Bertrand Leleu
21 January 2026
© Christie's
(* environ 26,2 millions d’euros)
On s’attendait à une enchère multimillionnaire, mais à plus de 26 millions d’euros, l’OEuf d’hiver de Fabergé a pulvérisé tous les précédents records ! Véritable chef-d’oeuvre de maîtrise, tant la minutie de sa réalisation est exceptionnelle, cet oeuf, considéré comme l’un des plus beaux jamais exécutés, avait également d’autres atouts sous sa coquille, dont le plus important était, bien entendu, sa provenance. Offert par le tsar Nicolas II à sa mère, l’impératrice douairière Maria Feodorovna, cet oeuf est l’un des cinquante commandés par les
Romanov à la célèbre manufacture. Le premier de ces précieux artefacts fut créé sur instruction du tsar Alexandre III qui le fit réaliser pour son épouse, en 1885. Devant l’engouement suscité, en offrir devint une tradition impériale depuis cette date jusqu’à la chute de la monarchie, en 1916. Parmi ces cinquante oeufs Romanov, seuls sept seraient encore entre des mains privées, d’où cette vente “oeuforique”.
JEAN ELSEN & ZONEN
Époque Louis le Pieux (814-840)
Solidus, 816 (?), or
Vente du 8 novembre, Elsen, Bruxelles
Du IVe au XIe siècle, le solidus fut la monnaie romaine d’or remplaçant l’auréus. Son émission fut régulière et stable, et l’on frappa également des exemplaires pour commémorer des événements tels que des anniversaires impériaux. Il s’agissait alors non plus de monnaie de circulation mais plutôt d’objet de thésaurisation. Malgré la chute de l’Empire romain d’Occident, le solidus fut conservé. D’une datation incertaine, l’exemplaire ici présenté devait probablement célébrer le couronnement impérial de Louis le Pieux par le pape Étienne V à Reims, en octobre 816. D’une qualité exceptionnelle, cet exemplaire est le meilleur des quatre connus, les trois autres étant conservés à la Bibliothèque royale de Belgique, à la Bibliothèque nationale de France
et au Fitzwilliam Museum de Cambridge.
Aguttes
École milanaise
Violon, vers 1700, bois, 35,3 cm
Vente du 28 novembre, Aguttes, Neuilly-sur-Seine
Les ventes aux enchères réservent souvent des surprises, que les oeuvres soient présentées sous de grands noms ou de manière anonyme. Il y avait ainsi plusieurs amateurs à avoir repéré ce violon. Présenté comme un travail italien et accompagné d’une étude dendrochronologique datant la table de 1692, il a séduit les collectionneurs. Ceux-ci se sont accordés sur une enchère à plus de 130 000 euros, alors que l’estimation était de 25 000. Ce violon serait-il une oeuvre de la dynastie Grancino comme l’atteste une étiquette apocryphe ? Peut-être de Carlo Giuseppe Testore, son contemporain ? La forme générale, les ouïes et le vernis écartent l’idée d’une réalisation crémonaise. Ce violon, accompagné d’une tête d’un autre auteur, restera un mystère… pour le moment.

Dorotheum
Relativement connu pour ses collaborations avec des artistes comme Sol LeWitt ou Donald Judd, Novros est considéré comme un peintre de l’architecture et du volume. Il est ainsi l’un des rares artistes minimalistes à avoir exploré la peinture comme élément spatial et non comme simple objet décoratif. Dans les années 1960, il se fait connaître avec ses toiles non rectangulaires, pour sortir le support de son intention. Réalisant de nombreuses oeuvres in situ, David Novros a connu la notoriété grâce à sa série de toiles murales réalisées pour l’immeuble de Donald Judd au 101 Spring Street, à New York. Relativement rares sous le marteau, ses oeuvres connaissent un intérêt grandissant tant leurs couleurs, pourtant intenses, créent un univers méditatif et invitent à une expérience physique et contemplative.
Osenat
Pierre Paul Rubens (1577-1640)
Le Christ en croix, huile sur panneau, 105,5 x 73,5 cm
Vente du 30 novembre, Osenat, Versailles
Thème cher à Rubens, ce Christ en croix peint vers 1614-1615 représente le moment où Jésus rend l’âme, entouré, comme le décrit l’Évangile selon saint Luc, de phénomènes surnaturels tels que “l’obscurcissement du soleil”. L’oeuvre, longtemps oubliée, a réapparu et a été authentifiée par le comité Rubens, qui l’ajoutera au catalogue raisonné du maître anversois. Longtemps considéré comme une copie, ce panneau a appartenu au peintre William-Adolphe Bouguereau (1825-1905). Si le paysage fut sans doute complété par des élèves du maître, on remarque la virtuosité avec laquelle Rubens a représenté les carnations, qui traduisent ici l’intensité de la douleur du Christ. La redécouverte de ce chef-d’oeuvre marque un chapitre de l’histoire du marché de l’art et la bataille d’enchères fut heureusement à la hauteur de l’événement.
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