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Coup de cœur pour "La Llorona" de Jayro Bustamante

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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Coup de cœur pour "La Llorona" de Jayro Bustamante © DR

Au Guatemala, un ancien président accusé de crimes de guerre attend son procès. Sa famille engage une jeune domestique, Alma....

La Llorona ("la pleureuse", en espagnol) est une des plus célèbres légendes en Amérique du Sud. Abandonnée par un homme, devenue folle, elle tue ses enfants en les noyant dans une rivière. Et est désormais condamnée à pleurer pour le reste de sa vie. Dans le film éponyme, Jayro Bustamante ôte la dimension très machiste de la légende et fait de la Llorona une justicière sur le passé de la guerre civile et du génocide maya dans les années 1980, pendant la chasse aux communistes.

Entre thriller et surnaturel, la mise en scène, raffinée et incisive, dénonce la corruption, l'impunité, la superstition. Après Ixcanul et le tout récent Tremblements, La Llorona boucle une trilogie pour Jayro Bustamante. Rencontre avec le réalisateur guatémaltèque au Film Fest Gent.

 

 

Eventail.be - Pourquoi avez-vous convoqué la Llorona pour ce film ?
Jayro Bustamante - La Llorona reste très vivante et adorée en Amérique latine. À l'origine, c'est une femme indienne abandonnée par son mari colon qui, folle de tristesse, se venge en tuant ses enfants. Dieu est descendu sur terre pour la punir pour l'éternité. C'est une condamnation de la femme. Nous en avons fait une justicière qui elle-même avait souffert d'injustice et agi par folie. La Llorona apparaît sous les traits d'une employée de maison qui vient hanter l'ancien général incriminé dans le génocide maya commis dans les années 1980. Habiller le film d'une légende m'a permis d'ajouter de la légèreté, de la poésie à une réalité très dure. On a été très contents de pouvoir transformer la légende. Je pense qu'elle va disparaître si on ne change pas le contenu de la moralité qu'elle véhicule, comme si on ne réinterprétait pas des textes religieux. On ne veut plus entendre ce message qui ne fait plus écho dans notre façon de vivre aujourd'hui. On l'espère en tout cas.

 

Une scène du film La Llorona du réalisateur guatemaltèque Jayro Bustamante
© DR

 

- Avec La Llorona, on plonge dans un huis clos oppressant, dans l'intimité d'une famille traquée. Qu'avez-vous voulu montrer ?
- Je connais la culpabilité par rapport à des actes incorrects que l'on commet. Mais si ces actes sont commis au prix de massacres, comment on vit après ça ? Comment on réagit pour ne pas voir ce que son père ou son mari a fait ? L'omerta subsiste dans les familles. Dans la société guatémaltèque, toute une génération est condamnée parce qu'elle a peur du changement. Ma génération, celle de la fille de l'ancien général dans le film, se pose les bonnes questions. On est des enfants de la guerre. Tout est question d'éducation. Dans ma famille comme dans beaucoup d'autres, on nous a appris à ne pas fermer les yeux sur la réalité. Par contre, je connais beaucoup de gens de mon âge qui vivent sans aucun problème, qui ne se rendent pas compte des différences sociales, de la maladie qui ronge le pays à cause de ce silence.

 

 

 

La nouvelle génération donne de l'espoir. Au-delà d'un film universel, on voulait aussi toucher les jeunes générations du Guatemala. Il subsiste ce silence de nos gouvernements autour du massacre et des procès1. Même à l'école, le silence ses total. Dans les cours d'histoire, on escamote l'identité des Mayas, on étudie une liste des présidents. Cela devient un cours d'histoire patriotique. Les jeunes ne consomment que des films d'horreur et des super héros. Je voulais leur raconter l'histoire récente tellement importante du Guatemala à travers un film de genre. L'ancien général incriminé coincé dans sa maison avec sa famille est persuadé que les indigènes ont moins de valeur que lui, il a besoin, pour être touché dans son âme, de quelqu'un qui vienne de l'au-delà. Contrairement à lui, sa petite-fille Sara ne fait pas de différence, elle joue spontanément avec la nouvelle employée et admire sa beauté. Elle incarne l'espoir de la nouvelle génération.

 

Une scène du film La Llorona du réalisateur guatemaltèque Jayro Bustamante : l
© DR

 

- La censure existe-t-elle au Guatemala ?
- Si elle n'est pas permise officiellement, elle est toujours sous-jacente. L'Église et les militaires restent les principaux éléments du gouvernement. Les gens qui ont participé au massacre sont encore au pouvoir. Ils vont penser que mon film est un film proguerilla, ce n'est pas du tout le cas. Les guérilleros ont aussi commis des délits. Mais c'est normal qu'on juge d'abord l'Etat parce qu'il ne peut pas retourner ses armes contre le peuple guatémaltèque. Mon deuxième film Tremblements a été l'objet d'une campagne très négative parce qu'on me reprochait d'avoir bénéficié de fonds européens pour un film qui visait à «détruire la famille guatémaltèque». Le tournage de «La Llorona» a été moult fois menacé. On a tourné dans la résidence de l'ambassadeur de France. Il a tenu tête. On a été protégés. Même si le pays est malade, il y a toujours des dissidents au sein des institutions, prêts à vous soutenir. Le film n'est pas encore sorti au Guatemala. J'appréhende un peu. Mais il a été très bien reçu à la Berlinale. Cette ovation donne un sentiment de fierté et d'espoir.

 

Une scène du film La Llorona du réalisateur guatemaltèque Jayro Bustamante 
 © DR

 

- Vous filmez trois générations féminines. Un hommage à la femme ?
- J'ai toujours préféré travailler avec les femmes. Pour qu'un homme devienne un héros, il doit faire des choses énormes car la masculinité a été mal racontée dans notre histoire. Nos héros, ce sont les mères. Elles ont la clé. Il y a plus d'humanité dans le caractère féminin. Elles jouent un rôle capital dans les temps de guerre, partout dans le monde. Comment se fait-il qu'une fois la guerre finie, les hommes reviennent et reprennent leur "soi-disant" place ? Cela m'intéressait beaucoup de replacer les femmes au pouvoir dans une guerre. Le Guatemala est un pays hypermachiste. On discrimine les Mayas, les femmes, les homosexuels. C'est complexe.

- Vous vivez entre Paris et Guatemala City
- Comme il n'y avait pas d'école de cinéma au Guatemala, je suis parti étudier le cinéma à Paris. J'avais alors 20 ans. C'était mon rêve. Je suis scénariste de mes films. J'ai écrit un livre pédagogique pour enfants sur l'écriture de scénario, j'ai été professeur à la Sorbonne. J'ai des amis à Paris. De choses belles existent dans mon pays. Ma famille est là-bas. Je vais essayer de rouvrir ma salle de cinéma indépendante, la première de Guatemala City. Après deux ans après de succès, l'État a fermé la salle. Pour le pouvoir, je suis communiste. J'essaie de trouver un autre endroit. César (Díaz, réalisateur de Nuestras Madres, voir l'interview sur Eventail.be) et moi avons étudié à l'étranger. Il y a un moment où on revient un jour au pays, avec une vision beaucoup plus critique. L'exil m'a beaucoup aidé dans ma formation professionnelle comme humaine. Le seul fait de quitter sa bulle est une chance.

 

La Llorona
de Jayro Bustamante
Avec: Maria Mercedes Coroy, Margarita Kénefic, Sabrina de la Hoz, Julio Díaz
En salles
Rédigé par Corinne Le Brun

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