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L'Escurial, à nouveau grand d'Espagne

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Bernard Roisin

29 July 2026

Le voyage espagnol en Europalia s’est terminé à la fin de l’hiver. La belle saison est l’occasion de prolonger le festival par une visite sur place, et, pourquoi pas, par celle du prestigieux site de l’Escurial, non loin de Madrid… qui est en plein renouveau.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1984, l’Escurial, monastère voulu par Philippe II après sa victoire de Saint-Quentin afin de remercier Dieu de la lui avoir accordée sur le roi de France, lui servit également de résidence d’automne et donc de chasse dans la sierra du nord de Madrid, à une altitude de 1.000 mètres.

Ce bâtiment aussi monumental que grandiose, conçu par l’architecte Juan de Herrera dans un style baroque espagnol des plus austères, comprend un monastère et son cloître, la résidence des moines, d’abord hiéronymites, ensuite augustins, 64 aujourd’hui ; une basilique gigantesque y est flanquée d’appartements royaux qui paraissent de dimensions réduites au regard des imposantes dimensions granitiques des diverses cours et cloîtres, sans oublier les jardins qui donnent sur le monte Abantos, qui culmine à 1.753 mètres. Un village voulu par Charles III voisine depuis trois siècles le « désert » d’origine.

DR/Shutterstock.com

On peut désormais se rendre mieux compte de l’imposante structure de granite, de marbre et d’ardoises, grâce au nouveau centre d’interprétation qui flanque depuis peu l’accueil. Dotée de maquettes, d’écrans tactiles, de vidéos et de panneaux explicatifs présentés dans une muséographie dernier cri, cette nouvelle partie introductive compense par sa convivialité la sévérité écrasante, la beauté intimidante de l’Escurial.

La basilique présente en effet des dimensions imposantes, son lanterneau évoquant le séjour italien de l’architecte Juan Bautista de Toledo, mort au début du chantier, collaborateur de Michel-Ange et qui inventa la voûte plate ; le maître-autel de marbre espagnol et, à l’arrière, l’immense retable de même matière encadrent des toiles d’inspiration biblique des Italiens ZuccaroTibaldi et Cambiaso.

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Les rénovations ont débuté voici vingt ans, notamment au niveau des fresques religieuses qui décorent le cloître, voulues par Charles II et confiées à Lucas Giordano ; au milieu dudit cloître, une sorte de lanterneau, le patio des Évangélistes, doit encore être rénové et fait partie du programme de réhabilitation dont la mise en œuvre s’étend désormais sur plus de deux décennies.

Il a permis de remettre en valeur les collections de peintures de Philippe IV, notamment de Ribera ou Titien, un San Lorenzo, saint patron espagnol de l’Escurial, car la bataille fut remportée le jour de sa fête. Rénovées il y a une petite dizaine d’années, les salles du chapitre, sous des plafonds décorés dans un style antique pompéien datant du XIXe siècle, accueillent désormais les tableaux de Tintoret, du GrecoLe Martyre de saint Maurice notamment, VelázquezLa Tunique de Joseph, ou encore le Saint Jérôme de Titien. Un bâtiment datant également du XIXe siècle accueille le panthéon et la nécropole des familles royales espagnoles, d’un style néogothique assumé.

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L’impressionnante salle des Batailles évoque, dans le style quasi naïf de Granello et pourtant datant du XVIe siècle, la prise des derniers bastions arabes espagnols par l’armée de Philippe II. Les appartements de Charles III mettent en valeur les tapisseries restaurées avant le Covid et dont les cartons sont notamment l’œuvre de Goya.

Autre merveille à bénéficier d’une restauration minutieuse, le monumental Calvaire de Rogier van der Weyden, qui faisait partie de l’imposante collection de peintures flamandes de Philippe II, plus de 100, désormais au Prado, mais qui accueillait notamment à l’Escurial Le Jardin des délices de Bosch : le triptyque vient de trouver refuge dans la nouvelle galerie de la collection royale à Madrid, le temps d’une nouvelle phase de rénovation de son écrin.

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Les deux joyaux absolus de l’Escurial sont sans conteste la fresque immense qui décore le plafond du grand escalier, toujours peint par Lucas GiordanoTibaldi se chargeant de l’impressionnante bibliothèque voulue par Philippe II, qui compte plus de 3.000 livres précieux, à peine moins que celle du Vatican à l’époque.

Les vitrines, conçues à nouveau par Juan de Herrera avec des essences locales, recèlent des manuscrits présentés sur la tranche et recouverts d’un mince fil d’or, « la lumière de Dieu ». Désormais mis en exergue au cours d’une rénovation qui fait partie de la réhabilitation d’ensemble de l’Escurial, des mappemondes, des globes célestes, des manuscrits enluminés, des traités en grec, en latin, en arabe, voire en hébreu peuplent la bibliothèque.

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« Toute cette rénovation s’inscrit dans la volonté de faire revenir les visiteurs, plus de quarante ans après l’inscription de l’Escurial à l’UNESCO, dans ce lieu monumental, l’un des témoignages les plus importants de l’histoire d’Espagne, et pour mieux en saisir les enjeux artistiques, architecturaux et religieux, la Contre-Réforme, l’Inquisition, notamment en y modifiant l’accès qui se fait désormais par le patio des Rois », explique Luis Pérez de Prada, responsable des édifices et jardins au Patrimonio Nacional, l’institut du patrimoine espagnol.

La récente réorganisation de la visite a été possible grâce à un fonds européen de 6,5 millions d’euros, lesquels ont permis de poursuivre une restauration aussi longue que la construction de l’Escurial lui-même et aussi… monumentale.

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