François Didisheim
14 July 2026
Avant de se pencher sur les chiffres, Jeff Cavens pose une question simple : qu’est-ce qui empêche réellement Bruxelles de construire ? Les taux d’intérêt ? Pas vraiment. Le manque d’appétit des investisseurs ? Encore moins. Pour le président de l’Union professionnelle du secteur immobilier (UPSI) et CEO de Triple Living, l’un des grands promoteurs et développeurs immobiliers de Belgique, le goulot d’étranglement se cache dans les méandres administratifs.
Une analyse nourrie par le terrain, qu’il est venu partager lors du Forum LOBBY consacré à la recherche du « mètre carré perdu ». L’Anversois ne partage pas le diagnostic pessimiste souvent posé sur la capitale. Bruxelles, rappelle-t-il, demeure une capitale européenne et un carrefour économique, universitaire et culturel de premier plan. Son potentiel reste intact. Ce qui lui manque, ce n’est pas de l’ambition, mais de la prévisibilité. Or investir dans l’immobilier ne relève pas du casino : un projet se construit sur dix ou quinze ans, parfois davantage. Les investisseurs ont besoin d’un cap clair, pas d’un brouillard réglementaire.
Pour Jeff Cavens, le frein au développement immobilier bruxellois ne se résume ni au coût de la construction ni au financement. Il porte un nom beaucoup moins glamour : le permis d’urbanisme. Des procédures longues, complexes et parfois imprévisibles ralentissent les projets, immobilisent les capitaux et découragent les initiatives. Promoteurs, investisseurs, banques et futurs acquéreurs : toute la chaîne finit par patienter.
Situé à Molenbeek-Saint-Jean, le long du canal, le projet The Banks métamorphose l’ancien siège social de la banque KBC, pour créer un tout nouveau complexe résidentiel moderne, en facedu site de Tour et Taxi. ©Triple Living
Or, dans l’immobilier, le temps est rarement un allié. Contrairement à certaines idées reçues, le CEO de Triple Living relativise l’impact de la hausse des taux d’intérêt, qui restent historiquement à des niveaux raisonnables. Le frein se situe ailleurs : dans le climat d’incertitude. Tensions géopolitiques, contexte économique mouvant et changements de règles conduisent les acheteurs à hésiter. Ce n’est pas tant le coût du crédit qui les retient que le manque de visibilité sur l’avenir.
Cette conviction se traduit dans les projets développés par Triple Living. Avec The Banks, vaste opération mixte réunissant 216 logements et un hôtel à Molenbeek-Saint-Jean, Jeff Cavens défend une approche où l’immobilier dépasse la simple addition de mètres carrés.
Situé le long du canal, face au site de Tour & Taxis, le projet métamorphose l’ancien siège social de la banque KBC en un complexe résidentiel contemporain. L’objectif poursuivi ne se limite pas à livrer des logements, mais à créer des quartiers vivants, connectés à leur environnement, où l’on habite, travaille et se rencontre.
Jeff Cavens rappelle en définitive une évidence : le mètre carré le plus difficile à construire n’est pas celui qui manque sur le terrain. C’est souvent celui qui reste coincé dans un dossier. Et celui-là, semble-t-il, n’a pas encore trouvé son architecte.
Sur le même sujet, découvrez le dernier podcast de François Didisheim, CEO de High Level Communication & L’Eventail, sur BXFM Radio :
Article inspiré par la newsletter de Lobby du 10 juillet écrite par Françoise Wallyn et François Didisheim, fondateur de Lobby. Retrouvez la revue des cercles du pouvoir, ici