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Les vins (belges) de l'été : Gudule, du vin à Bruxelles ? Non, peut-être !

  • Rédigé par Martin Boonen
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Le rosé et le rouge de Gudule Le rosé et le rouge de Gudule © Camille Doyen

Dernier épisode de notre tournée estivale à la découverte du vignoble belge par une escale étonnante : Gudule. Au cœur de Bruxelles, Derrière Tour & Taxis, Thierry Lejeune assemble des cépages choisis avec soin et vinifie méticuleusement des vins très intéressants à bien des égards.

On fait du vin à Bruxelles ? Oui, monsieur ! Mais vous aurez beau chercher pendant des heures, vous ne trouverez pas la trace d'un cep de vigne aux alentours des beaux hangars de Greenbizz où Thierry Lejeune a installé son chai. Pourtant, ce sont tout de même quelques 17 000 bouteilles que le néo-vigneron (il a fait la plus grande partie de sa carrière dans le secteur de l'imprimerie) a produit-là. Le secret de Thierry Lejeune, c'est que ses raisins ne viennent pas de chez lui, ni de chez nous ! En effet, il n'est pas inintéressant de rappeler que pour faire du vin, il n'est pas nécessaire d'avoir de la vigne : les raisins suffisent.

 

Les beaux locaux de Greenbizz, derrière Tour & Taxis où Thierry Lejeune a installé le chai de Gudule © Denia Zerouali
Les beaux locaux de Greenbizz, derrière Tour & Taxis où Thierry Lejeune a installé le chai de Gudule © Denia Zerouali 

 

« Faire du vin en Belgique en partant de rien, cela veut dire avoir un accès à la terre, planter des vignes... pour ne vendanger le raisin que cinq ans plus tard. Cela signifie un investissement très lourd à la base, et ne pas avoir de revenus avant plusieurs années. Cette formule m'a permis d'acheter du raisin en 2018 et de vendre mes premières bouteilles en 2019 » explique Thierry Lejeune. Et c'est ainsi qu'est né un pinard à Bruxelles.

 

Thierry Lejeune, devant les barriques de son chai, chez Greenbizz © Camille Doyen

 

(L'autre) Pinard de Bruxelles

Comme le Belge, le Bruxellois aime le vin, le bon vin. Surtout : il sait le reconnaitre. Alors forcément, ça donne des idées. Cela fait très longtemps (presque depuis le début) que Delhaize met des vins en bouteilles : pas moins de 20 millions de litres par an. Mais Delhaize ne fait que conditionner à Bruxelles du vin fait ailleurs. On pouvait faire mieux. Il y a deux ans, Sébastien Morvan et Olivier de Brauwere, le duo iconoclaste du Brussels Beer Project (dont nous vous avons régulièrement parlé. Retrouvez les articles ici) rencontrent Henri de Vergeron, (d)étonnant patron du bar à vin st-gillois La Trinquette, et fantastique ambassadeur de la bonne humeur et des vins du Languedoc.

 

© Brussels Beer Project 

 

Les caractères des trois hommes s'associant à merveille, ils mettent au point une grape ale : mélange de moût de raisin du Lanquedoc (du Château de Mamorières, dans le vignoble de La Clape) et de bière qu'ils baptisent : Pinard de Bruxelles. Le succès est fulgurant (si vous mettez la main sur une des bouteilles rescapées : ne la lâchez pas ... au moins jusqu'à ce que le trio ne réitère l'expérience).

Mais le Pinard de Bruxelles d'Henri, Sébastien et Olivier, malgré son nom, restait une bière. Ce que fait Thierry Lejeune avec Gudule est bien différent encore. Il travaille véritablement au chai et maîtrise tout le processus de vinification : il fait du vin à Bruxelles.

Un vin... européen !

L'activité vinicole n'y étant pas très soutenue (sic), la Région bruxelloise ne dispose d'aucune AOC (au contraire de la Flandre ou de la Wallonie). Et là, le projet de Thierry Lejeune devient encore plus intéressant et dépasse le côté anecdotique d'une production de vin en pleine ville (comme le font Château Amsterdam aux Pays-Bas, London Cru au Royaume Uni ou encore les Vignerons Parisiens en France).

 

 
 © Chateau Amsterdam

 

Libéré des contraintes du cahier de charges d'une AOC, le vigneron peut faire un peu ce qu'il veut. Et donc assembler des raisins qui viennent de partout sur le seul critère de leur qualité organoleptique. Il y a là l'opportunité folle de produire des vins qui ne ressemblent à aucun autre.

 

 © Camille Doyen

 

Pour l'appellation, Thierry Lejeune a dû se résoudre à « vin de la communauté européenne ». Pas la panacée tant les vins de cette appellation ont mauvaise réputation : « en général ce sont des vins assemblés à partir de fonds de cuves d'un peu partout. Ils renvoient une image très peu qualitative. Mais nous, nous faisons du vin depuis la capitale de l'Europe, cela avait donc du sens de revendiquer cette appartenance européenne. » Amen.

