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Marc Levy : « Le monde digital ne remplacera jamais le contact humain »

  • Rédigé par Corinne Le Brun
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L'auteur et romancier Marc Levy L'auteur et romancier Marc Levy © DR

Le romancier met en scène neuf personnages virtuoses d'Internet: des hackeurs. Il y a les "bons" et les "mauvais" hackeurs. Entre les deux, les Grey Hat, des hors-la-loi qui font partie du Groupe9. Ils livrent une bataille sans merci contre les puissants lobbyistes comme le baron milliardaire qui orchestre les fake news. Dans son dernier roman « C'est arrivé la nuit », Marc Levy brosse le portrait de hackeurs au service du bien. Interview.

Eventail.be - Avant de devenir romancier à succès, vous étiez un startuper de la Silicon Valley dans les années 80'. Qu'est-ce qui a changé en quarante ans dans la Mecque du numérique ?
Marc Levy - Ce sont les idéaux qui ont changé. À l'époque, les technologies allaient améliorer le monde. Elles apportent encore aujourd'hui un progrès pour la société au niveau de la communication, de la santé mais l'idée que les technologies allaient pénétrer notre vie privée était inimaginable. Personne n'aurait imaginé un modèle où des gens deviendraient milliardaires en faisant commerce de l'intimité des gens. C'est un scandale sans précédent et je pense que l'auteur d'un tel projet aurait fini en prison. Au contraire, aujourd'hui, ils vivent dans une impunité et une immunité qui me révoltent.

- Vous avez imaginé les Grey Hat, des hackeurs qui oeuvrent pour le bien. Existent-ils vraiment ?
- Oui. Ce sont les lanceurs d'alerte. Ils risquent plus gros que les criminels qu'ils dénoncent. J'avais envie de raconter le combat qu'ils mènent. Mon histoire belle et romanesque parle des Robins des bois des temps modernes. C'est un sujet en or et passionnant pour un écrivain. Le hack a sa noblesse, selon l'usage qu'on en fait.

 

La couverture du dernier livre de Marc Levy :

 

- Les neuf hackeurs reliés par le web finissent par se rencontrer. Un clin d'œil à la nécessité du contact humain ?
- Il n'y avait pas besoin de mon roman pour nous montrer que le contact humain et que les autres nous manquent cruellement. Le monde digital ne remplacera jamais le besoin qu'on a de tendresse et de chaleur humaine. La période de la Covid 19 nous montre à quel point l'absence de proximité nous met à rude épreuve.

- Comment vivez-vous le confinement ?
- Lors du premier confinement, j'étais à New York. Je l'ai vécu comme tout le monde, toutefois avec une condition privilégiée. J'ai l'habitude de travailler 11 heures par jour chez moi. Je vis dans la solitude de l'écriture depuis des années. Comme tous les parents, j'ai appris à faire l'école à domicile avec cette inquiétude qui nous occupe tous.

 

La ville de New York, où vit Marc Levy réside, pendant le confinement
© Harry Gillen/Unsplash 

 

- Une partie du roman se déroule à Oslo, au moment où Behring Breivik perpètre un acte terroriste au nom du nationalisme blanc. Comment voyez-vous la situation aux Etats-Unis ?
- Je suis très inquiet. Quand l'ex président de ce qu'on appelle encore la première démocratie du monde se lance dans une entreprise de délégitimisation du pilier de la démocratie qui est le droit de vote, quand le parti qui le soutient s'efforce par tous les moyens d'empêcher la plupart des gens de voter, il y a une atteinte à la démocratie. Ce qui se joue dans ces élections, c'est l'installation aux Etats-Unis d'un régime autocratique. Ce n'est pas moi qui le dis. Des journalistes, des juges, des avocats, des enseignants sont particulièrement inquiets de l'instauration d'un quasi coup d'état par le régime républicain.

 

Des manifestant pro-démocratie invitant à voter
© DR

 

Le parti républicain ne recule devant aucune manipulation pour arriver à ses fins, jusqu'à créer la confusion et le chaos. Pendant la campagne électorale, j'ai vu les vitrines barricadées. Time Square était complètement vide la nuit du 4 novembre. Donald Trump a encore convaincu la moitié des Américains. La vague bleue, elle, a été beaucoup plus longue mais elle a gagné. Tout dépend de la couleur que va prendre le Sénat. Joe Biden a un discours de réconciliation. Donald Trump continue de semer le chaos via les réseaux sociaux.

- La manipulation par les réseaux sociaux contribue-t-elle à menacer les démocraties ?
- C'est certain. Ce qui s'est passé en Angleterre avec le Brexit en est l'exemple. Un milliardaire anglais a dépensé des sommes astronomiques dans une campagne de désinformation massive pour influencer la population parce que le Brexit servait ses intérêts économiques. L'une des armes de destruction massive de la démocratie et qu'a utilisé Trump c'est de créer une réalité parallèle qui se substitue aux faits. George Orwell le dit très bien dans "1984". La façon dont s'installe une autocratie consiste à faire croire à la population à une réalité qui n'a plus aucun rapport avec les faits.

 

Donald Trump sévèrement critiquer par le romancier français Marc Levy
© Polaris/Photo News 

 

Ce dont Donald Trump est devenu un maître en la matière. Faire douter la réalité du changement climatique, l'émergence de la mouvance complotiste QAnon...ont été propulsés par les réseaux sociaux. On peut y lire les théories les plus folles. Et il y a des gens qui y croient ! La vitesse et la répétition de ces fausses informations arrivent à créer une forme d'endoctrinement. Le rôle du vrai journaliste est de ramener les gens à une vraie information et à se poser les vraies questions. La presse d'investigation est le dernier rempart de notre démocratie.

- Quelle place la presse a-t-elle aujourd'hui?
- Indispensable! Par exemple, Carole Cadwalladr, journaliste du Guardian a inspiré Janice, la journaliste de mon roman. Elle est arrivée à dénoncer les agissements du milliardaire britannique et la façon dont il a utilisé sa fortune pour manipuler l'opinion publique en faveur du Brexit. Elle comme le journal britannique ont été menacés de mort. Les grands quotidiens et les grands journalistes font partie des Robin des bois des temps modernes. Ils sont des combattants (« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent », citation de Victor Hugo en exergue de « C'est arrivé la nuit », ndlr). Mon père qui était dans la résistance, refusait absolument la notion d'héroïsme parce que pour lui, entrer dans la résistance c'était simplement faire ce qu'il fallait faire. Mon roman s'inspire de faits réels. Il est le fruit de trois années d'enquêtes et de recherches. Dans toute investigation, il faut préserver ses sources.


"C'est arrivé la nuit"
Marc Levy.
Ed. Robert Laffont/Versilio
www.laffont.ca/le-nouveau-roman-de-marc-levy

 

Rédigé par Corinne Le Brun