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Grâce à Dieu, le drame de l'enfance meurtrie

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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Grâce à Dieu, le drame de l'enfance meurtrie © DR

Le film de François Ozon raconte le combat de trois victimes du père Preynat, prêtre du diocèse de Lyon accusé de pédophilie sur des mineurs dont le procès est prévu fin 2019. François Ozon a rencontré certaines des victimes au sein de l'association La parole libérée créée en janvier 2016. Abandonnant le projet d'un documentaire, le réalisateur a préféré une fiction, très fidèle à la réalité.

Swann Arlaud (37 ans) s'est glissé dans la peau de l'une des victimes, Pierre-Emmanuel Germain-Thill, fragile et écorché vif. Une performance marquante pour le comédien - aux côtés des excellents Melvil Poupaud et Denis Ménochet - qui a remporté l'an dernier le César du meilleur acteur pour son interprétation d'un agriculteur dans Petit Paysan de Hubert Charuel.

 

 

Eventail.be - Comment avez-vous accepté le rôle de Pierre-Emmanuel Germain-Thill, une des victimes de pédophilie ?

Swann Arlaud - J'étais inquiet, au début. J'ai eu peur de ce que François (Ozon), provocateur et souvent sulfureux, allait faire comme film sur la pédophilie. Je ne pouvais pas m'engager tant que je n'avais pas lu le scénario. Je l'ai trouvé formidable, très documenté et assez pudique. Le sujet du film n'est pas la pédophilie mais les paroles des victimes, les dommages collatéraux sur les proches, les familles. Grâce à Dieu raconte l'histoire d'une poignée d'hommes qui mènent un combat héroïque contre une institution inébranlable et qui, au fil du temps, a réussi à faire bouger les choses. L'affaire Preynat est devenue le procès Barbarin. Le cardinal Philippe Barbarin, primat des Gaules, est l'une des autorités ecclésiastiques les plus influentes de France, a été condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs. Le Pape n'a pas accepté sa démission. Toutefois, une grande partie de la communauté catholique s'insurge. La justice des hommes a tranché. On assiste aujourd'hui, à une scission. On est à un moment charnière où les actes de pédophilie ne sont pas acceptables alors qu'ils l'étaient à demi-mots pendant longtemps, mis au même rang que l'adultère, l'homosexualité, sans être reconnus comme des crimes.

 

© DR 

 

- Vous n'aviez pas voulu le rencontrer. Pour quelles raisons ?

- Personne ne l'a fait avant le film. François (Ozon) n'avait pas envie qu'on les rencontre. Nous voulions nous accaparer des victimes comme des personnages de fiction, plutôt que d'essayer de leur ressembler ou de les imiter. J'ai lu les témoignages insoutenables sur le site La parole libérée ainsi que des interviews très médiatisés. La réalité est très crue, glauque. Le film ne rentre pas dans le détail, ce qui le rend regardable. François n'a pas jugé utile d'aller si loin.

 

© DR 

 

- Aviez-vous peur de trahir sa vérité intime ?

- On a une liberté folle avec François, il est bienveillant. On a le droit de rater une scène, on ne se sent pas limité. Il a choisi les bonnes personnes pour jouer les bons personnages. La responsabilité d'acteur est très forte, lourde à porter. J'y ai été avec le cœur.
Mon personnage est celui sur lequel François a pris le plus de liberté : dans la vraie vie, Pierre-Emmanuel n'est pas épileptique. Il a aussi modifié un peu son prénom (NDLR : Emmanuel au lieu de Pierre-Emmanuel) comme le patronyme des trois personnages. Sauf ceux du Père Preynat, du cardinal Barbarin et de l'ancienne bénévole du diocèse Régine Maire.
Des procès ont essayé d'empêcher la sortie du film. Cela m'a fait mal. Mais pendant le tournage, je n'étais pas du tout dans la souffrance. Les victimes ont été très heureuses du résultat et disent combien la résonance du film les aide dans leur combat.

 

© DR 

 

- Pensez-vous que le film ait pu influencer le déroulement du procès Barbarin ?

- Je ne sais pas. D'après des membres de La parole libérée, le retentissement du film est énorme. Grâce à Dieu amène une chose supplémentaire au combat des victimes. Il a fait sortir la pédophilie du fait divers. Le film participe de ce que cette église soit ébranlée. La fiction permet d'élargir le point de vue. Elle met en lumière une partie intime de ce que peuvent vivre encore aujourd'hui des victimes. Il montre que la pédophilie ébranle des vies entières, même trente ans plus tard. Avant de rejoindre La parole libérée, Pierre-Emmanuel était très tourmenté. Il n'arrivait pas à avoir des relations amoureuses stables.

 

 

- Le film a-t-il empiété sur vos propres croyances ?

- Je suis d'éducation anti-cléricale. Pour moi, l'église a toujours fait beaucoup de ravages même s'il y a un discours d'amour et de partage. Dieu ne me parle pas. Cela ne m'empêche pas d'avoir une part mystique et une croyance en des choses invisibles. J'ai un rapport un peu magique aux choses. Je convoque mes morts dans certaines situations, je crois en leur présence, à une force qui relie les êtres humains entre eux. La vie est une chose assez mystérieuse pour qu'elle nous questionne. Je ne suis pas comme Saint Thomas : je crois à des choses que je ne vois pas. Je trouve que Dieu est mêlé à bien des histoires qui ne le regardent pas. J'ai un petit garçon de trois ans. Un enfant sur cinq est victime d'abus sexuels, c'est énorme. Cela rend les choses difficiles. Beaucoup des prêtres pédophiles ont été eux-mêmes abusés dans leur enfance.

 

Grâce à Dieu
De François Ozon
Avec Swann Arlaud, Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Bernard Verley, François Marthouret
En salle
Rédigé par Corinne Le Brun