Subtils assemblages

Si sans AOC (presque) tout est possible, pas question de faire n'importe quoi. Thierry Lejeune explique : « j'avais quand même une idée du vin que je voulais produire. Je voulais que mes raisins soient bio et si possible vendangés à la main (ce qui ne va plus forcément de pair). J'aime les vins de la vallée du Rhône. Je voulais donc absolument de la Syrah et du Chenin. » Mais avec quoi les assembler ? Pour l'aider, Thierry Lejeune demande conseil à Jean-Marc Demange, du cabinet AOC Conseils spécialisé dans ce secteur. Le consultant est séduit par le projet, il valide le business plan de Gudule et recrute un œnologue français, Pascal Lenzi, dont le réseau permet à Gudule de puiser dans les meilleurs vignobles de l'Hexagone.

 

© Gudule Urban Winery/CitiVini  

 

Ensemble, ils sélectionnent plus d'une dizaine de cépages, blancs et rouges. Pas les plus connus, et pas forcément issus des vignobles les plus réputés. Melon de Bourgogne, Petit Manseng, Ugny, Mauzac (mais aussi les plus traditionnels Cinsault, Syrah, Grenache, Chenin, Cabernet franc...), les vins de Gudule trouvent leurs racines dans la vallée du Rhône, le Minervois ou le Lanquedoc (tiens, tiens, Henri de Vergeron...).

 

© Gudule Urban Winery/CitiVini 

 

Au programme : 2 rouges (un 1er cru et un second vin), 2 blancs (également un 1er cru et second vin) et un rosé. Un effervescent est aussi dans les cartons... avant d'être dans les bouteilles l'année prochaine, peut-être.

Dans le verre

Ça, c'était pour la théorie. En pratique, quel est le fruit de cette liberté unique ? Dans leur belles bouteilles à la bourguignonne, les vins de Gudule s'affichent à travers un packaging léché et élégant mais pas prétentieux. L'étiquette fait une subtile référence au pentagone du centre historique de Bruxelles et puisque les cuvées de Thierry Lejeune ne peuvent pas porter le nom des quartiers de la ville (pour une sévère raison administrative), elles portent ceux des instants pour les déguster.

 

© Camille Doyen 

 

Après-midi au parc, c'est le rosé de la bande. Composé d'une majorité de Cinsault, il exprime des saveurs de fruits, mais pas seulement. Rond en bouche, on lui découvre des notes beurrées, presque toastées. Il n'a rien à voir (et rien à faire) avec les rosés de Provence que l'on descend les uns après les autres lors de chauds apéros estivaux. Non, le rosé de Gudule peut sans aucun doute prolonger plaisir jusqu'à table ! Soirée à l'opéra est le 1er cru de Gudule pour les vins blancs. Au nez, on remarque tout de suite le passage en barrique (ex-Sauterne) qui se fait sentir par des petites notes de miel. Il utilise un cépage méconnu mais formidable : le Petit Manseng. Puissant arômatiquement parlant, il garantit aussi une belle acidité et fini par apporter à ce Soirée à l'opéra beaucoup de fraicheur.

 

© Gudule Urban Winery/CitiVini 

 

Le second vin en rouge, Retour du marché, revendique 20% de Cabernet franc, ce qui lui offre une belle couleur framboise. Que l'on retrouve au nez aussi. Le Grenache était très mur, des notes de fruits plus compotés se manifestent au nez alors qu'en bouche, le Cabernet franc apporte d'autres fruits, une jolie acidité (pour la tension) mais aussi une finale un peu épicée... qui rappelle certains vins du Rhône, en plus léger.

 

© Camille Doyen

 

Le gros morceau, c'est évidemment Dîner en ville, le premier vin en rouge de Gudule. Comme Soirée à l'opéra, son équivalent en blanc, il boxe dans une autre catégorie. Bouquet fabuleux, ample, soyeux et puissant en bouche. Long, même. Il profite d'un Grenache exceptionnel, venu tout droit du Minervois. Il est taillé pour la garde.

Gudule n'en a pas fini !

Thierry Lejeune peut être heureux d'apporter sur le marché des vins aussi prêts en si peu de temps. Et il ne compte pas s'arrêter là. Déjà à l'étroit chez Greenbizz, il s'attèle à un projet immobilier pour Gudule : « Nous venons de remporter un appel à projet sur une concession du port qui contient une toute petite gare désaffectée qui a un cachet fou ! Elle accueillera le chai, évidemment, mais aussi peut être un bar à vin, une boutique... J'aimerais que cela puisse être un endroit où l'on puisse accueillir du public, organiser des dégustations, des initiations, de l'événementiel et un peu de restauration... ». Installation prévue en 2021.

 

La petite gare de tri desafectée de Tour & Taxis accueillera bientôt les nouvelles installation de Gudule © BMA

 

En attendant, les vins de Gudule sont disponibles au chaiGreenbizz) et seront bientôt listés chez Délitraiteur. À terme, Thierry Lejeune vise aussi les cavistes, les magasins biologiques et les établissements HoReCa premium.

Rédigé par Martin Boonen

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