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Berlinale 2020 : l'Ours d'or pour un cinéaste bâillonné

  • Rédigé par Marcel Croës
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Berlinale 2020 : l'Ours d'or pour un cinéaste bâillonné © Piero Chiussi/Berlinale 2020

Le jury de la 70e Berlinale a attribué l'Ours d'or à un film présenté le tout dernier jour (une erreur de programmation, à mon avis) dont l'auteur pourrait se retrouver demain matin dans les geôles de son pays. Cinéaste iranien, Mohammad Rasoulof, 48 ans, a été condamné l'an dernier à un an de prison pour « propagande contre le régime » (la peine est suspensive) et à une interdiction de quitter le territoire. De surcroît, il n'est plus autorisé à tourner des films, de sorte que la réalisation de There Is No Evil a été clandestine, l'équipe et les interprètes travaillant sur les instructions du metteur en scène. C'est la fille de Rasoulof - elle joue dans cette œuvre - qui a reçu samedi la récompense sur la scène du Berlinale Palast.

There Is No Evil se compose en fait de quatre récits distincts sur le thème de la peine de mort. L'auteur a voulu montrer, explique-t-il, quelles sont les limites de la liberté individuelle dans un régime tyrannique. Face à la dictature, ajoute-t-il, il n'y a que deux choix possibles : résister ou survivre. L'oeuvre, à mon goût trop longue (2h30), avait tout pour séduire un jury plutôt marqué à gauche. En outre, elle s'inscrit parfaitement dans la thématique définie par le nouveau directeur du Festival Carlo Chatrian : montrer le monde d'aujourd'hui « avec ses zones de destruction et ses oasis de beauté » (pour être sincère, je n'ai trouvé que peu de moments de beauté dans les dix-huit films de la compétition).

 

 

À coup sûr, le triomphe berlinois va renforcer un mouvement de solidarité en faveur d'un artiste honni par les ayatollahs. Mohammad Rasoulof est un homme intègre et courageux qui mérite notre admiration et notre soutien. Mais comme tous les régimes totalitaires, la théocratie au pouvoir à Téhéran se soucie peu, je le crains, des protestations occidentales.


L'Ours d'argent est allé à la jeune réalisatrice américaine Eliza Hittman qui dans dans Never Rarely Sometimes Always raconte la douloureuse aventure d'une teenager de la Pennsylvanie rurale contrainte de se rendre à New York pour obtenir un avortement, dans la mesure où les lois plus restrictives de son Etat d'origine n'autorisent pas une telle intervention sans l'accord parental. Si la mise en scène est sobre et l'interprète impeccable, je trouve qu'on ne dépasse guère ici le niveau d'un bon film de télévision.

 


Un autre Ours d'argent, celui du meilleur réalisateur, se voit attribué au Coréen Hong Sangsoo pour The Woman Who Ran, une des rares œuvres où on peut admirer une véritable écriture cinématographique (retrouvez la chronique de Marcel Croës sur ce film ici).

Car ce qui a marqué cette 70e édition, c'est la primauté du sujet sur le style. Je ne sais si cela correspondait au vœu du directeur Carlo Chatrian : le fait est que nous sommes dans une époque où on couronne un film non pour sa maîtrise du langage cinématographique, mais pour son contenu - surtout si celui-ci correspond à l'esprit du temps (éloge de la parité, célébration de la diversité, message féministe, inclusion de thèmes LGBTQ, etc.).

 

Le palmarès complet du festival de film d'auteur de Berlin la Berlinale 2020 sur scène lors de la remise des prix; les Ours
© Erik Weiss/Berlinale 2020

 

 

C'est oublier que le politiquement correct ne débouche pas nécessairement sur un chef-d'oeuvre. On peut, comme Vladimir Nabokov (voir sa lettre du 14 juillet 1959) tenir Le Docteur Jivago pour « un mauvais roman provincial », tout en reconnaissant que son auteur a bravement défié la terreur bolchevique.

Au final, 2020 m'apparaît comme une année de transition. Je suis curieux de voir si l'édition de l'an prochain sera moins politisée et plus équilibrée : puissent les responsables de la Berlinale se souvenir que le cinéma a aussi pour but de nous donner du plaisir !

Rédigé par Marcel Croës

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