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Sandrine Kiberlain : « On n'aime jamais trop ses enfants »

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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Sandrine Kiberlain : « On n'aime jamais trop ses enfants » © DR

Elle enchante le cinéma français avec sa bonne nature, franche et foncièrement sympathique. Elle distille sa pétillante blondeur et son plaisir de jouer dans des rôles tour à tour drôles et dramatiques, devant la caméra de réalisateurs aussi bien reconnus que débutants. Sandrine Kiberlain irradie dans le personnage d'Elise, 50 ans, mère de trois enfants.

Mère poule, elle a du mal à accepter le départ d'Eloïse sa plus jeune fille, la dernière à la maison, décidée à prendre son envol. Pourquoi se quitter alors que le nid familial est heureux ? Comédie ultra légère, Mon bébé de Lisa Azuelos (ndlr : Dalida, 2017) aborde avec humour la question profonde de la séparation d'avec ses enfants.

 

 

Eventail.be - Elise, très heureuse avec ses enfants, représente-t-elle la femme de cinquante ans ? 

Sandrine Kiberlain - Peut-être pas toutes femmes mais beaucoup se reconnaissent en elle. Elise est une femme actuelle, moderne parce qu'elle existe. Je suis entourée de femmes comme elle. Qui vivent la monoparentalité, la séduction, la séparation. Les enfants vivent la plupart du temps chez leur mère. Souvent, les maris reconstruisent leur vie. Mais il y a aussi des hommes qui élèvent leurs enfants tout seuls maintenant. Je me suis retrouvée dans Elise même si je ne vis pas forcément comme elle. Elle représente des femmes très modernes, très justes sur l'indépendance, le boulot, les mecs, les enfants. On est un peu débordées, hyperactives.

 

© DR 

 

- Cette résonance dans votre propre vie vous a décidée à accepter le rôle?

- J'ai une fille du même âge. J'ai vécu en parallèle le tournage et ma vie. Quand Lisa (Azuelos) m'a proposé le film j'étais vraiment au moment d'Eloïse bis: ma fille passait le bac et je fêtais un anniversaire similaire. Il y a un plaisir à jouer ça. C'était une façon d'accompagner nos filles vers cette sortie. Et nous, de nous accompagner dans ce cap de fin de la quarantaine et de voir nos enfants grandir, eux qui ont été notre priorité pendant des années et qui nous échappent. On a fait tout pour mais en même temps il faut s'adapter à ce moment.

 

- Elise appréhende le départ de ses enfants. Elle souffre, par peur de se retrouver seule?

- Oui mais elle ne leur ne fait pas porter le poids de cette souffrance. Et c'est là que le film me plaît : elle ne culpabilise pas ses enfants, elle dit tout haut ses craintes, ses désespoirs, elle pleure devant eux. Elle est cash, sans filtre. Lisa Azuelos traite aussi le regard de l'enfant sur ça. C'est dur aussi pour l'enfant. C'est facile pour personne même si c'est plus facile de partir quand on s'aime. On peut partir parce qu'on est armé. On élève nos enfants pour qu'ils partent, comme les oiseaux avec les moineaux. En même temps, cet envol est pour nous un déchirement qu'on ne montre pas forcément aux enfants. « L'amour est une joie et une souffrance » disait François Truffaut. C'est pareil pour nos enfants. C'est un échec s'ils ne partent pas. C'est gratifiant pour une mère de les voir partir sans qu'ils aient une boule d'avoir réussi ça.

 

© DR 

 

- Le père est absent dans le film.

- Parce qu'il est à l'étranger. C'est le sujet du film : une femme qui élève seule ses enfants. Lisa Azuelos aurait pu le faire avec un homme. Elle n'a pas annulé les hommes. Ce qui est difficile c'est de reconstruire une vie amoureuse. Elise vit des aventures. Elle n'oublie pas sa féminité : elle est séduisante, libre, elle porte des jupes courtes. Mais elle n'a pas la place ni l'envie pour un homme à ce moment-là de sa vie. Quand on vit seule avec ses enfants, c'est tellement bien organisé, sympa. C'est difficile de reconstruire une vie amoureuse dans un amour fusionnel avec les enfants. Et, aussi, on veut garder la figure paternelle intacte. J'ai le sentiment que cette femme-là existe. Des femmes et des hommes qui ont vu le film ont le sentiment qu'on parle d'eux. Chaque famille est insolite, c'est rarement lisse.

 

- La comédie légère est-elle la meilleure manière de raconter des sujets graves au cœur de la famille?

- C'est ce qui m'a plu. Enfin l'histoire une famille aimante au royaume de l'amour. Mon bébé fait du bien, on ne traite pas des soucis du conflit familial. Là, on est dans une famille qui s'aime, avec des crises de nerfs, des portes qui claquent. Dans une famille qui va bien, se pose la problématique justement de se séparer. Pourquoi se séparer si on s'aime? Ma sœur me disait j'aimerais vivre avec nos parents et toi toute ma vie. C'est elle qui est partie la première (sourire). On passe notre vie à craindre la séparation, de l'homme qu'on aime, des parents qui meurent, des gens qu'on aime. La seule chose qu'on peut à peu près préparer c'est la séparation d'avec nos enfants. Il faut vraiment profiter de leur présence. Parce qu'après, ils vivent leur vie. Ce dont on n'a pas conscience pendant des années, en fait. On a l'impression qu'on va vivre ensemble toute notre vie. Il faut se le mettre dans la tête qu'on ne vit plus ensemble.

 

© DR

 

- Les familles d'aujourd'hui ont-elles changé ?

- Avant, les parents se quittaient sans parler aux enfants. Ceux-ci passaient d'une maison à une autre et on ne leur disait rien. Aujourd'hui, on se parle, de tout. On a aussi des jardins secrets. Aujourd'hui, l'enfant est concerné pour tout. On lui demande ce qu'il préfère. Est-ce une bonne chose ? Je ne sais pas. On verra. Ce que je sais c'est que les années qui sont à vivre ensemble, cette durée de l'enfance et de l'adolescence, sont des années magiques quand on donne beaucoup de place à l'enfant. Quand ils nous apportent tellement c'est un tel échange. Je ne sais pas si c'est bien pour leur futur. On n'aime jamais trop ses enfants. Il faut mettre les limites, éviter le piège de l'enfant roi.

 

Mon bébé
de Lisa Azuelos
avec Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Patrick Chesnais, Yvan Attal, Kyan Khojandi, Arnaud Valois, Victor Belmondo.
En salles
Rédigé par Corinne Le Brun