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Zéro déchets ?

  • Rédigé par Elodie Wery | Home Organiser
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Zéro déchets ? © www.creatonit.be

10 tonnes par jour. Pour quelques 250.000 habitants. Et seulement 10% réutilisés! Des électros de toutes sortes, des matelas de toutes les tailles, des vieux meubles vintage en parfait état, des miroirs magnifiquement vieillis, de la vaisselle en cristal, des jeux d'enfants et du matériel de puériculture, des vélos qui roulent, des bouquins par milliers, du matériel de jardin robuste, des tapis d'orient qui valent une fortune...

Je reste ébahie face à cette montagne d'objets récupérés chez les particuliers par la Ressourcerie Namuroise.

A côté des perles qui éblouissent mon regard de chineuse passionnée, il y a surtout des tonnes d'encombrants, d'objets cassés ou irréparables, de vaisselle ébréchée, de livres plein de mites, de matériel informatique devenu en quelques années complètement obsolète, de morceaux de bois en vrac,...

Et vous savez ce qui est le plus incroyable dans tout ça ? Leur appellation commune: des déchets.
Tout ceci est considéré comme 'déchets'. Des déchets dont les propriétaires veulent se débarrasser, se défaire une fois pour toutes et qu'ils sont soulagés de donner gratuitement à la Ressourcerie.

Toutes mes valeurs, mes croyances, mes pistes de réflexion s'entrechoquent.
Comprenez-moi.
Je suis convaincue par le fait qu'il faut apprendre à vivre avec moins et donc débarrasser ma maison de tout ce qui l'encombre matériellement et visuellement.
Je sais parfaitement que toutes ces choses dont je me défais progressivement doivent avoir une destination claire et intelligente : dons dans les associations, prêts de longue durée, revente dans le réseau approprié, placement dans un parc à conteneurs.

Mais sait-on réellement ce que deviennent tous ces objets une fois sortis de nos maisons ?
Connaît-on leur parcours ? Leur transformation finale ? Leurs formes de réutilisation ?

La logique ne voudrait-elle pas alors que je conserve ses objets pour ne jamais avoir à en acheter d'autres dans le futur ? Il y a quelque chose de contradictoire et d'inconfortable dans ma réflexion.

Car en vidant ma maison dans le but final de consommer moins et mieux (je sais ce que je possède donc j'achète moins, je ne possède rien en double donc j'utilise ce que j'ai à fond, je ne conserve que des objets de qualité pour ne pas avoir à les changer à court terme,...) , je passe inévitablement par une phase contraire (j'encombre les maisons des autres en leur donnant mes affaires, je demande à des associations de se déplacer en voiture pour venir chercher mes surplus, je remplis encore un peu plus les hangars des ressourceries...) et tout ça sans comprendre tous les mécanismes de réutilisation, d'incinération et de recyclage des déchets qui se cachent derrière.

Je me sens bête. Je me sens mal à l'aise. J'en ai mal au ventre.

Je me raccroche alors avec espoir aux paroles du responsable de la visite qui énumère consciencieusement les filiales de récupération de chacune des catégories d'objets. Les déchets inertes servent à fabriquer les dessous de routes, les vélos sont récupérés par une asbl namuroise qui les retape, le bois part dans une asbl qui permet à des personnes handicapées de fabriquer des jouets en bois, le matériel de jardin est vendu lors de la journée 'Espaces verts' qui s'organise chaque année en mai, les livres sont vendus au poids sur des salons,... Et malgré toutes ces bonnes initiatives et l'aide des bénévoles, l'entrepôt se remplit à vue d'oeil !

Est-ce le froid qui règne dans l'entrepôt et les courants d'airs permanents créés par les portes restées ouvertes pour le déchargement des camions ? Est-ce la prise de conscience qui fait froid dans le dos ?
Toujours est-il que je rentre grippée et épuisée de cette visite.

Blottie sous ma couette, les yeux grands ouverts, je passe en revue tout ce qui compose ma chambre à coucher et essaie de visualiser le parcours de tous ces objets une fois qu'ils seront arrivés en fin de vie (ou pire, une fois démodés!) et que je déciderai de m'en débarrasser.

Je m'arrête une seconde sur ma bibliothèque et je pense instantanément à ce bouquin commencé mais resté inachevé (comme beaucoup d'autres): Zéro Déchet. Je me lance dans la lecture de ce bouquin avec la détermination et la rage de comprendre, de répondre à mes questions restées sans réponses.

 

   Béa Johnsson, Zéro Déchet, éditions les Arènes, 2013.

 

J'aime le ton franc et directe de Béa Johnson, qui parle sans détour de sa propre expérience, de ses propres erreurs. Une première phrase attire mon attention : « Notre empreinte écologique ne nous dérangeait pas car nous remplissions le bac à recyclages ». Puis une seconde « Si je pouvais revenir en arrière, je passerais moins de temps à entretenir ma pelouse ! »
Elle a piqué ma curiosité, je poursuis : « Nous prenions énormément notre voiture, emballions notre déjeuner dans des sacs en plastique jetables, buvions de l'eau en bouteilles, nous servions sans compter d'essuie-tout et de mouchoirs en papier et utilisions d'innombrables produits toxiques pour nettoyer la maison et prendre soin de nous ». Mince, je suis comme elle...

Je dévore les 377 pages en quelques heures. En ai retenu des dizaines de conseils intelligents, de réflexions sensées dont la principale, les cinq règles de base de la méthode zéro déchet:

  • Refusez (ce dont vous n'avez pas besoin)
  • Réduisez (ce dont vous avez besoin)
  • Réutilisez (ce que vous consommez)
  • Recyclez (ce que vous ne pouvez ni refuser, ni réduire, ni réutiliser)
  • Compostez le reste.

Je vous laisse découvrir la suite par vous-même. Car la lecture de cet ouvrage est une expérience en soi. Comme l'est la visite d'un centre de tri. Comme l'est le désencombrement de sa maison. Comme l'est la mise en place progressive de petits gestes citoyens et écologiques.

 

 
Rédigé par Elodie Wery | Home Organiser

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