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Voix Royales (2/2)

  • Rédigé par Martin Boonen
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Thomas de Bergeyck Thomas de Bergeyck © RTL/JM Clajot

Hier, comme chaque année, le Roi a exprimé ses voeux à la population à travers son traditionnel discours de fin d'année. A cette occasion, L'Eventail.be s'interrogeait sur les raisons de la popularité des monarchies avec Patrick Weber et Thomas de Bergeyck. Aujourd'hui, c'est la paradoxe entre proximité et mystère qu'elles évoquent que les deux spécialistes de Bel-RTL et RTL-TVi décryptent. Retrouvez la première partie de l'interview en cliquant ici.

L'Eventail - Donc, les monarchies font rêver. Mais, dans le même temps, avec les mariages, les impôts, les enfants à l'école, le travail comme Monsieur et Madame Tout-Le-Monde, nous assistons à un recul des privilèges. N'est-ce pas une banalisation de la monarchie ? Ce qui apparaît comme paradoxal au regard du rêve qu'elle évoque?


Thomas de Bergeyck - On ne peut pas mettre toutes les monarchies dans le même sac... La monarchie anglaise, tient énormément à son faste, à sa pompe. Ce luxe est partie intégrante de la vie de l'Etat. Après, ils doivent jouer le jeu quand même et lâcher un peu de leste, à contre-coeur. Mais cette atmosphère d'ouate, cet écrin, qui sent un peu la poudre de riz, dans lequel évolue la reine Elizabeth, ça fait partie du personnage. Et c'est même indispensable. La perte de ce décorum pourrait bien menacer l'équilibre de la Couronne.


Patrick Weber - A l'instar de Thomas, je pense que les monarchies qui ont rangé leur carrosse au garage se sont peut-être mises en danger. Alors oui, c'est peut-être un peu ridicule de voir la reine d'Angleterre, pour prendre le même exemple, se balader dans son carrosse doré pour aller à l'ouverture du Parlement, mais ça conserve le mystère. Et on en a besoin du mystère. (...) Les princes et princesses à l'école publique, c'est aussi une bonne orientation. Il y a eu, par le passé, trop de prince éduqués sous une cloche. On avait été jusqu'à créer une fausse classe pour Baudouin, presque dans un décors de théâtre, avec une vraie prof, mais des figurants en guise de camarades, pour éviter que le prince ne soit seul. Les enfants royaux et princiers ne sont pas des petites choses en sucre ou en cristal prêtent à se briser. Mais ... mais ... mais ... difficile aussi, dans le même mouvement de garder une part de mystère.


Th. B. -  Les enfants royaux, pour parler des nôtres, sont certes dans une école publique, et même dans un quartier un peu populaire (à Saint Jean Berchmans, ndlr), mais pas tout à fait comme n'importe quel autre élève. Ils sont accompagnés de deux gardes du corps, un dans la classe et un dehors. Ce sont des enfants qui ne se mélangeront pas comme n'importe qui, on ne pourra pas leur faire ce qu'on veut dans la cour. Le mystère est préservé.
D'ailleurs, avec Philippe et Mathilde, on assiste à un retour de la sacralité de la monarchie, de la fonction royale. Je ne parle pas de religion ici évidemment, je parle de symbole. Autant Albert était le bon papy, autant Philippe et Mathilde veulent réincarner la Couronne comme elle pouvait l'être du temps de Leopold II. Là-dessus, je compare volontiers Philippe et Leopold Ier.
Avec Philippe et Mathilde, c'est le retour de ces grands tapis rouges sur la place des Palais, avec la fanfare militaire. Ils ont une prestance typiquement gotha à maintenir et assumer. Mais, ce sont aussi des parents qui revendiquent une vie normale et de l'intimité pour leurs enfants.

 

Patrick Weber © RTL

 

- Le succès serait donc une histoire d'équilibre entre la proximité, qui permet l'identification, et la distance, garante du mystère. Toutes les monarchies y parviennent-elles?

Th. B - L'Angleterre, c'est la monarchie la plus aboutie, la plus épanouie, la plus assumée, et en un mot: la plus décomplexée ! Barzotti aurait pu chanter: je suis monarque et je le reste! Et tout le monde est au diapason, parce que William, sous ses airs de gendre parfait qui joue au football avec les enfants défavorisés, ce sera un roi comme l'Angleterre les aime ! Chez les Windsor, on se tient droit et on ne sort pas du rang. C'est pour ça qu'Harry se déchaine autant: il sait qu'il ne montera jamais sur le trône.
En Espagne, au contraire, ils ont perdu leur aura. Et avec elle, la confiance des Espagnols. Ils ont trop voulu faire comme Monsieur et Madame tout le monde, ils n'ont pas pris leur responsabilité. Ils ne sont pas restés à leur place. Stéphane Bern m'a un jour dit, et je ne l'oublierai jamais : « Je reste à ma place de peur qu'on m'y remette ». Et les Espagnols ont remis Juan-Carlos à sa place. Il a bien fait d'abdiquer, il était grand temps! Surtout voyant qu'il avait derrière lui un héritier aussi parfait que Felipe.
Mais il ne faut pas forcement être exemplaire pour être populaire. Les bourdes participent aussi au processus d'identification. Ils font des bêtises : ils sont comme nous. Le prince Laurent, chez nous, est gaffeur mais très populaire. Mais dans le cas de l'Espagne, ça a été trop loin, beaucoup trop loin!
En Asie, au Japon ou en Thaïlande, la logique est très différente. La popularité des maisons royales n'a pas la même origine que chez nous. Là-bas, les monarchies ne sont pas de droit divin, mais d'essence divine. Le roi Bhumibol est un demi-dieu en Thaïlande, on le vénère.
Au Japon, c'est carrément théâtral, très très protocolaire. On ne peut pas toucher, on ne peut pas parler aux membres de la famille royale.
Chez nous ce n'est pas de la révérence, c'est de l'identification et du respect. En Asie, pas d'identification possible. Elle est même interdite! On ne va pas s'identifier à Dieu, ce serait un sacrilège.

