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Berlinale 2020 : exigeant Rizi, de Tsai Ming-Liang

  • Rédigé par Marcel Croës
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Berlinale 2020 : exigeant Rizi, de Tsai Ming-Liang © Homegreen Films

Un film de deux heures sans un mot de dialogue : la Berlinale aime proposer ce genre de défi à son public.

Il y a quelques années, rappelez-vous, nous avions eu droit à une œuvre de huit heures réalisée par le Philippin Lav Diaz (je suis resté jusqu'au bout). L'auteur de Rizi (en anglais : Days), qui figurait hier en compétition, est un habitué des festivals internationaux. Né en Malaisie, Tsai Ming-Liang, 63 ans, avait été découvert en 1994 à la Mostra vénitienne par le bouleversant Vive l'amour. Depuis lors,il n'a cessé d'aligner des longs métrages d'une radicalité absolue. Son style est immédiatement reconnaissable : de longs plans fixes ; un refus des structures narratives classiques ; aucune explication psychologique ou sociologique ; un sentiment de déréliction proche du Beckett de Fin de partie.

 

 

Dans Rizi, l'action se réduit à la préparation minutieuse d'un plat de cuisine chinoise traditionnelle, et à une séance d'acupuncture apparemment fort éprouvante. Deux êtres se rencontrent dans une grande ville bruyante qui pourrait être Taipei. Aucun mot n'est échangé. Les deux hommes se retrouvent dans une chambre d'hôtel pour une longue séance de massage où le plus jeune donne à l'autre du plaisir, après quoi nous les voyons à distance partager un plat dans un fast-food local. Chacun retourne à sa solitude.

 

Une scène du film du réalisateur Tsai Ming-Liang Rizi présenté au festival du film d'auteur de Berlin Berlinale
© Homgreen Films 

 

De film en film, Tsai Ming-Liang dépeint ainsi un monde déshumanisé où la communication est devenue impossible, et où même le sexe n'est qu'un contact furtif et sans avenir. Une œuvre aussi singulière n'est concevable que grâce à la participation de Lee Kang-Sheng, interprète hors du commun qui depuis vingt ans accompagne le cinéaste dans ses expériences les plus extrêmes. Au point qu'à la fin du film, dans une sorte de rituel d'adoration, l'auteur ne demande même plus à l'acteur de jouer : il nous offre, pendant des minutes entières, un gros plan de son visage endormi. Contrairement à ce qu'on aurait pu craindre, le public n'a pas pris la fuite durant la projection et Rizi a été salué par des applaudissements respectueux.

Dans une prochaine, j'essaierai de trouver un fil rouge dans la programmation assez déconcertante de cette 70e Berlinale, telle qu'elle a été conçue par son nouveau directeur artistique Carlo Chatrian. Et, comme d'habitude, nous avons rendez-vous ici lundi pour mes commentaires sur le palmarès.

Rédigé par Marcel Croës

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