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Anaïs Demoustier : « mon personnage a soif d'amour et d'absolu »

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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Anaïs Demoustier dans le film Charline Bourgeois-Tacquet "Les amours d'Anaïs Anaïs Demoustier dans le film Charline Bourgeois-Tacquet "Les amours d'Anaïs © DR

Rencontre avec l'actrice virevoltante des « Amours d'Anaïs » de Charline Bourgeois-Tacquet , au Festival de Cannes1. Et très contente d'y être, après des mois de confinement !

L'actrice incarne Anaïs, une trentenaire qui hésite entre son copain, un autre homme d'âge mûr et la compagne de ce dernier. Voilà une comédie grave et légère qui explore les sentiments. Anaïs Demoustier, mutine et pétillante à souhait, s'en donne à cœur joie dans une comédie sentimentale. La réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet réussit à dépasser l'air du déjà-vu en signant une romance drôle et sensible, plus profonde qu'il n'y paraît.

Eventail.be - Le personnage porte votre prénom. Cela vous a t-il agacé, voire dérangé ?
Anaïs Demoustier - Pas du tout. Je n'y ai pas pensé pendant le tournage. Quand on joue, le fait d'entendre quelqu'un qui s'adresse à vous et prononce votre prénom, peut être une surprise. Lorsque Valeria (Bruni Tedeschi) dit au personnage d'Anaïs: « fais quelque chose avec tes émotions », j'ai l'impression que le texte m'est encore plus parvenu.

 

 

- Anaïs est inquiète de ne pas pouvoir aimer alors qu'elle est plutôt séduisante...
- Elle se sent différente des autres. C'est une jeune femme qui n'a pas peur de sa liberté, d'assumer ses désirs qui ne sont pas toujours conformes à ce qu'on attend d'elle. Elle n'aime pas dormir avec les gens, elle assume et elle le dit. On est dans une époque où, à trente ans, on peut faire plein de choix personnels. Anaïs a aussi une grande soif d'absolu. Elle a envie que les choses soient grandes et belles. Elle a envie d'un grand amour, d'un beau métier. Elle est pleine d'idéal donc elle se cogne un peu à la réalité qui est toujours un peu moins belle. Au début, Anaïs est tout en contrôle, elle aime bien réfléchir sur les choses. C'est une cérébrale. Au bout d'un moment, elle se fait déborder par un amour qui la dépasse et le contrôle ne peut plus avoir lieu. J'avais peur que ses excès la rendent désagréable, mal aimable pour les spectateurs. En même temps, je ne pouvais pas la rendre trop sympathique. Il fallait que j'accepte qu'elle soit excessive. Je ne juge pas Anaïs, j'essaie de la comprendre. Elle est très égoïste mais je me suis racontée que c'était aussi de la pudeur. Elle ne se laisse pas gagner par la mélancolie. Elle avance.

- Elle court, elle court Anaïs
- C'est un rôle physique, aussi par la parole. Il y avait beaucoup de texte à engranger. La parole c'est de l'action comme si j'étais tout le temps animée par ce flot de paroles. Et puisque j'ai un débit assez rapide et que Charline (Bourgeois-Tacquet, la réalisatrice) m'encourageait à ne pas ralentir, je me suis fondue dans ce rythme effréné. Après, courir, cela va avec. C'était nouveau pour moi car j'ai joué des personnages plutôt dans la réserve. J'ai eu beaucoup de rôles d'amoureuse, de filles qui réfléchissent. Finalement, c'est comme si "Les Amours d'Anaïs" réunissait une fille qui pense et qui, en même temps, est une grande amoureuse débordée par ses élans. C'est génial de faire ce condensé.

 

Valeria Bruni-Tedeschi et Anaïs Demoustier dans le film
Valeria Bruni Tedeschi et Anaïs Demoustier : le duo des "Amours d'Anaïs" © DR

 

- Le personnage d'Anaïs ne veut pas d'enfant...
- La question se pose aujourd'hui là où il y a quelques années, c'était peut-être même pas une question qu'on osait se poser. Aujourd'hui, de plus en plus de femmes assument leur non désir d'enfant et elles sont de moins en moins complexées d'assumer de choix-là. Avant, il y avait une culpabilité. Une femme se sentait mauvaise parce qu'elle a n'avait pas envie d'être mère. La question se pose dans le film, comme celle de l'homosexualité féminine. Mais ce n'est pas le sujet. Anaïs aime un homme puis une femme. Cela rend le personnage assez générationnel et c'est bien.


