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Disparition du comte de Paris : le prétendant orléaniste au trône de France se confiait à L'Éventail

  • Rédigé par Christophe Vachaudez
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Disparition du comte de Paris : le prétendant orléaniste au trône de France se confiait à L'Éventail © Bestimage/Photo News

Ironie du sort, le comte de Paris s'en est allé le jour anniversaire de la décapitation du roi Louis XVI.

Henri de France ou Henri d'Orléans, selon les sensibilités, était le fils d'Henri, Comte de Paris, et d'Isabelle, princesse d'Orléans-Bragance. Il nait au Manoir d'Anjou, à Woluwe-Saint-Pierre, le 14 juin 1933. Il suivra ses parents au Maroc, puis au Portugal, avant de rentrer en France en 1947, avec la permission du Président Vincent Auriol, pour étudier à Bordeaux puis à Paris. la loi d'exil sera levée en 1950. En 1957, il épouse la duchesse Marie-Thérèse de Wurtemberg dont il aura cinq enfants, Marie, princesse Gundakar de Liechtenstein, François et Blanche, tous deux atteints d'un handicap, Jean, duc de Vendôme et Eudes, duc d'Angoulême.

 

© DR 

 

Le Prince combat durant la guerre d'Algérie, ce qui lui vaut les honneurs pour faits d'armes, avant de s'engager dans l'armée. Côté familial, il se sépare de son épouse en 1977 et obtient le divorce en 1984, ce qui l'isole pour un temps de ses parents et de ses frères et soeurs. La même année, il s'unit civilement à Micaela Quiñones de Leon. Le couple devra attendre 2009 pour s'unir religieusement dans le Pays Basque, au château d'Arcangues, suite à l'annulation de son premier mariage, ce qui fit bondir nombre de membres de la famille, sensibles à l'affront fait à la duchesse de Montpensier, mère de ses enfants.

 

© DR 

 

Le prétendant orléaniste au trône de France était peintre à ses heures et c'est lors de l'inauguration de l'une de ses expositions à Knokke-le-Zoute qu'il avait accordé une interview à L'Eventail. Le comte de Paris avait évoqué sans concessions, sa vie et sa passion pour l'aquarelle.

 

L'Eventail  - Monseigneur, vous avez des liens forts avec notre pays puisque vous y êtes né et vous y avez passé vos premières années. Gardez-vous des souvenirs de cette époque ?

Henri d'Orléans - Un de mes premiers souvenirs est un tremblement de terre qui eut lieu alors que je devais avoir 4 ou 5 ans. Un grand arbre était tombé dans le parc et on avait réuni tout le monde dans le grand escalier du Manoir d'Anjou, là où nous habitions, ce qui nous avait beaucoup amusé.

 

© Bestimage/Photo News

 

- Quels souvenirs gardez-vous de vos grands-parents, le duc et la duchesse de Guise ?

- Mon grand-père, qui était extrêmement bon, nous permettait d'aller sous son bureau dans les cavités du meuble. Ma grand-mère, la duchesse de Guise, tenait sa cour au premier étage du Manoir d'Anjou. Elle était ma marraine et a toujours été ma confidente jusqu'à la fin. Nous avions un rapport privilégié et, souvent, elle défendait ma cause auprès de mon père.

 

- Et qu'en est-il du château d'Agimont où votre famille a habité quelque temps ?

- J'en ai peu de souvenirs si ce n'est que chacun de nous avait un petit potager où nous plantions et regardions pousser nos légumes, ce qui semble fascinant pour un enfant. C'est aussi dans la nature proche du château que mon père m'a initié à l'observation des animaux, m'expliquant que je devais rester silencieux et que je ne pouvais dépasser une distance donnée afin de ne pas déranger une bécasse qui couvait. J'ai toujours retenu ses conseils.

 

 

 

- Avez-vous gardé des contacts avec vos 'cousins' belges ?

- Mon premier souvenir du roi Baudouin remonte à l'une de ses visites au Manoir d'Anjou. J'avais agencé tous mes soldats de plomb et soudain, une de mes cousines Aoste avait couru, renversant une bonne partie de mes armées. J'étais vraiment furieux et le jeune Baudouin m'a dit qu'il ne fallait pas se mettre en colère mais essayer de comprendre et de pardonner.

