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Fuckup Nights : les vertus de l’échec

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Fuckup Nights : les vertus de l’échec © ArtFamily

Très valorisé dans l’écosystème bouillonnant de la Silicon Valley, l’échec, en Europe, est toujours difficile à assumer. Pourtant, l’échec, quand on parvient à en parler, est plein de vertus. Parce qu’elles brisent ce tabou, les FuckUp Nigths font fureur à Bruxelles.

Un monde de différence

« (À San Fransisco) le mot faillure est remplacé par le mot pivot. Là-bas, on m'a appris qu'il valait mieux demander pardon, que demander la permission (…) il y a un vrai positivisme. Ils envisagent l'entrepreneuriat comme une expérience. Ils encouragent même l'échec. Ce n’est pas du bla-bla, c'est simplement la réalité du quotidien en Californie ». Ce discours surréaliste, c’est Guibert del Marmol, consultant en gestion durable, qui le tenait à nos confrères de Lobby après un voyage de plusieurs mois dans la baie de San Francisco. Ce spécialiste de l’entrepreneuriat va même plus loin : « Statistiquement les funds ventures et les investisseurs prêtent plus à des entreprises qui ont déjà connu l’échec. Alors qu’en Europe, après un échec, les banques vous marquent au fer rouge ».

C’est cet état d’esprit qui fait la réussite de toute une région aux États-Unis : Palo Alto, Cupertino Mountain View. Ces localités de San Francisco ne vous disent peut-être rien, pourtant, elles abritent les sièges des géants LinkedIn, Google et Apple : la crème de la crème des nouvelles technologies. Ce sont ces sociétés qui font de San Francisco, la capitale mondiale de l’entrepreneuriat.

 

Un manifeste qui secoue les idées reçues bien ancrées dans nos mentalités européennes © S.W.

 

Les temps des antihéros

En Belgique, cette vision de l’échec parait très lointaine … pour le moment. Car depuis peu, Antiheroes fait souffler un vent de fraîcheur sur nos entrepreneurs. Irène Ingardi et Kira Van den Ende, les deux fondatrices de Antiheroes, viennent toutes les deux de l’entrepreneuriat social : « Nous avons constaté que beaucoup de gens n’avaient pas l’opportunité de parler de leurs échecs. Pour garder la confiance des investisseurs ou des partenaires, ils ne parlaient que de leurs réussites. Je suis intimement convaincue qu’on apprend autant dans l’échec que dans la réussite, et que donc, en ne partageant que les expériences positives, on passait à côté des enseignements, parfois indispensables, que l’échec peut nous offrir. Irène et moi voulions briser ce tabou » raconte Kira Van den Ende. 

Les deux entrepreneurs pensent d’abord organiser un grand « Antiheroes summit » destiné à tous ceux qui travaillent dans l’innovation sociale aux Institutions européennes et qui rassemblerait entre 500 et 1000 personnes. « Mais après quelques semaines, nous nous sommes rendus compte que nous n’allions pas dans la bonne direction. Un congrès de cette taille n’était pas la meilleure façon d’atteindre nos objectifs. D’autant plus que, inconnues comme nous l’étions, attirer l’attention de sponsors ou de la Commission était très compliqué ».

Les deux associées ne se démontent pas et appliquent leur propre doctrine : apprendre de ses erreurs. Elles cherchent des partenaires et rencontrent les Québécois de FailForward, le premier bureau de consultance en échec au monde. FailForward a développé, en Amérique du Nord, des outils qui permettent d’analyser les causes d’un échec et de valoriser celui-ci. Le second partenaire de Antiheroes sera Fuckup : une initiative mexicaine qui s’est internationalisée et qui organise, une fois par mois, une soirée sur le thème de l’échec. Des orateurs y viennent raconter leur histoire, celle de leur échec, ce que celui-ci a pu leur apprendre, et comment ils s’en sont relevés. « Les contacts avec Fuckup ont été très rapides. Le concept n’était pas encore très développé en Europe et ils étaient très demandeurs d’avoir de nouveau partenaires sur notre continent. Du coup, on n’a pas discuté longtemps, le partenariat a été conclu en une semaine » se souvient Kira. 

 

À l’américaine

C’est donc Antiheroes qui se charge d’importer le concept des FuckUp Nights à Bruxelles, au Beurschouwburg, au début de la rue Dansaert, à deux pas de la Bourse.

Les soirées sont décontractées et la salle est pleine à craquer ! Le public est très varié : jeunes, moins jeunes, indépendants, salariés, responsables d’organisation … Et c’est normal : tout le monde est susceptible d’être confronté à l’échec professionnel. Après une courte introduction, les quatre orateurs se succèdent, en anglais. Une séance de questions-réponses est prévue à la fin de chaque speech, mais spontanément des échangent naissent entre l’orateur et son public. Si bien que parfois, les débats prennent des airs de thérapie de groupe. « C’est exactement ça ! L’échec a été tabou depuis trop longtemps chez nous. Du coup, en parler en public, c’est cathartique au fond ! » explique Kira Van den Ende.

 

Kira Van den Ende cloturant la session du 9 avril dernier #FuckUpNight Brussels © S.W.

 

Les orateurs abordent tous les sujets : les relations avec les partenaires, le manque de formation, l’excès de confiance, la naïveté, l’équilibre, si précieux, avec la vie de famille … « un sujet qui revient souvent, c’est celui de savoir à quel moment il faut lâcher un projet qui ne décolle pas, lâcher son bébé. C’est très difficile à sentir, et il n’y a pas qu’une seule réponse » raconte Kira.

Evidemment, le choix des orateurs est crucial : « Ce qui nous importe, pour les FuckUp Nigths, c’est que nos orateurs aient une histoire honnête à raconter, pas d’avoir connu un succès étincelant. ll faut juste qu’ils puissent dire: voilà mon échec, et voilà ce que j’en ai appris. Pas besoin de s’être transformé en Marc Zuckerberg (le fondateur de Facebook, nldr) ensuite. On fait très attention à la façon dont nos orateurs présentent leur histoire. S’ils rejettent la responsabilité de leurs échecs sur quelqu’un d’autre, alors ça veut dire que c’est l’histoire d’un autre, et ce n’est pas à eux de la raconter. Et puis, pas besoin d’être un bon orateur, si votre histoire est bonne et que vous la racontez honnêtement, alors vous avez l’attention du public » poursuit-elle.

Une fois les discours terminés, le bar reste ouvert et les discussions se poursuivent de manière informelle, avec un DJ pour donner une ambiance très ‘afterwork branché’ à cette deuxième partie de soirée. Bref, une soirée pour assumer les échecs professionnels, sans hymnes funèbres ni tête  d’enterrement, et de vivre, le temps d’une soirée, l’esprit d’entreprendre de la Silicon Valley.

 

Prochaine FuckUp Night : 
11 juin, au Beursschouwburg
Rue A. Orts, 20-2
1000 Bruxelles

www.antiheroes.org

http://fuckupnights.com

 

 
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