- Vous avez commencé votre carrière à l'âge de treize ans. Depuis, vous avez enchaîné quelque soixante rôles...Aujourd'hui, à 33 ans, que vous apporte le cinéma ?
- J'ai débuté vraiment avec "Le Temps du loup" de Michael Haneke (2003) où je faisais la fille d'Isabelle Huppert. On se retrouve avec des gens qu'on n'aurait pas rencontrés sans faire ce métier. J'aime énormément le côté collectif du cinéma, la technique d'une équipe. Au théâtre, j'étais complètement perdue, les câbles, les caméras, le plateau, le bordel me manquaient.

 

Le duo d'actrices Valeria Bruni Tedeschi et Anaïs Demoustier dans le film
© DR

 

- Le cinéma et vos rôles vous ont-ils permis de vous découvrir ?
- Le cinéma nous apprend sur nous à chaque fois. Mon amie Emmanuelle Devos, m'avait dit : « tu verras, les rôles qu'on va te proposer vont te renseigner sur toi. Ce n'est jamais un hasard ». Ce n'est pas faux. Je me rends compte que, au gré des films, je me vois grandir, m'affirmer, devenir une femme. Comme j'ai commencé jeune, j'étais beaucoup sur la réserve. Puis, petit à petit, je me déploie. Chaque rôle me permet d'explorer des choses et de me questionner. Je n'ai pas forcément les réponses. "Les Amours d'Anaïs" me fait réfléchir à l'amour, aux femmes, à la liberté.

- Vous tournez deux fois sous la direction de Charline Bourgeois-Tacquet. C'est plutôt rare, non ?
- En fait, cela m'est arrivé à maintes reprises. J'ai tourné quatre fois avec Guédiiguian, trois fois avec Quentin Dupieux, deux fois avec Jérôme Bonnell... je vais retravailler une série avec Nicolas Pariser ("Alice et le maire", 2019, retrouvez cette interview ici). Quand on est acteur, on est assez isolés et, du coup, créer des compagnonnages, une fidélité, c'est assez rassurant. Et puis cela fait plaisir. Le mystère n'est pas encore percé que le désir se projette sur vous. Je suis reconnaissante quand un réalisateur pense à moi surtout quand il me propose un rôle tellement différent de ce qu'on a pu faire ensemble, avant. Plus les gens vous connaissent, plus ils projettent des choses sur vous. Personne, à part mon frère, n'aurait pensé à moi pour le rôle d'avocate dans "La fille au bracelet" (retrouvez cette interview ici). Me connaissant, mon frère sait que j'aurais pu faire des études de droit, que je suis assez cérébrale et rigoureuse. Je reste très amie avec les réalisateurs qui m'ont fait jouer. C'est un lien très intime. Ce qui me passionne le plus finalement, ce n'est pas jouer mais pour qui je le fais. Servir un propos, une vision et être une sorte de vecteur de cette vision me touche. J'ai trop de chance, en fait.

 

L'affiche du film  

 

- Votre êtes pleinement actrice. La réalisation vous tente?
- Oui, clairement. C'est quelque part dans ma tête. Ce n'est pas encore une nécessité, je n'ai pas encore écrit quoi que ce soit. Je suis un petit peu frustrée de ne pas diriger. J'adore être disponible, j'ai des facilités à aller dans le sens de quelqu'un mais cela doit être agréable de commander. Petite, je dirigeais beaucoup mes camarades. Il doit avoir cela en moi, il faut que je l'explore. Je vais cuisiner les acteurs (rire). Ceci dit, j'aimerais bien jouer le rôle d'une mystique. Il y a un lien entre jouer la comédie et croire à dieu. Il y a quelque chose à voir avec l'invisible. Cela me plaît.

- Vos projets ?
- Je joue actuellement dans "Novembre" de Cédric Jimenez (réalisateur de "Bac Nord", ndlr). On rentre dans la SDAT (Sous Direction Anti Terroriste, en France), un milieu de la police où personne ne peut aller. C'est bien qu'une fiction montre un lieu interdit. Cela ne ressemble à aucun film que j'ai fait, Cédric est un grand directeur d'acteurs. Je vais tourner avec Tom Mercier ("Synonymes" de Nadav Lapid, 2019). D'autres films sortent du four cette année ("Le temps d'aimer" de Katell Quillévéré, "Fumer c'est tousser" de Quentin Dupieux, ndlr).

 

Les Amours d'Anaïs
De Charline Bourgeois-Tacquet
Avec Anaïs Demoustier, Valeria Bruni Tedeschi, Denis Podalydès, Anne Canovas, Bruno Todeschini
En salle mercredi

 


1 :  "Les Amours d'Anaïs" a été présenté à La semaine Internationale de la Critique.



Rédigé par Corinne Le Brun

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