 

- Á l'approche de la guerre, vous suivez votre mère au Brésil, un lieu de vie bien différent ?

- Tout à fait, le Brésil nous a offert un univers beaucoup plus atypique. Nous montions à cru et nous marchions pieds nus. Nous vivions dans une fazenda située à une journée de distance de Petropolis. Les voitures y parvenaient difficilement et s'embourbaient pour notre plus grand plaisir. C'est dans la petite église du lieu que j'ai appris à servir la messe. L'édifice regorgeait de chauve-souris et de rongeurs qui traversaient parfois le maître-autel en pleine messe, une source de grand amusement pour nous. Je me souviens aussi qu'une vieille nanny noire, un peu comme dans 'Autant en emporte le vent' nous emmenait voir des spectacles de macumba et bien entendu, nos parents n'étaient pas au courant !

 

© DR 

 

- Après avoir de nouveau traversé l'Atlantique, vous rejoignez la duchesse de Guise près de Larache. Pourriez-vous nous parler de ce nouveau changement d'horizon ?

- Le Km 9 était encore plus sauvage, totalement dépourvu d'électricité. Nous devions utiliser des lampes-pigeons. Nous étions déjà huit et nos cousins Harcourt et Rambuteau venaient encore grossir notre groupe. Souvent, nous partions le matin dans un grand char à ban et il arrivait même que notre cocher, fort comme Hercule, nous tire, cheval compris, jusqu'à notre destination. Je me souviens qu'il protégeait mon jeune frère de son burnous. Nous lui demandions de traverser Rabat à toute vitesse et quand notre père apprenait notre expédition, il était loin d'être content. Un beau jour, alors que mes parents étaient absents, nous avons été à la chasse au serpent et nous en avons rassemblé le plus possible pour les impressionner. Les jardiniers nous avaient appris comment les capturer sans être mordus. Nous étions très proches de la nature. Par la suite, j'ai été inscrit au collège en Espagne. Je travaillais bien même si j'étais plutôt dilettante.

 

- En 1947, vous obtenez la permission, par décret du président Auriol de regagner la France pour suivre des études à Bordeaux, c'est un peu surréaliste au XXe siècle ?

- Oui, en effet, mais la loi d'exil était toujours en vigueur. Ce fut une grande émotion pour moi de découvrir mon pays. Une drôle de sensation aussi d'entendre tout le monde parler français car jusqu'à présent, j'étais entouré de Brésiliens, d'Arabes ou d'Espagnols. L'accueil fut très cordial et on me disait parfois "Altesse, tu viens ?". Mes camarades avaient dû être briefés mais très rapidement, on m'appela Henri. Monsieur Boissarie, à l'origine du festival de théâtre de Sarlat, s'occupait de moi. Grâce à lui, j'ai beaucoup appris. Avec le lycée, nous allions non seulement au théâtre mais aussi au cinéma voir des films anglais. Je comptais aussi des amis très mélomanes, descendants de Messager qui m'ont fait aimer Bach, Vivaldi et Mozart. Enfin, grâce à l'abbé Noizé, j'ai découvert d'autres univers comme celui des prêtres ouvriers.

 

 

© Bestimage/Photo News

 

- Durant les vacances, retourniez-vous au Portugal où vos parents avaient élu résidence ?

- Oui, parfois, c'était l'occasion de rencontrer Juan-Carlos, son frère, sa sœur Pilar et les enfants du roi Umberto. Il y avait aussi les Espirito Santo, des amis portugais qui avaient onze enfants. Tous ensemble, nous allions à dos d'âne à la plage pour de grands pique-nique. C'est là que nous avons rencontré pour la première fois Juliette Gréco qui était en tournée.

 

- En 1950, la loi d'exil est abrogée et votre famille rentre en France pour s'installer au Manoir du Cœur volant à Louveciennes. Êtes-vous déjà vous aussi à Paris ?

- Á cette époque, j'étudie encore à Bordeaux. J'arrive à Paris en 1953 et je m'inscris en Sciences Politiques. Je rentre le moins souvent possible car j'ai de nombreuses activités. J'aide notamment les petits frères des pauvres, servant des repas, allant à la rencontre des personnes âgées.

