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La Peste au Théâtre des Galeries

  • Rédigé par Jean-Claude Darman
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La Peste au Théâtre des Galeries © Isabelle De Beir

L'œuvre de Camus portée à la scène rappelle que la maladie n'est pas éradiquée. Le spectacle que présente en ce moment le Théâtre des Galeries à Bruxelles constitue incontestablement une originalité.

À proprement parler, le roman d'Albert Camus publié en 1947, La Peste, a rarement été adapté au théâtre. Il y eut bien quelques transpositions, comme les différentes versions qu'en fit Francis Huster où, seul en scène, il était plutôt un narrateur interprétant les différents personnages. Il faut reconnaître que l'entreprise n'est pas aisée. Une adaptation pour la scène de cette œuvre majeure de Camus peut difficilement se faire sans un substantiel apport narratif, à l'instar de la fonction du chœur des tragédies antiques. C'est dans cette direction que s'est dirigé l'adaptateur et metteur en scène, Fabrice Gardin, en évitant habilement lourdeurs et longueurs parfois inhérentes à ce procédé.

 

 

Ramené à un pitch sommaire, La Peste raconte la vie des habitants lors d'une épidémie qui s'abat sur la cité algérienne d'Oran dans les années 1940. C'est évidemment bien plus qu'une simple histoire. Camus lui-même, dès la parution du roman, avait invité à considérer la peste comme un symbole, ou plutôt une analogie. Notamment à la montée du nazisme, mais aussi à l'occupation de la France pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans une lettre ouverte adressée au critique Roland Barthes, Camus écrivait : « La Peste, dont j'ai voulu qu'elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme ». On peut aussi y voir une illustration de la force d'un collectif pour parvenir à vaincre le Mal, tout autant qu'une mise en garde car la peste ne meurt jamais. Ces vues semblent être celles de Fabrice Gardin.

 

© Isabelle De Beir 

 

Sa réalisation est persuasive et surtout respecte parfaitement l'esprit de l'œuvre. Elle ne manque certainement pas d'induire une résonnance avec notre époque.
Les diverses symboliques de l'ouvrage de Camus s'expriment dans les personnages. D'abord celui du Docteur Rieux dont l'engagement dans la lutte contre l'épidémie symbolise la résistance de la première heure à l'occupant. Le rôle est interprété avec pudeur et sensibilité par Sébastien Hébrant. Ensuite, Jean Tarrou, l'homme révolté, épris de vérité joué par David Leclercq. Très convaincant dans un monologue sur l'inanité cruelle de la peine de mort (un tel discours était à peu près inconcevable à cette époque du sortir de la guerre).

 

© Isabelle De Beir

 

Il y a aussi Raymond Rambert, le journaliste parisien qui, après bien des atermoiements, va finalement se décider à aider Rieux à combattre le fléau. C'est Toussaint Colombani qui personnifie avec la spontanéité de la jeunesse ce résistant tardif pour cause d'amour conjugal. Le contraste de ces personnages de résistants est bien entendu celui du collaborateur Cottard, le seul à tirer un profit matériel de la peste. L'interprétation de Ronald Beurms évite adroitement de verser dans une caricature manichéenne. Freddy Sicx est un concierge qui découvre avec une incrédulité indifférente les premiers signes de la contagion qui l'emportera lui aussi : des cadavres de rats dans son immeuble.

 

© Isabelle De Beir

 

Bruno Georis joue, chaque fois avec beaucoup de justesse, deux rôles très différents. Celui du juge Othon, d'abord passif face à la contagion. Ce n'est qu'après la mort de son fils qu'il s'engage dans le combat. Combien d'hommes et de femmes, d'abord indifférents, ne sont entrés en résistance qu'après avoir été meurtris dans leur chair ? Le comédien interprète aussi le père Paneloux, religieux tentant finalement la mission impossible de défendre la foi en un dieu d'amour et de miséricorde face à l'agonie convulsive d'un enfant contaminé. La distribution comprend aussi Frédéric Clou en employé de mairie obsédé par la première phrase du roman qu'il rêve d'écrire et Fabio Zenoni en bistrotier collaborationniste.

 

 
© Isabelle De Beir 

 

Des notes sourdes et obsédantes de guitare et de synthétiseur jouées sur scène par le musicien Luc Van Craesbeeck accompagnent le spectacle. Cette musique devient tout à coup beaucoup plus dramatique sur un puissant lamento vocal lorsque la mort du jeune fils du juge est évoquée. L'effet est déchirant.

Le simple cloisonnement de la scénographie de Lionel Lesire clarifie l'évolution du spectacle.
À la sortie du théâtre, une spectatrice regrettait l'absence de femmes parmi les protagonistes. Sans doute une réflexion inspirée par l'air du temps.

 
Jusqu'au 17 novembre, au Théâtre des Galeries à Bruxelles
Du 3 au 14 mars au Théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve
Rédigé par Jean-Claude Darman