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Quand les bijoux racontent une histoire

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Christophe Vachaudez

12 October 2026

Une fois encore, les belles ventes de septembre ont exhumé des limbes des bijoux historiques dont l’histoire va enchanter les amateurs.

Chez Sotheby’s, des émeraudes et deux diadèmes enflamment déjà l’esprit des grands collectionneurs. Le premier fut réalisé à l’occasion de l’Exposition universelle de Londres en 1862 par le joaillier Mellerio. Fondée en 1613, la maison, considérée comme la plus ancienne encore en activité dans cette discipline, existe toujours rue de la Paix. Illustrant le goût pour l’Antiquité en vogue à l’époque, le diadème Mellerio se compose d’une grecque en diamants couronnée de solitaires. Transformable, le bijou qui peut aussi se porter en collier séduisit le duc de Montpensier, le plus jeune fils du roi Louis-Philippe, et son épouse l’infante Louise-Fernande d’Espagne, sœur de la reine Isabelle II, en quête d’un cadeau de mariage pour leur fille Marie-Isabelle.

En effet, cette dernière s’apprêtait à épouser son cousin germain, le comte de Paris. Huit enfants naquirent de cette union dynastique dont Amélie, reine de Portugal, Hélène, duchesse d’Aoste, Philippe, duc d’Orléans, Isabelle, duchesse de Guise, Louise, princesse de Bourbon-Siciles ou encore Ferdinand, duc de Montpensier. C’est ce dernier qui hérita du diadème Mellerio à la mort de sa mère, en 1919. Son mariage, à 37 ans, avec doña María Isabel González de Olañeta e Ibarreta (1895-1958), 3e marquise de Valdeterrazzo et grande d’Espagne, défraya la chronique. Il meurt trois ans plus tard et sa veuve a alors pleine jouissance des bijoux historiques des Orléans, ce qui ne manquera pas de susciter la colère des prétendants successifs à l’hypothétique trône de France.

Bellina, comme on la surnomme, mène grand train au château de Randan, hérité du premier duc de Montpensier. À la fin de sa vie, elle finit par épouser dans le plus grand secret don José Maria de Huarte y de Jáuregui. Elle en fit son légataire universel. L’intéressé meurt en 1969 et les biens des Orléans passent à son frère. S’ensuit un procès initié par le comte de Paris et son fils le comte de Clermont pour récupérer le service de couverts en vermeil pour 30 personnes du roi Louis-Philippe, de la vaisselle de Sèvres, un collier de perles qui proviendrait de Marie-Antoinette et deux portraits par Reynolds de Philippe-Égalité et de son épouse la duchesse d’Orléans, biens devant être rétrocédés au chef de famille au décès du deuxième époux de feue la duchesse de Montpensier. D’autres legs, dont un à la comtesse de Barcelone, semblent être restés lettres mortes. L’affaire fit grand bruit mais n’a semble-t-il jamais abouti.

Le diadème, qui ne faisait pas partie de la liste, est l’un des derniers vestiges de la riche collection de Bellina. Un autre diadème, lui aussi de Mellerio, a déjà été vendu en 1986 chez Christie’s voici des années mais nul doute que d’autres bijoux dorment toujours dans des coffres.

Hasard du destin, la même vente propose deux bijoux sertis d’importantes émeraudes qui firent partie de l’écrin de la reine Amélie de Portugal, sœur du duc de Montpensier. Il s’agit d’un bracelet rigide serti de diamants et d’une émeraude cabochon estimée à 30 carats et d’une broche comprenant une émeraude poire suspendue à une émeraude ovale cerclée de brillants. Comme le précise la reine dans un inventaire annoté, l’ensemble comprenait également trois épingles de coiffure. Elle écrit : « Il manque deux boucles d’oreilles que j’ai données à la reine Augusta-Victoria, aujourd’hui comtesse Douglas. Cette parure m’a été donnée pour mon mariage par la commission des fêtes de Lisbonne. Je l’ai donnée à ma nièce et filleule Esperanza de Bourbon-Bragance (Brésil) pour son mariage avec mon neveu Pedro de Bragance. Remise à Lisbonne au chargé d’Affaires du Brésil et reçue par ma nièce. Juin 1945 ».

L’ensemble passa ensuite à une des filles du couple, la princesse Maria da Gloria qui, en 1972, épouse le prince Alexandre de Serbie. Elle s’en sépare en 1981 et les émeraudes intégreront la collection de Gabriele Murdock, une philanthrope américaine. Les pierres au jardin éclatant réapparaissent sur le marché, vendues par Sotheby’s, à New York le 7 décembre 1999.

Autre chef-d’œuvre de la joaillerie à émoustiller les amoureux du bijou, le diadème aux opales de Cartier que Cartier livra à Mary Gascoyne-Cecil, marquise de Huntingdon. D’un style résolument Art déco, on pense que le bijou fut réalisé à l’occasion du couronnement du roi George VI mais ce qui est sûr, c’est que l’intéressée, devenue entretemps duchesse de Devonshire, l’arbora en version collier lors du couronnement de la reine Elizabeth II en 1953, en tant que Maîtresse des Robes de la nouvelle souveraine. Fournies par la cliente, les opales furent un cadeau des autorités australiennes quand Mary et son époux furent envoyés là-bas dans le cadre d’une mission gouvernementale entre 1936 et 1937. Le diadème-collier se compose de cinq éléments triangulaires chacun serti d’une opale, dont le travail combinant des diamants baguettes et des brillants forme une base/un tour de cou ondulatoire.

Chez Phillips, outre un bracelet en or rehaussé d’émeraudes offert par l’impératrice Eugénie à l’une de ses dames du palais, Françoise de La Rochelambert, un canif en or et une paire de boutons de manchette ayant appartenu au tsar Ferdinand de Bulgarie, la maison de ventes propose un collier exécuté en 1928 par le joaillier britannique Hennell pour la reine Mary, l’épouse du roi George V.

Allégé de la couronne originale et de la perle poire en pendant, le bijou reproduit un collier que reçut la reine Victoria en 1888 pour marquer son jubilé qui eut lieu un an plus tôt. Sorti des ateliers du joaillier Carrington, il coûta à l’époque 5 000 £, une somme procédant d’une collecte impliquant les dames et jeunes filles de l’Empire. Très attachée au collier, la reine décida de le verser aux bijoux de la couronne, un fonds inaliénable établi après sa mort en 1901.

Cette réplique d’une très belle qualité fut offerte par la reine Mary à sa nièce, une autre Mary de Teck, qui, en 1923, épousa le marquis de Worcester. Un an plus tard, elle devient duchesse de Beaufort. C’est chez elle, à Badminton House, que la reine Mary trouva refuge pendant la guerre.

Voilà qui annonce assurément des vacations passionnantes pour cet automne !

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