 

 

 

 

 

- Vous décidez par la suite d'embrasser la carrière militaire et vous êtes envoyé sur le terrain en Algérie. Dans quelles circonstances êtes-vous décoré pour faits d'armes à Aïn Mlila ?

- Tout d'abord, je me suis marié une première fois en 1957 et mon épouse me voyait très peu puisque j'étais constamment en mission. En Algérie, j'étais Lieutenant de Garnison et je devais assurer la protection de territoires près de Constantine. Un jour, nous avons reçu des informations et j'ai monté une embuscade afin de sauver des vies. C'est dans ce cadre que j'ai été honoré. En 1959, j'ai été rappelé en France par le Général de Gaulle pour travailler au ministère de la Défense. En 1962, j'ai intégré le régiment des 4e hussards en Allemagne et à partir de 1963, je suis devenu instructeur à la Légion étrangère.

 

- En 1968, vous changez d'orientation et vous intégrez le domaine de la finance

- Cela va me permettre de voyager beaucoup car je dois entrer en contact avec les détenteurs de grandes fortunes comme le Shah d'Iran, le roi du Maroc ou les princes de Thurn und Taxis. Je vais d'ailleurs poursuivre en prospectant dans les pays du bassin méditerranéen.

 

- En 1981, vous créez le Centre d'Etudes et de Recherches sur la France contemporaine, devenu, après le décès de votre père, l'Institut de la Maison Royale de France. Quelles sont les rôles de cet organisme ?

- Son rôle consiste à aller à la rencontre des Français et de leur faire prendre conscience qu'il existe une tradition historique et culturelle avec des perspectives tangibles dans l'avenir. Je visite des usines, des centres de recherches, des domaines agricoles et je me tiens informé des nouveaux développements technologiques. J'ai récemment écrit un article sur l'écologie, évoquant la fusion nucléaire, à ne pas confondre avec la fission, et d'autres enjeux pour pérenniser l'avenir de notre planète.

 

© Bestimage/Photo News 

 

- À l'inverse de votre père, vous n'avez pas souhaité jouer de rôle politique. Est-ce une décision ou au contraire les circonstances de la vie qui en ont fait ainsi ?

- Le Roi règne et le Parlement gouverne. On ne peut dévier de cet axe fondamental. Par contre, on peut donner son avis et en discuter avec les instances politiques.

 

- Pourriez-vous, en quelques mots, nous parler du comte de Paris ? Quel homme était-il ?

- Mon père était quelqu'un de sévère mais qui gardait l'esprit ouvert, essayant de comprendre les gens. Il n'a jamais admis mon divorce mais en accordant à ma seconde épouse le titre de princesse de Joinville, il a voulu en quelque sorte la protéger. Il était un traditionaliste mais dans le sens bon et noble du terme.

 

- Quant à Madame votre mère, elle a avoué ne pas avoir été une bonne mère mais a essayé d'être une meilleure grand-mère, pouvez-vous nous en parler ?

- Je n'ai jamais eu aucun vrai contact avec elle. Je n'éprouve pas d'acrimonie à son égard mais elle ne m'a jamais embrassé et je pense que c'est elle qui aurait du régler son problème.

 

© DR 

 

- Avez-vous gardé des contacts suivis avec vos frères et sœurs ?

- Oui, des contacts très humains car mes frères et sœurs ont changé avec le temps. Avant mon mariage, je leur ai téléphoné et comme ils ne pensaient pas pouvoir y assister, je ne les ai pas invités mais je suis en paix avec moi-même.

 

- La situation s'est-elle apaisée avec vos enfants ?

- Avec le temps, les choses ne peuvent que s'améliorer.

 

- Pourriez-vous nous dresser un portrait de Madame votre épouse ?

- Cela fait aujourd'hui 39 ans que nous vivons ensemble. Nous partageons les mêmes goûts et le même intérêt pour la musique, l'écriture ou la peinture.

 

- Comme nombre de membres de votre famille, vous avez la fibre artiste. Vous vous consacrez d'ailleurs à l'aquarelle. Comment vous est venue cette envie ?

- Je peins et dessine depuis l'âge de 7 ans et mon premier professeur fut ma tante la princesse Françoise. Avant, je peignais beaucoup en Espagne. Aujourd'hui, nous cherchons une maison en France.

Rédigé par Christophe Vachaudez

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