 

- Philippe est très populaire chez nous, tant au Sud qu'au Nord du pays. Certains médias ont dit qu'il devait son succès à son inactivité sur la scène politique, suggérant une évolution vers une monarchie purement protocolaire. Vous confirmez ?


P. W.-  La fonction fait l'homme, et chez Philippe, immédiatement, ça a été flagrant ! Depuis qu'il est roi, il n'a pas arrêté de travailler ! Même ceux qui ne sont pas forcement de grands partisans de la monarchie sont obligés de le concéder, c'est un roi qui bosse, et Mathilde aussi.
Tout le monde avait peur que Philippe ne devienne un Baudouin II, mais il a montré, avec une intelligence certaine, qu'il n'avait pas outrepassé ses prérogatives lors de la formation du gouvernement en octobre dernier. C'était très malin de nommer Bart De Wever formateur, mais il n'y avait rien d'autre à faire. C'était le résultat des élections, simplement. Démocratiquement, c'était difficilement évitable.
Je ne pense pas m'avancer considérablement en disant que Bart De Wever n'est pas l'idéal politique du roi Philippe, mais il est le Roi de tous les Belges et il a respecté le résultat du scrutin, reflet du choix de la population. Maintenant, on est dans un pays compliqué, et chez nous, je ne suis pas en faveur d'une monarchie protocolaire. Il faut un arbitre. Je ne sais pas combien de temps cela durera, mais la situation actuelle est très bonne.
Je pense que Philippe aura d'autant plus de légitimité à taper du poing sur la table, si c'est nécessaire plus tard, au vu du début de son règne. En jouant le jeu de la démocratie, Philippe a gagné la crédibilité de manifester son désaccord plus tard en cas de grave crise comme celle que son père a connue. S'il avait fait de l'obstruction immédiatement, on aurait dit que depuis le début, il avait essayé de saboter les discussions.


Th. B - Philippe, il joue la carte de l'omni-roi: on le voit partout. Un peu à l'image de Nicolas Sarkozy. Je ne compare pas les hommes, je compare les modes de communications médiatiques. Dès qu'il se passe quelque chose de grave, Philippe est le premier sur les lieux. Il répond, il est sur la balle. Il va voir tout le monde: toutes les communautés religieuses, linguistiques et culturelles. Quand je lui ai demandé ce que ça lui faisait d'être sur le trône depuis 500 jours, il m'a répondu : « Ce n'est qu'un début ». Quand tu arrives à la tête d'une entreprise, tu dois te faire adopter par tous tes employés. C'est ce que fait Philippe. Comme l'a dit Patrick, la fonction a fait l'homme, très clairement dans le cas de Philippe. Lors de la formation du gouvernement, on lui avait prédit le pire et puis finalement, on pense ce qu'on veut de ce gouvernement, mais en trois mois, l'affaire était pliée. Mission accomplie et Philippe peut souffler.
Sa cote de popularité n'est pas due à son inactivité mais, au contraire, à sa présence, à son omniprésence. Il est appliqué, attentif à son pays. Il est né dans le soucis de son pays et il a une vraie envie de faire avancer le schmilblick.
On a beaucoup reproché à Baudouin de vouloir faire trop de politique, au point de devoir le déclarer en impossibilité de régner pour ne pas entraver le processus législatif démocratique. Il y a quelques années, Philippe, lorsqu'on parlait beaucoup du Vlaams Blok, devenu Vlaams Belang, avait déclaré : « S'ils s'attaquent à la Belgique, ils auront affaire à moi ! » Lorsqu'il a dit ça, on a estimé que le Prince héritier avait outrepassé ses droits, ses devoirs et ses fonctions. De cet épisode, il a tiré les conséquences. Il est immunisé de la politique depuis. Il est au-dessus des partis. C'est d'ailleurs pour ça qu'on le garde : pour avoir quelqu'un au-dessus de la mêlée !

P. W. -  Au niveau des prérogatives royales, notre constitution n'a pas beaucoup évolué depuis Léopold Ier malgré la fédéralisation. La fonction a évolué à travers les personnages qui l'ont incarnée... Léopold II n'a pas régné comme Léopold Ier, et Baudouin n'a pas régné comme son père ou son grand-père.
Le temps passe, les hommes passent, mais la fonction, le symbole, l'incarnation d'un arbitre au-dessus de la mêlée, comme dit Thomas, reste.

 

Retrouvez la première partie de l'interview en cliquant ici

Rédigé par Martin Boonen

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