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Les secrets de la mode selon Yann Kerlau

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Elsa Schiaparelli, une des créatrices qui révolutionna la mode avec sa coupe en biais... Elsa Schiaparelli, une des créatrices qui révolutionna la mode avec sa coupe en biais... © Droits réservés

Le 27 février à 13h30, Yann Kerlau, "fervent de littérature, amoureux inconditionnel de Marguerite Yourcenar, Français installé à Bruxelles, toqué de la rue aux Laines, appréciateur du climat psychologique belge, érudit et grand connaisseur du monde du luxe", donnera une conférence-début sur le thème de la mode et ses enjeux. Dans le cadre de la sortie de son dernier ouvrage, Les secrets de la mode, L'Eventail l'avait rencontré...

Au cours de son parcours au sein de l'empire du luxe, Yann Kerlau a découvert un univers où le savoir-faire et l'excellence sont primordiaux. Au fil des pages, ponctuées de riches références, l'auteur partage l'histoire extraordinaire et les destins mythiques de la haute couture – Worth, Schiaparelli, Galliano ou encore Yamamoto – mais également du prêt-à-porter – Armancio Ortega et de Zara. Quelles sont les clés du succès ? Pourquoi et comment?

L'Eventail – Vous connaissez le monde du luxe et ses "dynasties". Comment y êtes vous entré? Pourriez-vous revenir sur les grandes lignes de votre carrière ?
Yann Kerlau – En fait, je suis un écrivain contrarié. J'ai étudié le droit car j'ai obéi à mes parents mais je suis un amoureux de la littérature. Peut-être n'avais-je pas assez de personnalité à l'époque. Quoi qu'il en soit, j'ai commencé une carrière de droit; ensuite je suis parti aux États-Unis. J'y ai vécu deux ans et en fait, singulièrement, ce sont les États-Unis qui m'ont donné envie de rentrer dans de très grandes entreprises: là-bas, il y a une certaine vision des affaires où les avocats sont tout le temps impliqués – ils ac- compagnent le citoyen au cours de sa vie; il est presque aussi présent que l'épicier du coin dans la vie de ce dernier. Je me suis dit : "Au fond, avec cette petite expérience amé- ricaine, je vais essayer de travailler pour des groupes en leur apportant – c'était peut-être un peu prétentieux à l'époque parce que je n'y connaissais pas grand-chose – un certain savoir-faire." Je suis donc revenu et j'ai travaillé dans de très gros groupes: Thomson, Worth, Avas... Plus tard, par le plus grand des hasards de chasseur de têtes, un certain Russel Reynolds m'a parlé d'un poste chez Saint Laurent. Je suis rentré comme cela dans le domaine du luxe. Par une porte imprévue au fond, un peu ma porte de Gide à moi. Je me suis à la fois passionné pour ce domaine mais aussi enthousiasmé par ce culte du savoir-faire et de l'excellence. De 1996 à 2000, entre la maison Saint Laurent et le groupe Gucci, j'ai repris une piqûre de la profession d'avocat. On m'a ensuite de- mandé de prendre la direction générale de la filiale cosmétique du groupe Gucci. J'y suis resté de 2000 à 2008: le groupe Pinault a alors décidé qu'il fallait se séparer du groupe cosmétique qui a été cédé à L'Oréal.

– Vous avez alors quitté le monde de la mode et du droit pour devenir écrivain à plein temps...
Oui, chez les "Loréaliens" – comme on dit en France – on y entre à 20 ans et on en ressort à 60. Ils n'aiment pas tellement les pièces rapportées, il faut avoir fait sa car- rière là. Étant un hyperactif, je ne me voyais pas regarder l'herbe pousser dans le Val de Loire... J'ai écrit et le but des deux derniers livres (ndlr : Les Dynasties du luxe et Les Se- crets de la mode), c'est de faire mettre l'accent aux gens sur le fait qu'ils ont entre les mains des trésors et qu'ils ont de la chance – que l'on gagne aussi. Je ne crois pas seulement au génie, je crois qu'il y a d'abord le travail.

En filigrane du récit, les secrets sont révélés et ne sont pas toujours là où on les imagine... et c'est bien là l'intérêt. Si d'abord vient le travail et ensuite le talent, en troisième position se profile la faculté de monter dans le bon train et enfin, le souci de garder un œil neuf constamment. Se remettre en question fait partie du trousseau du succès.

"A y regarder de plus près, l'idée selon laquelle rien n'est jamais vraiment nouveau ne manque pas de pertinence. Chanel n'a-t-elle pas emprunté aux hommes une bonne partie de leur garde-robe, marinières, tweed, pantalons ? Yves Saint Laurent a pioché dans le vivier de Schiaparelli, puis, tout comme Chanel, a imposé aux femmes des tenues jusque-là réservée aux hommes (...). Poiret, quant à lui, puisait à pleins bras dans les annales du costume, Galliano dans le vestiaire des banlieues et Balenciaga enfin dans l'histoire de la peinture. (...). tous copieurs ou tous créateurs ?" – Extrait des Secrets de la Mode, p. 190.

Yann Kerlau, Les dynasties du Luxe, éd. Perrin, 2010 - Les secrets de la mode, éd. Perrin, 2013.

 
Yann Kerlau - La mode et ses enjeux
La conférence sera suivie d'un défilé de mode de la collection de Fabienne Relecom
Le 27 février
Centre Culturel d'Uccle
Réservations par e-mail à l'adresse suivante: fabienne.relecom@skynet.be
 
www.ccu.be
www.yannkerlau.com
 
 
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