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Un trésor refait surface

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Christophe Vachaudez

24 November 2025

On le croyait disparu à jamais, sans doute volé puis retaillé, et voilà que le Florentin, pierre historique entre toutes, est exhumé du coffre d’une obscure banque canadienne. La surprise est au rendez-vous et d’éminents minéralogistes comme des historiens passionnés d’énigmes, se pourlèchent déjà les babines !Seulement connu de certains membres de la famille, le secret a été dévoilé, cent ans plus tard, afin de respecter les dernières volontés de Charles Ier, dernier empereur d’Autriche, décédé tragiquement à Madère le 1er avril 1922, à 34 ans. Les archiducs Siméon, Karl et Lorenz, accompagnés par un expert de la maison Köchert, l’ancien joaillier de la cour des Habsbourg, ont mis au jour, sommairement emballés dans du papier, des broches, des toisons d’or et le fameux diamant de 137 carats.

Mais revenons un siècle en arrière, au crépuscule de l’empire austro-hongrois. L’héritier de François-Joseph fait face à une situation désespérée. Il prend donc la décision de confier au comte Berchtold une mission des plus délicates, celles de sécuriser les joyaux personnels de la famille impériale dans un endroit sûr. Certaines vitrines du trésor de la Hofburg sont donc partiellement vidées et le butin passe clandestinement en Suisse. La couronne de l’impératrice Elisabeth, des parures d’émeraudes et de rubis, des perles, un diadème orné d’un diamant de 44 carats ou le fameux collier de roses de Marie-Thérèse et bien d’autres ornements précieux sont donc sauvés.

Nous sommes en 1918 et, trois ans plus tard, le trésor s’est volatilisé. Si l’Empereur a vendu certaines pièces pour financer un potentiel retour en Autriche, la rumeur prétend qu’un ami de la famille a subtilisé les bijoux restants et les a écoulés à son profit. Et pourtant, à proprement parler, les bijoux n’ont jamais disparu. Ils sont toujours restés dans une petite valise en cuir marron que l’impératrice Zita emportait avec elle, prétendant vivre dans le plus grand dénuement. C’est lors de son séjour au Québec qu’elle l’aurait déposée dans une banque, avec des instructions très strictes, informant deux de ses enfants. En effet, seuls deux membres masculins de la famille devaient être mis au courant. Clou de la découverte, le diamant jaune, le Florentin, dont l’histoire séculaire rejoint la légende.

Selon certains, il aurait été porté par le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, lors de l’une de ses batailles et puis perdu mais le grand expert du sujet, le défunt Ian Balfour, réfute volontiers une si lointaine origine. On pense au contraire que la pierre, d’une pureté remarquable fit ses débuts à Florence, d’où son nom, jalousement gardé par la famille de Médicis. Jean-Baptiste Tavernier, explorateur et découvreur de gemmes rares, en a laissé une description précise quand il a pu l’avoir entre les mains en 1657, alors en visite à la cour du grand-duc de Toscane Ferdinand II. Le diamant à la taille double rose compte 126 facettes avec un contour nonagonal, une technique typiquement indienne. En 1747, Anna Maria de Medicis, dernière héritière des possessions de l’illustre lignée mourut sans enfants. Dix ans plus tôt, quand la Toscane est donnée au duc de Lorraine François III suite au traité de Vienne, elle avait conclu un pacte qui stipulait un don en indivision de tout ce qu’elle possédait à l’État toscan à condition que rien ne quitte la ville de Florence et que les collections soient ouvertes au public. Pourtant, le diamant prit le chemin de Vienne puisque le dit Duc avait épousé en 1736 l’archiduchesse Marie-Thérèse qui deviendra en 1740 la première impératrice d’Autriche.

Cinq plus tard, François devient à son tour empereur mais cette fois du Saint-Empire romain germanique. Il fait sertir le Florentin dans sa couronne mais la pierre qui reste amovible se fait parfois agrafe et orne son chapeau. On raconte qu’en 1810, il fut offert à l’archiduchesse Marie-Louise, à l’occasion de son mariage avec Napoléon, mais il réintégra la capitale autrichienne en 1814. Depuis, le diamant trônait dans la Schatzkammer de la Hofburg. Bien privé, il est peu probable qu’il regagne l’Autriche qui a mis sous séquestre tous les biens des Habsbourg après la chute de l’empire.

Parmi les autres bijoux mis au jour, mentionnons une aigrette et un nœud en diamants, rubis et émeraudes, aux couleurs du drapeau hongrois, créés en 1867 pour l’impératrice Élisabeth, épouse de François-Joseph, à l’occasion de son avènement comme reine de Hongrie, une broche en perle et diamants ayant appartenu également à l’impératrice Élisabeth, une châtelaine sertie d’émeraude autrefois portée par l’impératrice Marie-Thérèse, deux toisons d’or, une autre montre de l’horloger Jean-Antoine Lépine, ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette, renfermant une mystérieuse mèche de cheveux, ou encore une demi-parure rehaussée d’impressionnants saphirs jaunes, dont un imposant nœud et un devant de corsage.

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Pour l’heure, les joyaux demeureront au Canada, en signe de reconnaissance. Toutefois, il n’est pas impossible qu’ils ne rejoignent un jour le Vieux Continent, bien plus en phase avec leur histoire mais rien ne semble avoir encore été envisagé. Et pourquoi pas la Belgique qui fut gouvernée par la grande Marie-Thérèse et qui accueillit la famille impériale à Steenokkerzeel. L’archiduc Otto fit ses études à Louvain et de nombreux archiducs résident ici… On peut parfois rêver !

Le luxe brutaliste d’entrenous2

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Avec leur première collection de tables Ora, Céline Nassaux et Tim Dubus bousculent les codes de la modernité. Patines séculaires, formes sculpturales et organiques dessinent un nouveau style, donnant la parole à l’artisanat d’excellence et aux techniques d’ornementation.

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Alors que le Florentin, célèbre diamant des empereurs d’Autriche vient d’être redécouvert au Canada, d’autres bijoux créent aussi la surprise lors des belles vacations genevoises de novembre, à commencer par Sotheby’s qui présente un ornement de chapeau en diamants qui aurait appartenu à Napoléon.

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Le philosophe et écrivain Raphaël Enthoven a donné une conférence ce mercredi au Cercle Gaulois, à l’invitation de L’Éventail et avec le soutien de Puilaetco. Devant un public attentif, il a présenté son dernier ouvrage ‘L’albatros’, un récit intime consacré aux derniers instants de sa mère, la romancière Catherine David, atteinte de la maladie de Parkinson. © Violaine le Hardÿ de Beaulieu

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