous sont impatients de déballer leurs achats, de voir le résultat final de leurs recherches.

Non, personne ne m'observe. C'est donc moi qui ai un problème avec moi. Ma conscience qui m'envoie un signal, mes propres pensées qui m'assaillent. C'est ce livre que j'ai lu ce week-end qui me rend si consciente, si attentive. Ce sont toutes ces heures passées à vider, trier, jeter, éliminer, désencombrer, ranger qui se rappellent à moi.

A quoi bon ramener tout ça à la maison ? De quoi ai-je réellement besoin ? Dans combien de temps serai-je lassée de ces nouveaux coussins? Pourquoi racheter des draps de lits alors ce que je viens d'en éliminer deux ? Où vais-je ranger ces nouvelles tasses ?

Ce bouquin m'a fait pleurer. La liste de mes envies de Grégoire Delacourt. Ce petit bouquin d'à peine 183 pages m'a bouleversé. Depuis, je le garde dans mon sac à main, prête à en faire profiter quiconque voudra me l'emprunter. Je relis rapidement mon passage préféré:

 

«A la maison, je relis la liste de mes besoins et il m'apparaît que la richesse serait de pouvoir acheter tout ce qui y figure en une fois, de l'économe à l'écran plat, en passant par le manteau de chez Caroll et le tapis antidérapant pour la baignoire. Rentrer avec toutes les choses de la liste, détruire la liste et se dire ça y est, je n'ai plus de besoins. Je n'ai plus que des envies désormais. Que des envies.
Mais ça n'arrive jamais.
Parce que nos besoins sont nos petits rêves quotidiens. Ce sont nos petites choses à faire, qui nous projettent à demain, à après-demain, dans le futur ; ces petits riens qu'on achètera la semaine prochaine et qui nous permettent de penser que la semaine prochaine, on sera encore vivants.
C'est le besoin d'un tapis de bain antidérapant qui nous maintient en vie. Ou d'un couscoussier. D'un économe. Alors on étale ses achats. On programme les lieux où l'on va se rendre. On compare parfois. Un fer Calor contre un Rowenta. On remplit les armoires lentement, les tiroirs un à un. On passe une vie à remplir une maison ; et quand elle est pleine, on casse les choses pour pouvoir les remplacer, pour avoir quelque chose à faire le lendemain. On va même jusqu'à casser son couple pour se projeter dans une autre histoire, un autre futur, une autre maison.
Une autre vie à remplir.»

 

Je fais demi-tour, replace tout ce que j'ai pris dans le rayon et ne conserve que l'armoire à 39,90€...

Tout bien réfléchi, je garde quand-même les six nouvelles tasses dans mon chariot. Je promets de donner les six autres, dépareillées, que j'ai gardé après mon grand tri dans la cuisine. Un objet rentre, un autre sort et j'ai bien mérité de me faire un peu plaisir...

Je passe à la caisse, fière de moi.

 

«Je possède ce que l'argent ne peut pas acheter. Le bonheur. Mon bonheur, en tout cas. Le mien. Avec ses défauts, ses banalités, ses petitesses. Mais le mien. Immense. Flamboyant. Unique.»

 

 
Rédigé par Elodie Wery

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